Dans le monde sans en être

2022 : la tentation Roussel ?

« Fabien Roussel à trois pourcents… » : à l’instar de la comptine, c’est l’air moqueur qu’on aurait pu contempler la résurgence d’un candidat communiste à l’élection présidentielle. Mais non, le candidat “imprime”. Et attire l’attention, y compris celle de ceux qui, comme moi, n’ont jamais envisagé un vote communiste.

 

Rousse “imprime”. Plus que Pécresse, qui avait pourtant la chance inouïe d’avoir à sa droite deux candidats se répartissant les votes de la peur, se neutralisant ainsi l’un l’autre, et  qui a pourtant choisi de faire la course à l’échalote sur le thème de la sécurité au lieu de s’en démarquer, le tout pour glaner des électeurs qu’elle aurait de toute façon récupérés au second tour.

 

Dans une ambiance de pré-campagne morose, où Taubira joue son rôle de fossoyeur de la gauche (les organisateurs de la Primaire populaire, qui avaient dix ans en 2002, ne devaient pas s’en souvenir, à moins qu’ils ne l’aient choisie exactement pour cela), où le président en exercice fait campagne sans le dire en prenant position sur des échéances pour lesquelles il n’a pas reçu mandat, Roussel détonne.

 

S’affranchissant de la foire d’empoigne qui agite les deux bords comme de la doxa dans laquelle le sien s’est englué (doxa personnalisée par Hidalgo et Taubira, et dans laquelle Mélenchon s’est laissé prendre), Roussel, qui souligne être le seul candidat ne vivant pas à Paris, parvient à présenter de façon très personnelle ses propositions, qui résonnent.

 

Si elles résonnent, c’est qu’au-delà des solutions préconisées, Roussel traite des bons thèmes : celui de l’énergie dont il est évident qu’il doit être central dans cette campagne (les candidats le traitant de façon marginale se condamnant eux-mêmes à la marginalité), mais également celui de l’organisation du système de santé et de la dignité de ceux qui y travaillent comme de ceux qui en bénéficient (avec le scandale Orpéa) ; celui enfin du pouvoir d’achat, abordé non comme la réponse à une soif insatiable mais sous l’angle du coût du logement qui écrase les petits.

 

Mais il ne suffit pas de parler des bons thèmes, encore faut-il les aborder de la bonne façon. Le thème de campagne choisi par le candidat, “Les jours heureux“, joue ce rôle. Là où les autres candidats s’identifient principalement par l’irascible et le volontarisme (reconquête chez Zemmour, fierté retrouvée, courage de dire et volonté de faire chez Pécresse, Changeons ! chez Jadot), Roussel parle à l’appétit concupiscible, à notre désir de béatitude.

 

La béatitude (finale), pour Thomas d’Aquin, est en effet d’abord un repos (de la volonté, unie au bien qu’elle recherche). Ce qui fait que la morale n’est pas s’abord un combat (même s’il est forcément sur le chemin), mais une recherche du bonheur. Transposé au champ politique, il me semble que Roussel a saisi qu’il s’agit de présenter aux français d’abord un horizon souhaitable plutôt qu’une lutte incessante.

 

L’espérance ne déçoit pas.“. Tel est le titre du document des évêques de France destiné à inviter les chrétiens au discernement en vue de cette élection. Dans ce document, les évêques écrivent : « Notre foi chrétienne nous pousse à affirmer et à reconnaître les capacités de justice et de paix présentes dans le cœur humain. Nous sommes donc constamment appelés non seulement à la vigilance éthique et sociale mais aussi à l’espérance. »

 

“L’espérance ne déçoit pas”, ça attire plus que “la colère ne s’éteint pas” ! De fait, le chrétien engagé que je suis a souvent privilégié dans son vote la vigilance éthique. Mais, outre qu’aucun candidat ne semble satisfaisant de ce point de vue (et notamment Macron dont le bilan en la matière est dramatique), il me semble que nous sommes à un moment charnière, qu’il se joue dans cette élection quelque chose d’unique, tant en ce qui concerne la question climatique que dans ce que nous voulons vivre en tant que société.

 

Peut-être, à l’issue d’une crise du Covid où chacun s’est replié sur soi, sur sa cellule familiale, le désir de mettre plus en commun se fait-il sentir de façon plus insistante, plus urgente. Ce commun se fait ressentir de manière plus concrète et chasse ainsi les revendications particulières et les clientélismes.

 

Certes, quand on lit dans le détail le programme de Roussel, on retrouve un catalogue de mesures techniques classiques pour un candidat communiste (on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment !). Mais comme la parole du procureur est libre tandis que sa plume est serve, la voix du candidat, sa personnalité, portent au-delà du programme de son parti.

 

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment,

Fabien Roussel sera tentant !

Incarnare

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