Dans le monde sans en être

Cana : “faites tout ce qu’il vous dira !”

« Et le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité à la noce, ainsi que ses disciples. » Nous voici de nouveau dans le temps ordinaire, le temps de l’Eglise pour comprendre le grand mystère de l’incarnation rédemptrice, du Dieu fait homme par amour de sa créature… Pour ce faire, l’Eglise nous donne de méditer l’épisode des Noces de Cana.

Saint Jean rapporte les quatre premières journées de la vie publique de Jésus dans les deux premiers chapitres de son Evangile. Au cours de la première journée, Jean-Baptiste annonce la venue du Christ aux pharisiens. Lors de la deuxième journée, il désigne Jésus comme l’ « Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » et relate son baptême. Lors de la troisième, le Baptiste invite deux de ses disciples dont André à suivre l’Agneau. Enfin lors de la quatrième journée, André conduit son frère Simon à Jésus. Après avoir appelé Philippe de Bethsaïde et Nathanaël de Cana, Jésus et ses premiers disciples partent pour la Galilée. Cana, dont la racine hébraïque qaneh signifie roseau, se situe entre Nazareth et le lac de Tibériade dans un endroit marécageux (le marigot de nos péchés ?) Comme les hébreux ont cru en Moïse et en Dieu après le passage de la Mer des roseaux, de même à Cana les disciples ont cru en Jésus qui a manifesté sa gloire devant eux…

Marie, nouvelle Eve, mère des vivants

«… Le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin… » Commentant ces versets, saint Bernardin de Sienne dit à propos de Marie, la « mère de Jésus » : « Elle interpelle son Fils (…) se sentant l’avocate de tous, (…) soucieuse de toutes nos misères, d’elle-même elle intercède auprès de son Fils… » Toujours à propos de ces versets, mais plus particulièrement au sujet du moment choisi par Marie pour intercéder auprès de son Fils, saint Jean Chrysostome dit qu’ « elle sait qu’il a commencé sa vie publique (…) c’est pourquoi elle lui demande avec confiance[1]… »

« Et Jésus lui répondit : ‘Femme, qu’y-a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore arrivée’. Sa mère dit aux servants : ‘Faites tout ce qu’il vous dira’…» La réponse de Jésus semble bien étrange à nos oreilles. Il l’appelle femme comme au pied de la Croix. Il voit en elle la nouvelle Eve, la mère des vivants, celle qui coopère à l’œuvre de la Rédemption d’une manière unique… Elle symbolise l’humanité et l’Eglise qui face à leur Maître et Seigneur implorent le salut… Saint Bernard tente une explication : « Pourquoi maintenant la contrister ? Mais je sais que vous ne voulez pas la contrister, puisqu’elle recommande avec tant d’assurance de faire tout ce que vous direz. C’est donc pour nous que vous parlez ainsi, pour nous donner une leçon[2]… » De quelle leçon s’agit-il pour nous ? Jésus semble nous dire comme aux disciples : « vous ne savez pas ce que vous demandez (…) Boire à ma coupe vous y boirez … » Il met à l’épreuve les désirs de notre cœur, il veut que nous soyons sûrs des demandes que nous lui adressons…

Marie hâte l’heure du Salut

« Mon heure n’est pas encore arrivée. » Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? A cette question saint Augustin répond : « Ce n’est pas dans ce moment l’heure pour moi de vous reconnaître pour ma mère ; je le ferai, mais à mon heure, quand cette nature passible que j’ai reçue de vous sera suspendue à la Croix, c’est alors que je vous reconnaîtrai pour ma mère[3]… » En effet, l’heure ultime du Seigneur est celle de la Croix, où il nous aima jusqu’au bout et où il nous donna Marie sa mère comme mère et tous les sacrements. De même que par sa demande Marie hâte l’heure du salut, de même nous pouvons dire avec assurance qu’elle hâtera le second avènement de son Fils si nous le lui demandons avec confiance…

« Il y avait là six jarres de pierre destinées aux purifications des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus dit aux servants : ‘Remplissez d’eau ces jarres’… » les jarres dont il est question ici sont nécessaires aux diverses purifications légales qui sont suivies notamment par les pharisiens. « Jésus dit aux servants :Remplissez d’eau ces jarres.’ » Saint Thomas d’Aquin[4] remarque qu’ « il s’agit ici de la matière du miracle. » Le docteur angélique nous invite à nous interroger : « Pourquoi le Christ n’a pas opéré ce miracle à partir de rien, mais à partir d’une matière déjà existante… » ? Reprenant le commentaire de saint Jean Chrysostome, saint Thomas nous dit qu’il est « plus grand et plus admirable de faire quelque chose de rien, que de le faire à partir d’une matière préexistante; mais ce n’est pas aussi manifeste et croyable pour la plupart des hommes. C’est donc pour rendre son action plus digne de foi que Jésus fit le vin à partir de l’eau, s’adaptant ainsi à la capacité des hommes. » De mon côté je dirais  que Dieu veut notre coopération. En effet, comme nous pouvons le constater dans les sacrements, notamment celui de l’Eucharistie, Dieu se sert du fruit de la terre/de la vigne et du travail des hommes, mais aussi de ministres. Voilà pourquoi il demande aux serviteurs de lui donner de l’eau. En outre saint Thomas ajoute que « Jésus voulut que les urnes fussent remplies par les serviteurs, afin de les avoir comme témoins de ce qui s’accomplissait… »

Jésus, le véritable Epoux

Toujours à propos de ces versets, saint Maxime de Turin constate que le Christ est venu « pour arroser les cœurs de la grâce du Saint-Esprit. » Continuant son commentaire il dit : « Comme l’eau changée en vin avait pris une saveur, une couleur et une chaleur qu’elle n’avait pas auparavant, ainsi des apôtres : leur ignorance devint une science savoureuse, ce qui en eux n’avait pas d’éclat prit de la couleur, ce qui en eux était froid commença à brûler des ardeurs de l’immortalité[5]… » Le Seigneur nous veut brûlants du même feu pour témoigner de sa miséricorde et de ses merveilles auprès des hommes de notre temps. Dieu veut ce qu’il y a de meilleur pour nous et il le fait. C’est ainsi que nous pouvons comprendre l’étonnement et l’action de grâce du maître du repas : « ‘Tout le monde sert d’abord le bon vin, et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent.’ »

Dans cet Evangile, le mot « noces » est répété trois fois. Il nous fait penser à la Nouvelle Alliance, aux noces de Dieu et de l’humanité. Ces noces ont été annoncées par les prophètes et accomplies en Jésus. Dans cet Evangile, c’est Jésus qui est le véritable Epoux. En effet, c’est lui qui donne le vin pour la fête… un vin nouveau et inégalé. Le symbole central est le remplacement de l’eau des purifications par le vin nouveau des temps nouveaux.

« Tel fut le premier des signes de Jésus ; il le fit à Cana de Galilée. Et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » En ce jour rendons grâce pour les signes que Dieu donne au monde et à son Eglise pour nous aider à croire. Demandons à la Vierge Marie la capacité de les voir et d’intercéder. « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, heureux les invités aux repas des Noces de l’Agneau… » Approfondissons notre amour de l’Eucharistie et de l’Eglise. Par elles Jésus veut s’unir à nous pour nous transformer en Lui… Bon dimanche à tous.

Pod

[1] Homélie XXI sur l’évangile de saint Jean, 2.

[2] Deuxième sermon dans l’octave de l’Epiphanie.

[3] Tractatus in Johannis evangelium, VIII 9.

[4] Commentaire de l’évangile selon saint Jean, II 1, n° 357.

[5] Première homélie de l’Epiphanie.

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