Dans le monde sans en être

« Que nous faut-il donc faire ? »

Brueghel l'Ancien - La Prédication de Saint Jean-Baptiste

« Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete … »1Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ; encore une fois, soyez toujours joyeux… . Les premiers mots de l’Introït donnent sa tonalité joyeuse à la Messe de ce jour. Pour manifester la joie, l’Eglise préconise que les ministres sacrés soient revêtus des ornements roses, le troisième dimanche de l’Avent et le quatrième de Carême.

Le rose est la couleur de l’aurore, il annonce les temps nouveaux. Aussi, le dimanche de Gaudete marque une pause dans notre marche vers Bethléem. En ce jour, l’Eglise notre Mère veut nous encourager pour la dernière étape de notre parcours en nous permettant d’entrevoir la joie de Noël qui approche. Notons que cette couleur s’obtient par le mélange du rouge et du blanc. Le rouge signifie l’amour de Dieu pour nous jusqu’au sang versé sur le bois de la Croix, le blanc signifie la sagesse divine que Dieu nous donne en son Fils, le Verbe fait chair.

« Que nous faut-il donc faire ? »

L’Evangile de ce jour nous conduit de nouveau sur les rives du Jourdain où nous retrouvons Jean-Baptiste dont le nom hébreu veut dire : Dieu fait grâce. C’est là que ‘‘les foules (qui venaient se faire baptiser par Jean) l’interrogeaient en disant : « Que nous faut-il donc faire ? » Voilà une vraie question, une question existentielle qui nous rappelle celle du jeune homme riche : ‘‘Maître que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ?’’ Le monde ne sait à quel saint se vouer tant le relativisme semble triompher en tout lieu et dans toutes les strates de la société.

Les réponses de Jean sont simples et pragmatiques elles viennent tout droit de la loi ancienne, elles sont de l’ordre de « l’orthopraxie « : du bien agir pour vivre en hommes justes. Voilà pourquoi, aux foules il demande la justice par rapport aux besoins humains fondamentaux: le vêtement, la nourriture…: « Que celui qui a deux tuniques, partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger fasse de même !» Aux publicains, collecteurs d’impôts, il demande l’équité : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est prescrit. » Enfin aux soldats il demande le respect des autres : « Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde.» Aussi nous pouvons dire que les conseils donnés par le Baptiste sont un appel à réformer nos manières de vivre, afin d’accomplir notre devoir d’état de manière juste… Tout cela relève de ce que l’Eglise appelle la doctrine sociale. Jean-Baptiste nous invite à nous séparer de ce que nous avons en trop, ou de ce à quoi nous sommes attachés de manière désordonnée… La sainteté est possible pour nous dans nos lieux de vie, dans nos activités … Saint François de Sales ne nous dit-il pas : « Fleurissez là où vous avez été plantés… » ? Enfin nous pouvons remarquer que les pharisiens ne sont pas cités parmi les foules qui vont voir Jean. Peut-être pouvons-nous en déduire que beaucoup d’entre eux sont incapables de se reconnaître pécheurs en-dehors du seul contexte légal du pur et de l’impur, du permis et de l’interdit…

« Comme le peuple était dans l’attente… »

« Comme le peuple était dans l’attente… » : ce verset me réjouit. En effet, malgré bien des difficultés, des tentations, des divertissements…, le peuple ou une partie du peuple est dans l’attente… Il y a des veilleurs qui debout attendent l’aurore des temps nouveaux : le Christ, notre sauveur. Cette attente et le rayonnement de Jean font que « tous se demandaient dans leur cœur, au sujet de Jean, s’il n’était pas le Christ ». La version grecque dit : ils discutaient dans leurs coeurs. Les personnes ne parlaient pas entre elles, mais en elles-mêmes. Leurs cœurs sont éveillés ; désormais ils sont capables d’accueillir Jésus. Cependant, Jean est tellement charismatique que les foules le confondent avec le Messie qui doit venir. Voilà pourquoi il prend la parole et dit : « … je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. » Ce qui fait dire à saint Augustin à propos du Baptiste: « Cet humble ami de l’époux, rempli d’amour pour l’époux, ne veut point se substituer à l’époux : il rend témoignage à son ami et il montre à l’épouse le véritable époux. Voulant être aimé de l’époux, il a horreur d’être aimé à la place de l’époux (…) Et, à cause de cela, il est le plus grand des prophètes … »2Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, 2,4.

A la différence du baptême dans l’eau et l’Esprit où la grâce est donnée sans condition du fait des mérites de la Croix, dans le baptême de Jean, la purification intérieure est accordée par Dieu du fait des dispositions intérieures de celui qui le reçoit. Ce qui fait dire à saint Hilaire de Poitiers que « le rôle des Prophètes était d’éloigner du péché ; le rôle propre du Christ de sauver ceux qui croiraient en lui … »3Homélie XI sur l’évangile selon saint Matthieu, 6. Enfin, une question s’impose : lorsque Jean-Baptiste parle du feu, ne fait-il pas allusion au jugement dont il parle ensuite ? Le jugement permet que tout soit purifié.

« ‘Il tient la pelle à vanner dans sa main pour nettoyer son aire et ramasser le blé dans son grenier ; quant à la paille, il la consumera dans un feu qui ne s’éteint pas.’ Ainsi donc, par beaucoup d’autres exhortations, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle. » Ici, Jean-Baptiste compare le jour de Dieu à la moisson et il annonce un Messie roi et juge, ce qui fait dire à saint Jean-Chrysostome : « Soyons donc du froment et aucune tribulation ne pourra nous nuire. Ne soyons pas de la paille : car, après avoir été la pâture des bêtes pendant la vie présente, nous serions brûlés par le feu éternel … »

Toujours avec saint Jean-Chrysostome, nous pouvons rendre grâce à Dieu de nous avoir envoyé le Baptiste car « il n’annonçait plus ce qu’avaient annoncé les autres, des guerres et des victoires, la famine et la peste (…) mais il annonçait le royaume des cieux, le ciel et l’enfer. Il n’assemblait pas de troupes pour la révolte, mais il donnait des avis précieux pour le salut; il apprenait à mépriser les choses de la terre. Sa vie faisait entendre dans les déserts des accents plus puissants que sa voix elle-même… » Demandons aussi et surtout la grâce de nous conformer à son exemple en simplifiant nos modes de vie et en laissant l’Esprit Saint nous guider. Afin que nous soyons pour nos contemporains un vivant témoignage, une ardente annonce de la venue du Seigneur qui vient et une source de joie, de cette joie dont le monde a tant besoin…

Bon dimanche à tous, belle entrée dans l’année sainte de la Miséricorde. Que la Joie du Seigneur soit avec vous…

Pod.

Notes :   [ + ]

1. Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ; encore une fois, soyez toujours joyeux…
2. Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, 2,4.
3. Homélie XI sur l’évangile selon saint Matthieu, 6.

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