Dans le monde sans en être

Les trois devoirs d’un père, partie 3 : le père comme roi

Après une première partie sur la mission prophétique du père, et une deuxième partie sur le rôle du père comme prêtre, terminons cette semaine avec le troisième devoir du père : le munus regendi, le devoir de diriger comme roi.

L’autorité est un service

Le devoir d’autorité est sans doute la notion la plus mal comprise de nos jours. Le fait d’associer le Christ à la Royauté et par suite, le père de famille à cette royauté est choquant à nos oreilles modernes.

Instinctivement, cela apparait archaïque, patriarcal et machiste. La raison de la banalité et de la violence de cette réaction est que nous associons inévitablement la royauté et l’oppression; l’autorité et l’abus de pouvoir. L’esprit moderne, imprégnée de l’individualisme démocratique, est formé à considérer que tous les rois sont mauvais, et que la seule chose noble face à l’autorité est la rébellion.

Et pourtant, le fait demeure que le Christ est décrit à plusieurs reprises comme un roi, et son Eglise est constamment considéré comme un royaume.

Mt 6, 33 «Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice». Mt 3, 2 “Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche.” Jn 3, 5 Jésus répondit: “En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.”

Christ est un vrai Roi. Le père, lui aussi, reçoit une autorité en tant que chef de la famille, une participation à l’autorité du Christ (Ephésiens 5:23). Mais comme nous allons le voir, ce pouvoir n’est pas une arme à manier, mais plutôt un mandat pour servir. Jetons un œil à la royauté du Christ qui dit de Lui-même: Luc 22, 27 “Je suis parmi vous comme celui qui sert”. Il existe de nombreux exemples de la royauté du Christ dans l’Écriture, mais un passage est prééminent pour illustrer exactement ce que l’autorité du Christ représente:  Jn 13, 4-5 “il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s’en ceignit.Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.”

Ailleurs dans Mt 20, 17-28, les disciples se disputent pour savoir qui sera le plus grand dans le royaume de Dieu. Or c’était la Pâques et ce sont les dernières heures du Christ avec ses disciples avant qu’Il ne soit brutalement assassiné. Pourtant, ses amis les plus proches tentent de savoir qui va être le plus puissant.

Alors, que fait Jésus? Il ne les reprend pas, il brise tout simplement leurs notions sur l’ autorité et la puissance. Il se dépouille de ses vêtements, ses habits royaux si vous voulez, et met le vêtement d’un humble serviteur. Il commence à réaliser la plus méprisée des tâches confiées aux plus humbles serviteurs. Il commence à laver les pieds. Ses disciples sont abasourdis. Que diable faisait Jésus ? Ne devait-il pas selon eux inaugurer un royaume terrestre glorieux. Et Jésus explique : Jn 13, 13-17 “Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis.Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.”

Les hommes ont clairement un problème avec la puissance qui reste un moyen de domination des personnes et d’assouvissement de nos désirs. Rien de cela en Christ ! Comme le rappelle le pape François à l’exemple lumineux du Christ, figure miséricordieuse du Père:

La puissance, c’est le service !

Luc 22, 25-27 Il leur dit: “Les rois des nations dominent sur eux, et ceux qui exercent le pouvoir sur eux se font appeler Bienfaiteurs.Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se
comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert? N’est-ce pas celui qui est à table? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert!”

Mt 20, 25-28 Les ayant appelés près de lui, Jésus dit: “Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous: au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude.”

En d’autres termes, la royauté selon le Christ signifie savoir se conduire soi-même avec la noblesse du Christ en priorisant celui qui est le plus dans le besoin, et accepter les tâches les plus humbles, c’est à dire pour nous: changer les couches, et sortir les poubelles, reprendre patiemment vos enfants par l’exemple et l’amour de la discipline, s’opposer fermement aux déviances et addictions que notre société favorise: porno dépendance, addiction aux écrans, …, écouter patiemment votre femme et tenter de comprendre ses sentiments, l’aider dans ses préoccupations, trouver les moyens adéquats et délicats pour lui indiquer ce qu’elle peut corriger. Cela signifie prêcher par l’exemple, ne demandant jamais à votre famille quelque chose que vous n’êtes pas prêt à faire ou que vous n’avez pas déjà fait vous même. Cela signifie habiter pleinement notre vie, ne jamais laisser une occasion de faire le Bien même si il nous en coûte, exercer cette autorité royale en se gouvernant soi même justement et appeler sa famille à vivre de cet Esprit.

Cette autorité pour devenir pleinement divine, est partagée; elle a un double visage l’un masculin, l’autre féminin. C’est seulement ensemble en communion avec nos épouses que nous révélons pleinement le vrai visage de Dieu.

Enfin, l’immense cohorte des saints témoigne et actualise cela selon les époques, montrant comment cette autorité est accessible et source de joies viriles et vraies.

En bref,
Si vous êtes un mari, si vous êtes un père, Dieu vous délègue, vous mandate pour diriger avec Lui votre famille. Vous êtes, en un sens, un roi. Mais si vous utilisez votre autorité comme un pouvoir coercitif, vous allez simplement soulever des oppositions légitimes et à terme encourir la colère de Dieu. L’autorité que les maris et les pères possèdent est un service humble, à l’imitation de Jésus-Christ et plus proche de nous, de Saint Joseph. Nous devons utiliser nos talents et cette autorité pour notre développement humain intégral et celui de nos familles, et de chacun de ses membres.

Pouvons nous honnêtement dire que nous guidons nos familles par l’exemple du service ? Donnons nous notre vie pour nos femmes et nos enfants ? Nous pouvons reconnaitre que nous avons une bonne marge de progression.

Méditons sur les paroles et l’exemple de Jésus dans l’Évangile notamment lors de sa Passion, en cherchant à servir et donner notre vie pour nos familles. Prions le Père Eternel de nous faire rayonner de Sa paternité.

En définitive,
Notre vocation de chrétien, de disciple du Christ, depuis notre baptême est d’être prêtre, prophète et roi mais d’une façon singulière comme homme, époux et comme père au service de nos enfants et de notre épouse. C’est un appel exigent, mais nous pouvons compter sur le soutien de Dieu Lui même.

Son aide, le souffle de l’Esprit dans nos vies, prend la forme concrète de nos épouses qui sont notre principale source d’inspiration et de soutien et de son Eglise qui dispense depuis 2000 ans force, pardon et réconfort, dans la confession et l’Eucharistie.

Concrètement, dans notre vie, nous sommes appelés à un engagement fort, à la mobilisation de tous nos talents pour tenir notre triple devoir de prophète-enseignant, prêtre et roi-serviteur. Ces 3 aspects de notre vocation sont la porte étroite de notre développement humain intégral et celui de nos proches.

Nous manquerions à notre épouse, à nos enfants et finalement au monde si nous n’y répondions pas.

Quelques idées concrètes

– Prions souvent +++- Saint-Jean-Paul II a été lancé vers le sacerdoce, la papauté et finalement la sainteté en se réveillant au milieu de la nuit et en voyant son père prier. La vie de prière d’un père est incroyablement puissante.
– Prions pour nos enfants matin et soir.; mieux prions avec nos enfants le soir voire le matin.
– Bénissons-les chaque soir et avant chaque étape importante: voyage, examen, …
– Présentons nos excuses si nous avons péché devant eux. Cela exige beaucoup d’humilité, mais cela
leur enseignera concrètement la beauté et la force du pardon.
– Trouvons leur des livres spirituels de leur âge
– Relisons avec eux le catéchisme lorsqu’une question de Foi se pose.
– Amenons les à la messe, aussi en semaine. Et commentons les lectures du jour à table ensuite.
– Approfondissons personnellement notre Foi: lire la Bible et creuser le Catéchisme catholique
– Recevons les sacrements souvent.
– Soyons vrai et droit – Nos enfants ont une forte capacité à détecter l’hypocrisie. Ils sauront si nous
simulons.
– Apprenons-leur la vie des saints – l’Église nous donne comme exemple des milliers de super-héros
de la vie réelle !
– Écoutons leurs besoins et préoccupations
– Soyons fidèles – Peu de choses sont plus dévastatrice pour un enfant que de voir leur père revenir sur
sa parole. Notre fidélité leur enseigne la fidélité de Dieu.
– Tenons bon – Souffrir héroïquement est intrinsèque à la foi catholique. Enseignons à vos enfants à
«offrir» nos peines en le faisant nous-même.
– Réconfortons-nous, soutenons-nous mutuellement dans des groupes d’hommes chrétiens
– Aimons nos épouses. Apprenons à nos enfants combien le Christ aime son Église par la façon dont
nous aimons nos épouses.
– Tenir autant que possible dans une grande cohérence de vie
– Magnanimité attrait et recherche du Beau, Bien et du Vrai,
– Humilité, reconnaissance de nos limites et fragilités et de notre besoin d’un secours divin,
– Reconnaissance explicite pour toute aide reçue …

Nicolas Bettini

Marié et père de 6 enfants, ex-coordinateur du pèlerinage des pères de famille de Cotignac (Var), membre des chevaliers de Colomb, Paroisse du Sacré Coeur, Diocèse de Marseille. cdcscmarseille@gmail.com

Texte inspiré et développé à partir de l’idée initiale du site: the catholic gentleman

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