Dans le monde sans en être

Soutien aux chrétiens d’Occident

Le 15 août dernier, au jour où le 4e et le 5e mystère glorieux se mêlent, les églises de France se sont ébranlées. Cette fête est promesse d’espérance, où nous méditons dans ces deux dernières dizaines du rosaire, la grâce d’une bonne mort et la dévotion à Marie. Ou plutôt, la grâce d’une bonne mort par l’intercession de Marie Reine. Et nos clochers, dont nos paysages sont joliment habillés, se sont soudain réveillés pour demander cette grâce pour nos frères. Car en effet, ils le sont. La prière est notre glaive, la charité est notre bouclier. Notre étendard est celui du Christ. C’est la prière et l’oraison qui ont fait de Sainte Thérèse la patronne des missions, à l’égal de Saint François Xavier.

Mais, si les cloches ont effectivement sonné à pleine volée ce jour-là, les bancs des églises sont, eux, restés vides. Cette image est saisissante. Comment pouvons-nous soutenir nos frères massacrés à l’autre bout du monde si nous-même, massacrés bien autrement, sommes incapables de nous soutenir nous-mêmes ?

Qui est mon prochain ? L’Eglise répond : mon plus proche prochain, c’est moi. « Comment, en effet, être responsable de la famille des chrétiens si l’on ne peut être responsable de soi-même et de sa propre famille ? » (1 TI 3, 5) nous dit Saint Paul. C’est moi, ma famille, mes amis, mon pays. Les chrétiens d’orient sont massacrés, déportés, génocidés. Les chrétiens d’Occident sont humiliés, ostracisés, abandonnés. Il n’y aura bientôt plus de chrétiens sur la terre qui a vu naître le Christ. Il n’en reste plus guère en France.

En France, sévit notre ultime guerre de religions. Deux modèles s’affrontent : une culture anglo-saxonne, à dominante protestante et libérale, et une culture française, d’inspiration catholique et sociale.

Le protestantisme est foncièrement libéral. Il laisse carte blanche au marché et favorise le libre-échange. Pour les protestants, l’économique ne doit pas s’assujettir à un contrat social d’origine dogmatique. La relation avec Dieu est individualiste ; il n’existe pas de hiérarchie établissant une théologie morale. C’est le modèle américain et anglais.

Pour les catholiques, « nul ne peut servir Dieu et l’Argent ». Dans les Evangiles, Notre Seigneur a des mots très durs envers « les riches ». La morale catholique tient à distance et condamne les dérèglements liés à l’argent, la spéculation ou l’usure. Notre culture française en est profondément imprégnée. Nous avons établi un système social de redistribution par cotisations, et avons fortifié un Etat-Providence, affublé d’un attribut de Dieu.

L’anglais est la langue du marché et des affaires, quand le français est celle de la politique et de la littérature. Comme l’explique avec un talent indéniable Eric Zemmour dans son dernier succès en librairie, le père est le garant de ce modèle, qui apprend aux siens à dominer leurs besoins superficiels et à maîtriser leurs passions. Le père de famille, mais aussi le père de la nation et le maître d’école.

Pour plonger tout à fait la France dans la mondialisation, dans laquelle elle a plus d’un pied, il faut se débarrasser de ce triptyque. Nos manifestations monstres n’y peuvent rien ; nous en sommes au bout. C’est l’alliance objective du libéralisme économique et du libertarisme sociétal : le marché prend, petit à petit, par le délitement social des sociétés occidentales, la place des valeurs culturels qui jusqu’à présent le proscrivaient.

Le protestantisme traditionnel est une religion œcuménique, ouverte au dialogue inter-religieux, peu soucieuse du dogme mais plus de la relation personnelle de chacun directement avec Dieu. L’Eglise catholique, en revanche, est ordonnée verticalement ; elle s’appuie sur l’autorité du Pape et du clergé, et sa doctrine est une.

L’Eglise, après la loi de 1905, n’a pas compris que si elle n’était plus la religion d’Etat, elle demeurait la religion du peuple français et des bourgeois de l’état français. En refusant de garder une position coercitive sur sa doctrine sociale, elle a laissé proliférer les égarements du sarment coupé de l’Arbre. Sarment qui ne s’est pas seulement détourné d’elle, mais qui s’éreinte à se retourner contre ses enseignements. Nous savons aujourd’hui que si les évêques français avaient, en 1975, menacés solennellement d’excommunier les députés qui voteraient la loi sur l’avortement, le projet de loi aurait été repoussé. Les mêmes qui en appellent au réveil de la France et au soutien des chrétiens d’orient, rechignent à soutenir officiellement l’initiative de la Marche pour la Vie. Les mêmes qui refusent à des prêtres appartenant à des instituts de droit pontifical de remplir une église désaffectée de leurs diocèses, et Dieu sait qu’il y en a en France où Il n’est plus prié, au prétexte qu’ils restent exclusivement attachés au rite traditionnel. Les mêmes qui se débarrassent sans états d’âmes des prêtres « trop performants » qui font de l’ombre au reste du clergé. Les mêmes, si complaisant avec l’islam lors des inaugurations de mosquées, mais qui vouent aux gémonies ceux qui œuvrent pour la sauvegarde de la tradition catholique.

Raréfaction des vocations, des baptêmes, des prêtres, remplacés par des laïcs, membres des « conseils paroissiaux » qui décident qui a le droit ou non de célébrer la messe. Laïcs en qui d’aucuns voient l’avenir de l’Eglise. Laïcs qui ont déjà remplacé le prêtre en maints endroits de la liturgie, et quelque fois même s’en passe.

Le Pape a choisi le jour où il recevait Mgr Gaillot à Rome pour lever le voile de plomb sur la licéité et la validité des confessions de la Fraternité Saint Pie X. On ne sait lequel de ces deux évènements étouffa l’autre. Ce grand écart pastoral nous rappelle le souci de l’ancien évêque de Buenos Aires de rassembler au plus large. Un détail toutefois, rapporté doctement par la presse de l’entretien avec l’évêque insoumis, passa tout à fait inaperçu. Questionné sur une visite prochaine en France, le Pape répliqua qu’il préférait visiter les « petits pays qui ont plus besoin de [lui]. » (Figaro du 02/09/2015)

Mais il apparaît cependant que la Fille ainée de l’Eglise n’a jamais eu tant besoin de sa Mère.

 

Hervé de Labriolle

9 réponses à “Soutien aux chrétiens d’Occident”

  1. Basho

    Cet article témoigne d’une profonde méconnaissance du protestantisme. Je ne prendrai qu’un seul exemple pour montrer à quel point c’est mauvais.

    “Le protestantisme traditionnel est une religion œcuménique, ouverte au dialogue inter-religieux, peu soucieuse du dogme mais plus de la relation personnelle de chacun directement avec Dieu”

    Cette affirmation est réfutée par le simple fait que pendant plusieurs siècles les luthériens et les réformés ne pouvaient communier ensemble à cause des divergences théologiques sur la signification de l’Eucharistie. Cela n’a commencé à changer au début du XXème siècle qu’après moult débats En effet, lorsque les nazis commencèrent à contrôler le protestantisme en Allemagne via les Chrétiens Allemands, des luthériens (comme Bonhoeffer), des réformés (comme Karl Barth) ou des évangéliques se regroupèrent pour résister à ce noyautage et mirent en place l’Eglise confessante. Ils étaient très loin d’être des libéraux, Karl Barth est ainsi l’un des grands adversaires du protestantisme libéral, et Bonhoeffer n’hésitait pas à écrire dans une revue théologique que “celui qui se sépare sciemment de l’Église confessante en Allemagne se sépare du salut.” Donc ces résistants avaient mis en place l’Eglise confessante et les institutions comme le fameux séminaire dans la Forêt Noire longtemps dirigée par Bonhoeffer. Mais ces protestants étaient dans une situation paradoxale, ils faisaient “église commune” et pourtant ne pouvaient communier ensemble à cause des divergences doctrinales sur la Présence dans le pain et le vin eucharistiques. Cette question a fini par être tranchée en faveur de l’hospitalité eucharistique lors d’un synode (en 1935) après moult débats.

    Soulignons que beaucoup de gens impliquées dans l’Eglise confessante furent des martyrs. Le plus connu d’entre eux est bien entendu Bonhoeffer.

    En pénitence, je propose d’imposer à l’auteur de lire l’édition intégrale de la Dogmatique de Karl Barth.

  2. Benoît

    Merci Hervé pour ta contribution, merci Bashô pour ton commentaire.

    Il me semble en effet (j’ai ai déjà parlé avec Hervé) que l’article manque de nuance sur le protestantisme.
    En l’occurrence pour la phrase que relève Bashô je crois que l’auteur pensait aux églises traditionnelles actuelles (en gros ce qu’on appelle souvent le protestantisme libéral).

    Avant tout chose : le constat initial du papier d’Hervé est percutant et doit, me semble t il, nous réveiller :
    le 15 aout les cloches sonnait partout, mais beaucoup d’église étaient vides…
    (évidement pas partout, oui il y a des lieux où elles sont pleines … mais on reste extrêmement minoritaire.)
    Ce constat doit avant tout nous appeler à l’évangélisation !

    Comme je le disais à Hervé en message privé, ce qui me semble intéressant dans cet article c’est que la “ultime guerre de religion” qu’il évoque au début de son papier n’est pas celle dont tout le monde nous parle aujourd’hui : Christianisme VS Islam, mais une guerre interne à notre culture européenne Catho VS Prot.
    [/!\ Évidement le terme de guerre ici est une figure de style, il s’agit de parler d’une tension interne à notre culture européenne.]
    Ça me semble beaucoup plus fécond de s’interroger sur notre propre contradiction que sur un ‘danger’ extérieur.

    Ensuite pour ce qui est du rapprochement Protestant = Libéral / Catho = Social, il n’est pas nouveau. C’est évidemment la thèse de Weber sur le lien entre l’éthique protestante et le capitalisme qui est sous-jacente au texte. On pourrait tenter de faire une généalogie des concepts libéraux et d’aucun pourrait leur trouver une origine protestante. L’accent sur la relation personnelle à Dieu dans le protestantisme pourrait être à l’origine de l’individualisme libérale ?

    Cette lecture bien qu’intéressante me semble un peu trop caricatural (bien que les esquisses à grands traits, malgré leur imprécision ont au moins l’avantage de clarifier les grands mouvement). Il faudrait nuancer car de fait : il y a (et il y a toujours eu) des protestants antilibéraux, sociaux, … et : il y a des catho libéraux.

    En fait il me semble même que le principe individualiste n’est pas propre au protestantisme mais au christianisme dans son ensemble (c’est la thèse de M. Villey par exemple). C’est le christianisme dans son ensemble qui met en avant la liberté de chacun et introduit un certain principe ‘libéral’. Le christianisme en faisant émerger l’idée de ‘personne’ fait du même coup naître l’idée d’ ‘individu’.
    Ensuite il y a une question d’accent, d’équilibre. Et certainement que – dans les grandes lignes – l’accent catho est différent de l’accent protestant.

    Le danger est donc d’essentialiser, de fixer trop rapidement des identités catho / prot.
    reste qu’il y a bien deux modèles ‘economico-culturel’ – Social / libéral – qui correspondent géographiquement à peu prêt aux dominantes religieuses historiques – Catho / Prot.
    Cette coïncidence légitime l’interrogation sur un éventuel lien entre les deux.

    Une fois le cadre posé, oui, je te rejoins Bashô, l’article manque de nuance (par méconnaissance des protestants ?). Et s’il l’on veut faire la généalogie du libéralisme pour le trouver un parent protestant il faudra le faire de manière plus précise.

    Comme je le disais à Hervé en privé affirmer que :
    “[Le protestantisme] laisse carte blanche au marché et favorise le libre-échange. Pour les protestants, l’économique ne doit pas s’assujettir à un contrat social d’origine dogmatique. La relation avec Dieu est individualiste ; il n’existe pas de hiérarchie établissant une théologie morale. C’est le modèle américain et anglais.”
    c’est un peu rapide. Si lien il y a, il faudra le montrer de manière plus précise.

    Au fond il me semble que l’article ouvre la possibilité d’une réflexion sur le rapport de force entre deux modèles culturels et religieux cohabitant en Europe.

  3. Calvaire&lutin

    M. Labriolle a une foi bien fragile pour envisager la disparition des chrétiens, je le plains. Qu’il se rassure, l’Église continuera d’exister, sans doute pas celle de ses rêves ou de ses fantasmes, mais heureusement la foi en Jésus-Christ ne tient pas aux fantasmes de M. Labriolle. Elle continuera à vivre grâce à Dieu sous des formes dont nous n’avons sans doute pas idée, et malheureusement à travers des hérésies encore bien pires que celle de M. Labriolle quand il ose dire que pour l’Église (romaine, supposons-le, c’est-à-dire selon lui non pas l’Église catholique du symbole des apôtres, mais une Église qui refuse l’universalité, tout opposée qu’elle est à l’œcuménisme protestant), “mon plus proche prochain c’est moi” (brrr, j’en ai froid dans le dos, comment un tel retournement de l’Évangile est-il possible ?)

    Mystère insondable du christianisme qu’il continue à vivre (mais mal, souffrant, souffreteux, crucifié) jusque par des chrétiens comme M. Labriolle.

  4. Marc Berger

    Je vous écris de Suisse où la situation n’est pas exactement la même, mais proche.
    Je ne sais pas par où commencer tant ce texte est approximatif, superficiel, incohérent et qu’il semble plus le fruit d’une colère que d’une réflexion. Le découragement ne vient jamais de Dieu disait souvent le Padre Pio que l’on fête aujourd’hui. Or je sens peu d’espérance dans ce texte. A la place une grande nostalgie à la Zemmour : la foi fout le camp et un schéma d’explication caricatural.
    C’est vrai qu’il est très triste que bcp d’églises soient vides, mais plus grave encore que si peu de coeurs chrétiens soient habités par Dieu, ou à sa recherche ou vivent vraiment d’une vie intérieure nourrie par la prière et l’oraison, par les sacrements et une vie de charité et de pardon.
    C’est l’heure où on ne peut plus être chrétien à moitié ! Remplir l’église ne suffit plus. Il nous faut réapprendre à prier, à connaître les trésors de l’Eglise, à former des petites communautés peut-être, mais ferventes et toujours en recherche et joyeuses: et tout le reste nous sera donné par surcroît.
    Avec un Pape à la fois si spirituel et si politique, rayonnant de ce Seigneur qu’il porte en lui, nous ne devons pas avoir peur d’être un petit troupeau.
    Travaillons à remplir l’église de notre coeur de la Présence de Jésus médité et imité chaque jour.
    Et les protestants ou ceux qui cherchent sincèrement la vérité seront d’abord des frères et pas des agents d’un complot.

  5. Delphine

    Très bonne analyse. J’aime beaucoup cet article. Merci M. de Labriolle pour votre point de vue clairvoyant et réaliste!

  6. Denis Merlin

    Ce texte n’est pas incohérent, il revendique avec cohérence que le clergé s’occupe des chrétiens de France.

    Quelques formules de sociologie ne peuvent ni n’ont la prétention de rendre compte de l’entière réalité. Mais ce texte est intéressant en ce qu’il prouve un souci chez la jeunesse du retour de la France à la foi.

    Il revendique aussi auprès des pères. “Le monde va mal parce que les pères ne s’occupent pas de leurs enfants.” c’est parfaitement exact. On peut étendre la formule aux pères spirituels.

    Pour moi, il n’y a pas opposition entre les droits de l’homme et la foi catholique.

    C’est pourquoi, selon moi, ce qui manque le plus au clergé catholique français contemporain, c’est le respect de la liberté religieuse des catholiques. La désaffection des Français pour l’Église s’explique en grande partie par le massacre arbitraire de la culture religieuse française par le haut clergé catholique. Ce que relate monsieur de Labriole sur l’interdiction à des instituts de célébrer la messe que le peuple réclame, parce que les prêtres de ces instituts utilisent un missel licite illustre très bien ce propos.

    En vertu de la liberté religieuse et de la foi catholique il est en effet licite d’utiliser un missel édité par un pape, même mort. L’inerrance des textes édités par le pape défunt est attestée par la foi catholique. La liberté religieuse autorise à les utiliser. De même qu’elle autorise à utiliser le latin et la Vulgate pour les prières adressées à Dieu.

    Ce que revendique monsieur de Labriolle est donc parfaitement valable: clergé de France soyez avec nous autres traditionalistes paternels et maternels et respectez notre liberté religieuse ! N’imposez pas au nom de la foi, des idéologies historiques qui se parent abusivement du prestige de la “science”. Liberté religieuse !

  7. Édouard

    Moi j aime bien ce texte.
    Le premier constat de l auteur sur les églises vides est frappé au coin du bon sens. On pleure le sort des chrétiens d orient en faisant sonner les cloches de nos églises mais celles ci sont vides. Cherchez l erreur. Il est évident qu on assiste en orient a un génocide des chrétiens mais en occident nous délaissons notre christianisme. Il y a finalement une disparition du christianisme en occident aussi. Il faudrai être aveugle pour ne pas le voir. La pratique est en chute libre. Les prêtres très âgés ne sont pas remplacés. C est peut être pessimiste mais c est la réalité.
    Sur le protestantisme Hervé schématise. Mais dans le fond n a t’il pas raison ? L idéologie protestante est individualiste c est évident. Et favorise le capitalisme. Les États Unis et la Grande Bretagne sont imprégnés de protestantisme au sens large du terme. Et le protestantisme a accepté le divorce puis la contraception puis le mariage homo maintenant. Les protestants sont bcp plus libéraux par principe que l église catholique. Et si un entrepreneur réussit et fait fortune c et que son œuvre est bénie de Dieu. Alors que le catholicisme a toujours était méfiant envers la fortune. Maintenant je reconnais que c est très schématique. Mais c est vrai.

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