Dans le monde sans en être

Édito : garder le silence

Marc Chagall, le prophète Jérémie.

Marc Chagall, le prophète Jérémie.

“Ils gardèrent le silence” Lc 9, 36. Réaction difficile à comprendre pour le bavard que je suis. Pierre, Jean et Jacques viennent de voir le Christ transfiguré, Élie et Moïse à ses côtés et ils ne trouvent rien d’autre à faire que de garder le silence.

Parfois (toujours) l’évangile surprend et dans ces cas, il n’y a qu’une méthode vraiment efficace : relire le verset problématique – le mâcher, le mâchonner, le re-mâcher et le re-re-mâcher – jusqu’à ce qu’il livre son sens. Mâchonnons donc ce “ils gardèrent le silence”…

Étrange paradoxe : eux se taisent et moi je me répète qu’ils se taisent pour comprendre le sens de leur silence.

Mais justement, “garder le silence” est-ce simplement se taire ? Garder peut certes vouloir dire maintenirmaintenir le silence. Mais c’est aussi protéger, veiller. Alors “garder le silence”, plus que de se taire, consisterait à  envelopper précieusement un silence reçu. Protéger un mystère en l’enveloppant d’une barrière de silence. Dresser une iconostase protégeant et manifestant un mystère. Faire de notre vie un tabernacle – littéralement une petite tente (tabernacula) – pour abriter la fragilité d’une révélation.

Les disciples gardent le silence comme Marie gardait en son cœur les paroles de l’ange (Lc 2,19). À leur suite, nous gardons la Parole en gardant le Silence.

Oui, sa Parole est Silence. Au bistrot le silence consiste en l’absence de paroles ; à l’oratoire le Silence est la Parole même. La Parole de Dieu déborde toute lettre ou toute articulation. Chaque mot de la Bible – écrit ou prononcé – est saturé de Dieu et nous emporte silencieusement au-delà de lui-même.

Pour ce carême, mâchonnons un bout de silence.

Benoît

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