Dans le monde sans en être

Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas !

« Un jour, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve ils lui demandèrent : ‘Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? ‘ » Voici que l’actualité du premier siècle nous rattrape et s’invite au Synode spécial sur la famille à Rome.

Avant d’aborder le cœur de cet Evangile, il me semble important d’abord de connaître les interlocuteurs de Jésus, en l’occurrence les pharisiens. Ce courant du judaïsme est apparu au deuxième siècle avant notre ère. Les pharisiens insistaient particulièrement sur l’observation du sabbat et les purifications légales. Ils croyaient à l’immortalité de l’âme et à la résurrection des corps. Partisans de la tradition orale, ils considéraient l’opinion des docteurs comme aussi importante que la Loi elle-même. Il semble que leur juridisme les a déformés jusqu’au formalisme qui les a écarté de la religion intérieure à laquelle pourtant ils aspiraient.

Mais reprenons leur question : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Les pharisiens font ici référence au Deutéronome qui dit : « Lorsqu’un homme aura pris une femme et l’aura épousée, s’il advient qu’elle ne trouve pas grâce à ses yeux parce qu’il a trouvé en elle quelque chose de choquant, il écrira pour elle une lettre de répudiation, la lui remettra en main et la renverra de sa maison[1] »

“Le péché originel a pour conséquence la rupture avec Dieu, mais aussi entre les hommes et de manière toute spéciale entre les époux”.

En bon juif, Jésus répond à ses contradicteurs en leur posant à son tour une question : « Que vous a prescrit Moïse ? « Comme nous venons de le voir, les pharisiens lui répondent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation ». La lettre de répudiation permettait à la femme d’être légalement libre de tout lien et de pouvoir se remarier. Nous aurions pu en rester là, mais le Seigneur va lever un lièvre : « C’est en raison de votre endurcissement qu’il a formulé cette loi. Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme. A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » Il nous renvoie à la Genèse, avant la chute. Souvenons-nous que le péché originel a pour conséquence la rupture avec Dieu, mais, aussi entre les hommes et de manière toute spéciale entre les époux. En commentant ces versets saint Jean Chrysostome en déduit que Moïse a été le témoin non seulement de la rupture mais aussi de la violence dans les foyers désunis. : « … une femme prise en haine par son époux aurait été en grand danger de mort. Dieu avait donc permis un moindre mal pour en éviter un plus grand[2]… »

Aussi, Jésus leur fait remarquer que la permission de répudier sa femme n’a été concédée par Moïse qu’« en raison de la dureté de votre cœur ». Les commentateurs notent que cette expression ne vise pas seulement la faiblesse humaine, mais dans la Bible elle caractérise surtout l’indocilité du peuple envers les commandements de Dieu. C’est ainsi qu’Ezéchiel prophétisait que « la maison d’Israël n’est que têtes dures et cœurs endurcis[3]… » Le mot grec sklèrokardia évoque la sclérose spirituelle de ceux qui du fait de leur indocilité se sont rendus incapables de comprendre et de faire la volonté de Dieu.

“Par la suppression de la répudiation, Jésus rétablit l’égale dignité entre l’homme et la femme”

En renvoyant les pharisiens au récit de la Genèse, avant la chute et l’endurcissement des cœurs, Jésus révèle la splendeur originelle et actuelle du plan de Dieu au sujet de l’union entre un homme et une femme pour toute la vie. Il manifeste ici clairement la sainteté du mariage et son indissolubilité : « Ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas… » Grâce à cet Evangile nous pouvons comprendre que le fondement de l’unité du couple repose sur deux réalités : d’une part l’engagement mutuel des époux, d’autre part, l’action et la volonté de Dieu qui s’engage à leurs côtés afin qu’ils ne fassent qu’un.

Pudiquement, sans entrer dans les détails, saint Marc rapporte la suite de cette discussion  entre Jésus et les Douze dans l’intimité de la maison de Pierre : « … les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur répondit : ‘Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d’adultère…’ » Jésus n’hésite pas à faire voler en éclat un stéréotype qui faisait que seul un homme pouvait répudier au nom d’une prétendue supériorité masculine. Par la suppression de la répudiation, il rétablit l’égale dignité entre l’homme et la femme.

“Simplicité, humilité et confiance sont les maîtres mot de l’enfance spirituelle qui nous conduira droit au ciel !”

Il y a quinze jours de cela, Jésus avait donné les enfants en modèle à ses disciples. Il semble que cela fut en vain car l’évangéliste rapporte que « les disciples les écartaient vivement » et que Jésus « se fâcha vivement » contre ses disciples. Que veut-il nous faire comprendre lorsqu’il dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas… » ? Saint Basile commentant ces versets dit : « Comme l’enfant ne contredit pas ses maîtres, ne construit pas de raisonnements pour les combattre, mais reçoit avec docilité ce qu’ils enseignent, leur obéit avec crainte, ainsi devons-nous recevoir la parole de Dieu avec simplicité[4]… » Simplicité, humilité et confiance sont les maîtres mot de l’enfance spirituelle qui nous conduira droit au ciel ! Sans la confiance en Dieu, nous vivons sous la loi du péché et de la division qui nous fait désespérer de tout.

Rappelons-nous que nous croyons en un Dieu qui nous aime d’un amour inconditionnel tels que nous sommes. Cet amour de Dieu se révèle en plénitude à la croix où le côté ouvert du Christ nous permet de voir l’amour infini et miséricordieux du Père. Le sang et l’eau qui coulent de son Cœur transpercé vivifient nos cœurs pétrifiés pour en faire des cœurs capables d’aimer comme Lui… Sauvés par le Christ, malgré leurs faiblesses, les époux sont appelés à grandir dans l’amour, la confiance, le pardon et à être les témoins de la fidélité de Dieu…

Bon dimanche, bonne semaine à tous.

Pod

[1] Dt 24, 1.

[2] Homélie XVII sur saint Matthieu, 4.

[3] 3, 1.

[4] Règle brêve, CXXVII 7.

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