Dans le monde sans en être

Le Prince de la Paix

La litanie des violences commises est longue et lassante. Il y a cette guerre sale du terrorisme, avec ses atrocités, parfois très proches comme l’attentat contre Mauranne et Laura, celles dont nous nous sentons concernés par une solidarité de foi comme à Quetta au Pakistan, ou celles dont le bilan est si lourd qu’il stupéfie, comme à Bir al Abed. Et il y celles qui passent  sous le radar, dont on ne parle pas ou peu, suivant la loi d’intérêt d’un sujet journalistique calculé en divisant le nombre de morts par la distance qui nous sépare du drame. Il y a aussi les guerres conventionnelles, mais sans doute pas plus propres, comme les tragédies que vivent le Yemen, la Syrie, l’Irak et ailleurs au quotidien. Ce ne sont, malheureusement, que des exemples. Aucun signe ne vient nous dire que cela cessera bientôt, aucune colombe de quelque origine ne semble apporter le moindre rameau d’olivier. Cette violence qui s’exacerbe et frappe les innocents ressemble à un suicide de l’humanité. Et il y a aussi la guerre économique d’un monde où la maximisation des intérêts devient la seule aspiration, où l’égoïsme est l’arbitre unique de nos décisions.

L’individu est démuni, dépassé. Il sait qu’il ne dispose pas de solutions. L’inextricable imbrication du religieux, de l’ethnique, du politique, du national rends ces conflits illisibles et peu compréhensibles, même pour les protagonistes. Alors, plus improbables sont la conception et la mise en œuvre de solutions qui respecteraient la justice. Plus encore, les informations sont revues à l’aune des propagandes des parties et de leurs intérêts, quitte à mépriser la vérité. Douter de ce que l’on nous dit, douter de comprendre, douter des solutions que les princes de ce monde tentent de promouvoir ou d’imposer sur le terrain et dans les cénacles diplomatiques ou médiatiques. Le doute est peut-être une vertu en science, mais ici, il fait mal : il menace de nous conduire à l’acédie. Parmi les seules certitudes qui peuvent et doivent rester, savoir que Dieu aime éperdument les victimes et les bourreaux est essentiel.

En Isaïe 6, 9, le dernier attribut donné à l’enfant qui nous est promis par le prophète est « Prince de la Paix ». En Luc 2, 14, les messagers chantent aux bergers la gloire de Dieu et apportent la paix aux hommes de bonne volonté. Ces mêmes bergers iront adorer dans une étable un enfant, cet improbable verbe de Dieu incarné dans notre humanité et dont le nom signifie « Dieu sauve ».

Alors, quand à la messe de Noël comme lors de toutes les messes, nous demanderons à l’Agneau de Dieu, dispensateur de ces miséricordes dont nous avons tant besoin, de nous donner la paix, que ce « nous » dépasse les cercles de nos familles, nos paroisses et nos églises, nos provinces et nos nations, et qu’il englobe toute l’humanité. Que la foi qui porte notre prière soit si grande qu’elle soulève ces lourdes montagnes. C’est le présent de Noël dont le monde a tant besoin.

Rémy Mahoudeaux

[Merci à Olivier Saint-Gervais (‏@osaintgervais) de m’avoir permis d’illustrer mes mots avec son cliché]

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