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Emmanuel Macron est-il un démocrate post-chrétien ?

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Emmanuel Macron serait-il un héritier, plus ou moins lointain, de la Démocratie-chrétienne ? C’est ce que laissent entendre plusieurs personnalités clairement issues de cette famille de pensée comme le professeur Jean-Dominique Durand, et c’est ce qui a conduit la rédaction de Famille Chrétienne à définir Emmanuel Macron comme “Démocrate post-chrétien”. Le concept est original, nouveau, pertinent. Je pense même qu’il peut faire date dans l’histoire de l’étude de la Démocratie-chrétienne. Pour comprendre cette notion, il faut d’abord savoir qui est Emmanuel Macron et ce que l’on recouvre derrière cette formule.

Macron, homme du centre

Emmanuel Macron est avant tout un centriste. Son parcours politique est récent et il a été secrétaire général adjoint de l’Elysée puis ministre de François Hollande. Mais il n’a jamais eu sa carte au parti socialiste et il a toujours tenu une position à la fois libérale et sociale dans ce gouvernement. Avec Myriam El-Khomry, Macron est le symbole de cette gauche économiquement libérale à la manière de Tony Blair ou des démocrates américains. Autrement dit, le centre gauche. Mais Macron ne se limite pas à l’aile droite du hollandisme, il n’est pas un Valls-bis, il va plus loin en regardant en direction de la droite. En participant aux commémorations de la victoire d’Orléans par Jeanne d’Arc et en faisant un vibrant éloge de la Pucelle, il adopte une posture inédite parmi les hommes de gauche d’aujourd’hui. Clairement, il ne partage pas la logique de table rase du passé caractéristique d’un socialisme français qui fait démarrer l’histoire de France en 1789. Et cette attitude s’est confirmée lors de sa visite au Puy du Fou où il a rencontré Philippe de Villiers et où il a affirmé devant ce leader de droite qu’il n’était pas socialiste. Emmanuel Macron a une lecture de l’Histoire plus profonde que les socialistes, même si elle reste différente des conservateurs comme l’ont démontré ses propos très critiques sur la colonisation.

Macron a ici une attitude de rassemblement de la droite et de la gauche et il se situe très clairement au centre de l’échiquier politique par son libéralisme matiné d’interventionnisme étatique et de mesures sociales. Il est un adepte de la flexisécurité, autrement dit, il met en place des dispositifs de protection sociale à côté des mesures libérales, pour corriger les effets pervers du libéralisme économique, ce qui est exactement la démarche des partis du centre en France notamment des mouvements démocrates-chrétiens ou héritiers de la Démocratie-chrétienne. On se rappelle de la célèbre formule du père Lacordaire, un des pionniers de la Démocratie-chrétienne en 1848 : “Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit.” En disant cela, Lacordaire n’était pas opposé à la liberté, mais il estimait qu’il fallait que la loi protège les plus faibles pour que ceux-ci puissent profiter de la liberté. A cela s’ajoute aussi un discours profondément européen, proche de celui des héritiers de Robert Schuman.

Un démocrate post-chrétien ?

Emmanuel Macron a un positionnement proche de la Démocratie-chrétienne, il a aussi une culture personnelle qui lui donne des éléments de langage et des codes de cette famille de pensée. Il connaît bien la foi chrétienne. Il a demandé le baptême à 12 ans et il a donc connu une adolescence où la question de la foi est présente. Élevé chez les Jésuites, il connaît l’Eglise et sa culture. Assistant de Paul Ricoeur lors de ses études de philosophie, il connaît et adhère à la philosophie personnaliste qui est une pensée qui structure la Démocratie-chrétienne. Cet énarque issu de Science Po connaît l’histoire de la Démocratie-chrétienne et il sait que la pensée personnaliste la soutient. Donc, objectivement, il en est proche. Mais il ne fait jamais état de ses convictions religieuses et Famille Chrétienne a raison de rappeler que l’anthropologie d’Emmanuel Macron diffère de l’anthropologie chrétienne. Cela se confirme par certains choix sur les questions de société : il est favorable à l’extension de l’assistance médicale à la procréation pour les femmes seules et les couples de lesbiennes. Il est aussi favorable à la reconnaissance des enfants nés à l’étranger par gestation pour autrui… Macron ne se réclame ni de la foi chrétienne, ni de la Démocratie-chrétienne, il est un humaniste, il se dit progressiste et en ce sens il se rapproche plus d’un libéralisme issue des Lumières que d’une Démocratie-chrétienne tirée de la Doctrine sociale de l’Eglise. Certes, il y a un substrat culturel, un même positionnement sur l’échiquier politique, de vraies positions communes, mais Macron a aussi d’autres apports personnels qui font qu’il va s’éloigner de la vision chrétienne sur des questions anthropologiques. C’est pour cela que la formule de démocrate post-chrétien est pertinente pour le définir : il partage une même conception de la démocratie et de la Cité que les démocrates-chrétiens, mais il s’éloigne de la doctrine chrétienne sur des questions fondamentales… Post-chrétien dans le sens d’une évolution qui le conduit vers autre chose après avoir connu le christianisme.

Affirmer qu’il est démocrate post-chrétien n’est ni un éloge ni une critique, c’est un fait objectif. Il s’agit par là de reconnaître qu’il y a une filiation entre lui et la Démocratie-chrétienne, mais que cette filiation est distendue sur les questions sociétales et que d’autres apports philosophiques sont venus s’ajouter au bagage de cet homme.

Charles Vaugirard

4 réponses à “Emmanuel Macron est-il un démocrate post-chrétien ?”

  1. Paulet

    Il me semble erroné de dire que les conservateurs ont été favorables à la colonisation. Voyez Chateaubriand au sujet des indiens d’Amérique. Ceci dit, votre texte est très intéressant.
    Jérôme Paulet

  2. Charles Vaugirard

    Mon propos sur les conservateurs et la colonisation était allusif et donc un peu vague. Je faisais plutôt allusion aux conservateurs d’aujourd’hui qui, sans être favorables à la colonisation, ont critiqué les propos de Macron sur cette période de l’histoire. Mon intention était de montrer un décalage entre conservateurs et Macron : ce dernier est plus critique envers le passé, et il n’hésite pas à le dire quitte à employer des formule (trop ?) fortes.

  3. Denis

    Il vous faudra beaucoup prier, Charles, et bien des actes de pénitence pour obtenir la conversion d’Emmanuel Macron et aussi vous faire pardonner cet article de propagande en faveur de celui qui serait un moindre mal par son « positionnement proche de la Démocratie-chrétienne », et faire passer la pilule des contre-vérités que vous énoncez, s’agissant du libéral fourvoyeur du socialisme (certes, il fallait bien en finir), et notamment celle-ci : « Il connaît bien la foi chrétienne ».
    De toute évidence, le jeune Emmanuel n’est pas allé au-delà de la catéchèse reçue dans sa classe de 6e ou 5e pour son baptême. Sa pratique religieuse aura été des plus courtes. Ce fut pour lui un rite de passage, un brevet ou un diplôme de plus à faire valoir et à afficher. Bref, comme beaucoup d’enfants de la bourgeoisie non pratiquante, il s’est rendu maître du petit Jésus. N’oubliez pas à cet égard la formule qu’il a employée devant la rédaction de « La Vie » : « Je me suis fait baptiser ».
    Bref, votez Macron si ça vous plaît, mais sachez que nous ne sommes pas dupes !

  4. Charles Vaugirard

    Où avez-vous vu que j’appelle à voter Macron ou que j’en fasse un catholique ? Le but de mon article est de placer Macron sur l’échiquier des idées politiques. C’est tout. Or c’est un fait, il y a une parenté idéologique avec les Démocratie-chrétienne, parenté qui s’arrête à l’anthropologie car c’est ici où Macron s’éloigne de la Démocratie-chrétienne et ce qui fait qu’il est “POST” chrétien. Lisez bien : je dis qu’ils est POST-chrétien, pas qu’il est chrétien. Il a une connaissance de la foi chrétienne, ça ne veut pas dire qu’il est chrétien. Il a un connaissance du personnalisme de Ricoeur, mais ça ne veut pas dire non plus qu’il est un chrétien. Bref, il connait la démocratie-chrétienne, il a un positionnement politique proche, des idées économiques très proches… Mais une anthropologie différente car il n’est pas démocrate-chrétien mais POST-chrétien. De plus, je ne suis pas macroniste et je ne milite pas pour lui. Quant au vote, j’avoue avoir du mal à me décider devant cet abîme qu’est la campagne 2017.

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