Dans le monde sans en être

Quand le libéralisme rencontre le socialisme

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Manuel Valls sait manier les  mots. Il sait que les mots remplacent aisément la réalité quand celle-ci fait défaut, à l’instar du « vivre-ensemble » que l’on s’acharne à coller sur un monde où les gens ne se sont jamais autant séparés. Il se proclame « social-réformiste ».  Cette fois-ci, Valls est ambitieux. C’est donner beaucoup de crédit à quelques autocars et une poignée de magasins ouverts le dimanche. C’est oublier que la loi Macron répare les inepties de la loi Hamon votée par la même majorité. C’est dissimuler que ces réformes de Bonaparte en peau de lapin ne sont que des appels lancés à la commission européenne pour excuser le retard de la France à respecter la règle d’or budgétaire.

Le premier Ministre a toutefois le mérite de reconnaitre officiellement la mort de la social-démocratie.

Au XXème siècle, la social-démocratie reposaient sur deux piliers : la recherche d’un équilibre par la négociation entre les patrons et les ouvriers, et la peur de chars russes, grands protecteurs des ouvriers communistes.

Deux évènements majeurs ont rompu cet équilibre. La chute de l’URSS tout d’abord, et l’explosion de l’armée soviétique, laissant les ouvriers du monde entier, jusqu’alors solidaire par leur idéal communiste, isolés les uns des autres. La mondialisation, ensuite, mit ces mêmes ouvriers du monde entier en concurrence les uns contre les autres. Le patronat n’avait alors plus de raison de négocier avec eux. Bien au contraire, la mondialisation leur offre deux armes : délocalisation et immigration.

Les uns délocalisent pour profiter de main d’œuvre à bas prix, tenant à l’idée qu’un travailleur en vaut un  autre, et qu’un chinois, un indien ou un camerounais peuvent tout à fait fabriquer des baskets, même à 6 ans, et même pour un bol de riz. Les autres font venir ces travailleurs chez eux, et, jouant sur la confusion et leurs infortunes, leur promettent, non pas un bel avenir, mais un avenir meilleur. Cette immigration sous-qualifiée a trois effets : elle permet de maintenir un certain niveau de chômage, ce que Marx appelait « l’armée de réserve du capitalisme ». Elle permet aussi de tirer les salaires vers le bas ; non seulement ceux de la restauration ou du bâtiment, mais aussi l’ensemble des professions en amenuisant la croissance et l’inflation, plombée par un niveau de chômage maintenu et un alourdissement du système social. Le spécialiste des migrations, Jean-Paul Gourévitch, explique qu’en 2012, l’immigration légale et illégale représentait un coût net de 12,4 milliard d’euros. Enfin, elle casse la solidarité ouvrière ; car entre camarades communistes, on s’entend facilement. Mais entre français, maghrébins, pakistanais, roumains, polonais, mauritaniens, c’est un peu plus compliqué.

Par la globalisation, le modèle social-démocrate a été remplacé par le modèle social-libéral.

La France est libérale, car elle s’est mue, avec la ratification de l’acte unique de 1987 et des traités européens de 92 et 2007 , dans un monde globalisé, sans frontières, où se déplacent librement les marchandises, les capitaux et les hommes.

La France est sociale par sa fiscalité élevée (45% de prélèvement obligatoire), sa dépense publique exorbitante (57% du PIB), et son système social en béton armé.

Ces deux modèles combinés, oxymore infernal de la modernité, est le pire des systèmes politiques.

La fiscalité très élevée fait fuir les grandes fortunes, créatrices d’emplois et de richesses, que la suppression des frontières facilite. Cette suppression des frontières attire toute la misère du monde, alléché par un système social très favorable. Entre les deux, les classes populaires se retrouvent en concurrence avec les nouveaux arrivants, quand les classes moyennes se retrouvent seules à supporter la fiscalité.

« La suppression des frontières dans le libre-échange mondialisé rend le patron insaisissable. C’est comme une revanche millénaire des nomades sur les sédentaires. Tout bouge et joue les passe-murailles : les marchandises, les capitaux, les usines et les hommes. Ceux qui ne bougent pas sont les cocus de l’histoire. La mondialisation met en concurrence les travailleurs aux quatre coins du monde. » (Eric Zemmour, dans Le Bûcher des Vaniteux)

Dans ce jeu de passe-murailles, les syndicats français et la gauche jouent un rôle désastreux. A l’origine, porte-drapeaux de la négociation ouvrière, ils sont depuis plusieurs décennies ralliés à une idéologie antiraciste, sans-frontiériste et libertaire. Ils se battent pour la régularisation de tous les clandestins, et s’étonnent que la France devienne un immense terrain vague. Ils militent en faveur d’une immigration incontrôlée, non-discriminatoire et antiraciste, et ne comprennent pas que cette nouvelle main-d’œuvre est prête à travailler pour deux fois moins qu’eux. Ils célèbrent la mondialisation heureuse, et sont mis à genoux par les délocalisations qu’elle entraîne. Ils manifestent pour le mariage pour tous, l’avortement, l’euthanasie, mais ne voient pas que la désintégration de la société ne fera que pousser celle-ci dans la dernière structure qui tienne : le marché.

Les classes populaires et ouvrières ne sont pas dupes. Cet aveuglement idéologique pousse ces derniers dans les bras d’un Front National, vierge de tous mauvais bilans. Sa victoire aux Régionales est déjà écrite.  Rue de Solferino et de Vaugirard, on répète la scène de la République en danger. Le soir du 13 décembre 2015 sera leur plus grande représentation.

Hervé de Labriolle

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