Dans le monde sans en être

Veilleurs…

Nous voici en route pour une belle aventure, un bel itinéraire de quatre semaines : celui de l’Avent. Ce mot signifie l’avènement, la venue d’un grand, d’un roi, parmi nous… Durant l’Avent nous faisons mémoire de la venue de Jésus dans notre chair, à Bethléem de Judée, il y a deux mille ans de cela, et nous nous préparons aussi à son retour glorieux…  La première préface de l’Avent résume admirablement ce mystère en disant : « Il est déjà venu, prenant la condition de serviteur, pour accomplir l’éternel dessein de ton amour, et nous ouvrir le chemin du salut ; il viendra de nouveau, revêtu de sa gloire, afin que nous possédions dans la pleine lumière les biens que tu nous as promis et que nous attendons en veillant dans la foi[1]… »

A l’instar de l’Evangile du 33e dimanche du temps ordinaire, le temps de l’Avent s’ouvre par un texte « raide », qui nous secoue, nous réveille, afin de nous pousser à la prière et à la pénitence. Peu à peu, chemin faisant, les textes des dimanches s’adouciront pour aboutir à la Visitation, au Magnificat, à l’exultation de la Vierge Marie. Nous passons progressivement de la justice de Dieu à sa miséricorde, « miséricorde qui s’étend d’âge en âge… » Marie est le signe le plus parfait de la miséricorde de Dieu. En effet, par une grâce prévenante, elle fut préservée de tout péché. Depuis sa conception elle a été immaculée, elle est l’Immaculée Conception dont nous célébrerons le mystère le 8 décembre prochain. Notre itinéraire spirituel de l’Avent nous fait passer de la gloire à l’abaissement. Du retour glorieux du Christ souverain juge à sa Nativité où pauvre, humble et sans défense, il est couché dans une mangeoire et remis entre les mains des hommes. Ce qui fait dire à saint Paul à propos de l’Incarnation du Seigneur : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même… » A l’inverse du Carême durant lequel la tension dramatique s’intensifie jusqu’au paroxysme de la Passion, le mouvement des Evangiles de l’Avent passe du « dur » au « doux », afin que peu à peu nos yeux et nos âmes s’habituent à la douce lumière de Noël.

 “Redressez-vous et relevez la tête”

Mais venons-en à notre Evangile : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles.
 Sur terre, les nations seront affolées et désemparées
par le fracas de la mer et des flots.
 Les hommes mourront de peur
dans l’attente de ce qui doit arriver au monde,
car les puissances des cieux seront ébranlées. » Comme nous l’évoquions, il y a quinze jours de cela, à propos de la venue du Seigneur, nous pouvons dire avec Origène : « De même qu’autrefois, devant le croix de Jésus, le soleil s’est éclipsé, il s’éclipsera encore à cette apparition de la croix[2]… » Devant le Christ en majesté et sous le signe de la Croix glorieuse, nous apparaîtrons tous pour ce que nous sommes… Les coeurs, les âmes, toutes nos intentions, nos actions seront révélés en vérité et prendront tout leur sens… Ce sera la fin du règne du paraître, de l’illusion ou des illusions… Saint Jean Chrysostome commentant ces versets dit que « cette venue sera une grande tribulation, à cause de la grande multitude des maîtres de l’erreur ; mais elle ne durera pas longtemps[3]… » Beaucoup de faux prophètes profiteront de l’affolement qui précédera sa venue pour étendre leur emprise sur les hommes. L’Antichrist aux discours mielleux, trompeurs et homicides étendra le règne des ténèbres et de ce fait l’emprise du Diable sur les âmes, pour peu de temps cependant… N’ayons pas peur, car le Seigneur vient, écoutons-le nous dire : « Redressez-vous et relevez la tête,
car votre rédemption approche… »

« Tenez-vous sur vos gardes,
de crainte que votre cœur ne s’alourdisse
dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie,
et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet ;
il s’abattra, en effet,
sur tous les habitants de la terre entière.
 Restez éveillés et priez en tout temps :
ainsi vous aurez la force
d’échapper à tout ce qui doit arriver,
et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. » Nul ne peut échapper au jour de Dieu qui vient, à son jugement. Afin que nous en prenions pleinement conscience, le Seigneur compare ce jour, son jour, à un filet qui s’abat sur nous à l’improviste. Tous nous serons pris dans la nasse du pêcheur qui procédera au tri. Mais, afin de ne pas nous laisser surprendre, le Seigneur nous enseigne l’attitude spirituelle qu’il attend de ses disciples : « Tenez-vous sur vos gardes (…)  Restez éveillés en tout temps… » Etre attentif et être éveillé sont deux dispositions nécessaires pour prier. Le Seigneur nous veut fidèles et fermes dans la prière. Tels les moines et les moniales, véritables vigies de notre temps, le Seigneur appelle tous ses disciples à la prière. C’est par elle que nous apprendrons à le connaître, à le reconnaître, à l’aimer et à nous laisser aimer, façonner, transformer par lui… C’est ainsi que nous n’aurons plus peur de Lui. Voilà pourquoi il veut faire de nous des veilleurs qui scrutent les cieux pour voir se lever l’Etoile du matin, l’Aurore des temps nouveaux…

“Soyez sobres, soyez vigilants”

Comment ne pas entendre ici aussi en écho d’autres paroles de la Bible ? Je pense au capitule des complies : « Soyez sobres, soyez vigilants : votre adversaire, le démon, comme un lion qui rugit, va et vient, à la recherche de sa proie. Résistez-lui avec la force de la foi[4]… » Tout au long de cet Evangile, le Seigneur nous invite à ne pas avoir peur des malheurs qui fondent sur le monde, mais de craindre davantage le jour du Fils de l’homme, sa venue, son jugement. Les temps difficiles que nous vivons, avec les attentats tragiques et les flots ininterrompus d’informations plus terrifiantes les unes que les autres peuvent nous faire désespérer et nous détourner de l’essentiel… En saint Matthieu le Seigneur nous avertit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » 

Comme croyants nous pouvons demander la grâce de la véritable crainte de Dieu. C’est-à-dire la juste attitude devant Lui, l’adoration, l’amour filial, la confiance… Cette attitude nous l’apprendrons, nous la vivrons dans la prière et dans le jeûne. Dans la prière qui nous arrache aux soucis de la vie ou qui plus exactement les remet à leur juste place et dans le jeûne qui nous permet d’échapper à l’ivresse et à l’ivrognerie. L’homme tombé dans ces vices pense pouvoir échapper au réel, aux difficultés, aux épreuves liées à notre condition humaine et peut-être aussi au jugement de Dieu, mais il n’en est rien …

Allons d’un pas joyeux, entrons ensemble résolument dans ce temps de l’Avent. Veilleurs, apprenons de l’Eglise comment nous « tenir debout devant le Fils de l’homme » qui vient pour nous sauver et nous introduire au banquet des Noces éternelles où les vins capiteux nous feront connaître la sobre ivresse de l’Esprit.

Bon dimanche, bon Avent… Et n’oubliez pas de faire vos crèches !

Pod

[1] Missel Romain, première préface de l’Avent.

[2] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XXX 48.

[3] Homélie LXXIX sur l’évangile selon saint Matthieu.

[4] 1 P. 5, 8-9a.

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