Dans le monde sans en être

La France est-elle une race ?

Alexandre Dumas

Les médias aiment les polémiques, du genre de celles qui déclenchent des réactions émotives, qui nous rappellent des heures sombres et qui mettent en avant la menace du Front National. La dernière en date est celle déclenchée par Nadine Morano : au micro d’On n’est pas couchés elle a affirmé que « La France est un pays de race blanche »

Tout est pathétique dans cette histoire. Tout. Que ce soit l’attitude des médias, le jeu que joue Nadine Morano, ses propos… Cette polémique, comme les autres d’ailleurs, ne fait qu’illustrer le vide de notre vie politique. Pourquoi ?

D’abord l’attitude des médias. Nadine Morano est un fidèle soutien de Nicolas Sarkozy. Elle est à droite des Républicains, spécialisée dans la séduction des électeurs du FN et dans la boulette polémique. Pourquoi l’interviewer ? Pour faire de l’audience bien sûr ! En la faisant venir dans son talk show, Laurent Ruquier sait qu’il aura quelques petits propos qui feront mouches et créeront une bonne petite polémique comme au temps où il faisait travailler Zemmour. Mais finalement, elle représente qui Nadine ? Certainement pas ses électeurs de Meurthe-et-Moselle puisqu’elle a été battue aux législatives de 2012 (malgré une drague exagérée des électeurs frontistes). Morano n’est pas une personnalité politique de premier plan, c’est juste une caricature qui fait réagir le public. Autrement dit, un bon réacteur dans une société qui préfère l’émotion à la raison… Or notre démocratie a justement besoin de l’inverse : passer de la dictature de l’émotion, au règne de la raison.

Mais cela ne contrebalance pas non plus le problème posé par les propos de Nadine Morano. Quand elle dit que la « France est un pays de race blanche », elle veut citer de Gaulle qui aurait tenu ces propos à Alain Peyrefitte. Le Général disait cela dans un contexte spécifique, celui de la Guerre d’Algérie. De Gaulle n’était pas un homme raciste,  il refusait un système colonial dans lequel il y avait des citoyens de seconde zone. Il voulait l’égalité. Mais il reconnaissait aussi la difficulté de faire cohabiter plusieurs nations culturellement très différentes dans un même empire. C’est ce qui l’a poussé à décoloniser l’Empire colonial et à accorder l’indépendance à l’Algérie. Et surtout, il ne faut pas oublier le début de sa citation : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. »

Mais au-delà de cette citation dite dans un contexte qui n’a plus lieu, que penser de cette affirmation : « La France est un pays de race blanche » ?

Tout d’abord, la notion de « race » est dépassée. La biologie contemporaine ne parle plus de race pour les personnes. Les races n’existent qu’a la condition d’une endogamie très stricte durant plusieurs générations. Autrement dit, pour qu’il y ait une race il faut de la consanguinité : c’est ce que font les éleveurs d’animaux domestiqués, et c’est vivement déconseillé aux hommes pour causes de risques de malformations.

Mais surtout, la France ne repose pas sur le droit du sang. La France est une terre et sur cette terre séjourne une nation. Terre et nation sont deux concepts étrangers à celui de race. Depuis le Moyen-Âge, c’est le droit du sol qui prédomine. La France était une terre dirigée par un Roi et le peuple était composé des sujets rassemblés autour du Roi. C’est la personne du Roi qui assurait la cohésion nationale. Nulle uniformité dans ce peuple : les provinces étaient toutes différentes, avec des coutumes, des lois différentes et des peuples différents.

Puis la Révolution est passée par là. Mais malgré le caractère uniformisant du nouveau régime, le droit du sol est resté et la France est devenue un état-nation. Ernest Renan a donné une belle définition de la nation, et là encore il n’est pas question de lignées familiales mais de rassemblement autour de principes spirituels.

Certes, la majorité des Français sont blancs. Mais cela n’empêche pas qu’une personne de couleur puisse être autant française qu’un visage pâle. Notre histoire connait de nombreux exemples de grandes figures colorées : ainsi, bien avant que les Américains n’élisent Barack Obama, la France a eu un Président du Sénat noir : Gaston Monnerville, guyanais, Président de la Haute-Assemblée de 1947 à 1968 1Président du Conseil de la République de 1947 à 1958, et du Sénat de 1958 à 1968.. Si de Gaulle avait démissionné en mai 1968 2Monnerville a quitté ses fonctions en octobre., c’est un noir qui aurait franchi le perron de l’Elysée. Cette réalité ne dérangeait pas les Sénateurs qui l’avaient élu. Monnerville fut aussi Président du Conseil général du Lot de 1951 à 1971 et maire de Saint Céré, ce qui nous montre que la France profonde avait su accepter sans souci un dirigeant afro-descendant.

Mais l’exemple qui me touche le plus est sans doute celui d’un de nos plus grands écrivains. Celui qui a fait aimer l’histoire de France à des millions de Français (et aussi à des lecteurs du monde entier), et qui a suscité d’innombrables vocations d’historien : Alexandre Dumas, qui était un métis dont le père est né en Haïti. Grâce à Dumas, les Français vivent leur histoire comme un roman. Dumas est non seulement un Français, mais c’est un des plus illustres : notre culture qui assure notre cohésion nationale lui doit énormément.

Ces grands exemples n’ont été possibles que grâce à une vision de la nation qui n’a rien à voir avec un système racial.

Percevoir la France comme un pays de race blanche est trop réducteur. Cela revient à perdre de vue l’idée de rassemblement de tous les hommes de notre terre de France, que ce soit autour du Roi ou dans la République, qui est celle qui fait notre pays depuis le Moyen-Age.

Charles Vaugirard

En illustration, le très beau portrait d’Alexandre Dumas figurant dans le hall de sa maison, le château de Monte-Cristo.

Notes :   [ + ]

1. Président du Conseil de la République de 1947 à 1958, et du Sénat de 1958 à 1968.
2. Monnerville a quitté ses fonctions en octobre.

7 réponses à “La France est-elle une race ?”

  1. illwieckz

    Bonjour votre article fait de très grossières erreurs de logique qui invalident complètement le raisonnement. Vous confondez notamment nation et race (c’est bien la peine…), nation et religion, et le tout et la partie.

    Je développe largement cette analyse ici :
    http://iIIwieckz.net/journal/S_il_vous_pla/C3%AEt_soyons_raisonnables

    C’était un peu trop long pour tenir dans un commentaire alors j’ai fait un article. 😉

    Bien à vous.

  2. Charles Vaugirard

    Merci pour votre commentaire.

    Une question : avez-vous seulement lu mon article ? Je ne parle pas une seule fois de religion, et j’oppose le concept biologique de race à celui de nation…

    Quant à mon titre, c’est une image…

  3. Pinkernes

    On ne peut pas techniquement parler de Nation avant la Révolution, du moins pas au sens moderne du terme (Renan est d’ailleurs un auteur du XIX° qui a théorisé la notion révolutionnaire de Nation).
    La Nation, antérieurement à l’idée de Renan, est un mot qui rattache à la naissance, à la mère, et paradoxalement à la transmission biologique, au sang, à la « race » (Ne dit-on pas mater certa est en droit ?)

    Nation et Race peuvent parfaitement être des mots intimement liés, et l’on sait que l’histoire a malheureusement montré les différents sens que l’on pouvait leur donner au XX° siècle.

    Il ne faut pas non plus faire d’anachronismes sur ces thèmes car les mots ont des sens qui peuvent changer et à ce titre les termes de Pays, Peuple, Provinces, Races, Nations, Patrie ont évolué, surtout au XIX° siècle.

    Votre exemple me paraît ainsi mal fondé car il témoigne d’une époque où les concepts évoqués, s’ils existaient seulement tous, n’étaient absolument pas compris de la même manière et ne peuvent s’analyser à l’aune de nos propres grilles de pensée (vous l’admettez d’ailleurs implicitement dans votre paragraphe sur la révolution).

    Et pour cause ! Il n’y avait nul besoin de théoriser de manière politique, philosophique ou scientifique les concepts de race, de droit du sang, de nation ou de patrie dans un pays :

    – qui ne connaissait pas d’autres mouvements de population qu’avec des pays de cultures proches (et dans des proportions très limitées)
    – qui avait une homogénéité de couleur de peau (désolé de le dire ainsi)
    – qui n’avait absolument pas la même organisation sociale et politique

    Cet aparté réalisé, je reproche surtout à l’article de confondre le sens des mots, et je tiens à préciser que je n’ai aucune affinité particulière avec Mme MORANO que je ne cherche pas particulièrement à défendre.

    Dire un Pays de race blanche ne signifie pas une Nation de race blanche.

    Ainsi, si je suis parfaitement d’accord qu’il est réducteur et condamnable de parler de la France Nation de race blanche, la formule utilisée n’est pas pour autant fausse et ne méritait en tout cas pas l’esbroufe qu’on en a fait.

    Il n’est pas gênant de dire que l’Algérie est un pays « arabe » (bien qu’il y ait une forte minorité berbère), que la Namibie est un pays « noir » (bien que 10% de la population y soit blanche), que la Chine est un pays « jaune » bien que des milliers d’occidentaux y vivent, etc, mais il serait gênant de dire que la France est un pays blanc…

    Demandez à un japonais de dessiner un français, à un italien de dessiner un congolais et à un tunisien de dessiner un chinois, vous serez à peu près certain du résultat produit.

    Le sens des paroles de de Gaulle s’inscrit d’ailleurs dans le cadre du Pays et non dans celui de la Nation, une définition « populaire », commune, qui n’a rien de « raciste » en soi (comme en témoigne le début de la citation que vous rappelez fort opportunément)

    En réalité ce qui a choqué c’est l’utilisation d’un mot devenu tabou par une personnalité politique de droite, dans une société hystérique et en perte de repères sur les questions d’intégration, d’histoire, et de culture.

    Plus encore, le battage médiatique autour de cette phrase témoigne peut être également pour beaucoup de gens d’une autre réalité, voir d’une inquiétude : et si le pays de race blanche (mais cette fois au sens blanc + occidentalisé) ne l’était plus vraiment dans peu de temps ?

    Mon constat se veut neutre, mais il interroge sur l’évolution du Pays-France, à défaut de pouvoir débattre de manière non hystérique sur l’avenir de la Nation-France.

    A mon avis, elle aurait enlevé le mot “race” que le mot “blanc” aurait suffit à entraîner la même réaction médiatique, symbole de notre incapacité à rester rationnels aujourd’hui.

  4. Charles Vaugirard

    @Pinkernes

    Merci pour votre commentaire. En quelques mots : je ne nie pas que la France est composée majoritairement de blanc et je ne dis pas qu’il est “raciste” de dire que c’est le cas. C’est un fait, tout comme la majorité des Congolais sont noirs.
    Ce qui me dérange dans les propos de Morano est davantage dans l’utilisation du mot race. Aussi bien d’un point de vue biologique que d’un point de vue politique, le concept de “race blanche” n’a pas de sens dans notre société actuelle. Biologiquement, la notion n’existe pas chez les êtres humains. Race est un échelon en dessous de l’espèce, et pour obtenir une race il faut faire appel à de la consanguinité. Par exemple dans les élevage bovin, ça passe par de l’insémination artificielle, ce qui conduit à des centaines de veau nés à partir d’un seul géniteur… Pour parvenir à cela chez les hommes, il faudrait isolé un petit groupe d’humains pendant plusieurs générations. C’est sans doute arrivé dans le passé sur certaines îles, voire certaines vallées, mais c’est rare et surtout : ça concerne des petits groupes.
    Donc parler de “race blanche” n’a pas de sens car le groupe en question est beaucoup trop large, la diversité génétique chez les visages pâles est très, très large.
    Ensuite, d’un point de vue politique, en France on parle de nation et pas de race. Ce qui est plus juste est moins réducteur.
    Je suis bien d’accord avec vous sur le fait que la nation est un concept révolutionnaire. Mais on peut aussi se poser la question si l’idée de nation ne serait pas un prolongement de la royauté ? Est-ce que le rassemblement autour du Roi ne serait pas assez proche de la nation théorisée par Renan ? Dans les deux cas il y a le droit du sol et l’idée de rassemblement. La question mérite d’être posée.

    Concernant l’histoire de notre peuple : il est effectivement un composé. Mais je ne crois pas que tous ces peuples qui se sont mélangés aient été aussi proche que ça. Certes, ils étaient blancs… Mais tous avaient des cultures très différentes. Peuples anciens inconnus, Ligures, Celtes, Grecs (les cités du sud), Romains, puis les invasions germaniques. Tous très différentes, s’affrontant et même ayant souvent peur de l’autre. Lors des “invasions barbares” les Romains chrétiens étaient terrorisés devant les Francs païens, au moins autant que beaucoup de gens devant Daech aujourd’hui.
    Et cette fameuse couleur de peau, était elle vécu comme une barrière infranchissable ? Regardez un saint très populaire au Moyen-Age : Saint Maurice. Il était le saint patron du St Empire Germanique, des chevaliers de Livonie (des Allemands), de la Savoie. Les chevaliers, en général, en faisaient leur modèle. Et pourtant ce saint, un soldat égyptien de l’Armée Romaine, était représenté… comme un noir, un africain. A Riga, son portrait est sur la façade du siège des chevaliers et en Allemagne plusieurs églises représentent ce chevalier aux traits africains et à la peau noire.
    Cela permet de relativiser certaines notions.

  5. Pinkernes

    “Ce qui me dérange dans les propos de Morano est davantage dans l’utilisation du mot race. Aussi bien d’un point de vue biologique que d’un point de vue politique, le concept de “race blanche” n’a pas de sens dans notre société actuelle.”

    Ne pouvant découvrir la définition du mot race de Madame MORANO en son for interne, je suis bien contraint de rester objectif et de reprendre le sens qu’elle en donne par la référence à de Gaulle.

    C’est bien là que se situe justement toute la difficulté…à vouloir choisir à tout prix un sens d’un mot (biologique, scientifique) alors que le sens du mot pour de Gaulle était totalement différent, on empêche en réalité toute analyse (on en arrive même à lire ou entendre par ailleurs que de Gaulle était un peu raciste sur les bords ou que ses paroles sont apocryphes).

    C’était l’une des règles de base de la discussion scolastique que de s’accorder sur le sens des mots avant d’envisager le fond du débat.

    Or ce n’est pas ce que vous faites et ce qu’on ne fait absolument plus de manière générale. Vous affirmez en conséquence que le mot race ne peut avoir pour définition que celle que vous lui donnez (où plutôt que les médias se sont empressés de sous-entendre).

    Qu’on dise que ce mot est sujet à interprétation et que certaines définitions de celui-ci sont dangereuses et/ou fausses, soit.

    Mais il est très différent d’écrire que ce mot a un unique sens qui a supprimé toutes les autres définitions et que son utilisation publique est condamnable en soi.

    A ce rythme, on pourrait supprimer tous les passages du Nouveau Testament évoquant la notion de “races”. En effet, ayant une méconnaissance biologique du phénomène à l’époque, ils ne pouvaient en donner un sens acceptable pour l’homme moderne.

    On pourrait accuser de racisme ceux qui utilisent des expressions telle que « cet enfant est de bonne race…», « la race est bonne dans la famille untel…» alors que cette expression a toujours renvoyé aux qualités morales de ses ancêtres.

    Quelle absurdité ! Et pourtant…

    C’est encore une fois donner du mot race une définition bien précise, et condamnable, qui a pour conséquence une idéologie consistant à dire qu’il y a des races supérieures et inférieures.

    Je condamnerais d’ailleurs avec véhémence une utilisation de ce mot qui ferait référence à des idéologies malsaines pour les magnifier.

    Ainsi, je comprends parfaitement que l’utilisation publique du mot « race » choque.

    Mais je le déplore lorsqu’on lui fait dire ce qu’il ne dit pas, même si la personne qui a fait cette citation m’horripile en général au plus haut point, car c’est à la véritable liberté d’expression qu’on touche, celle qui impose de réfléchir au contexte, au sens des mots avant de lancer des anathèmes.

    Quant aux barrières infranchissables, je ne vois pas ce que cela vient faire dans le débat: qui a jamais nié ici la possibilité de génie, d’héroïsme, de modèle ou de sainteté d’un homme quelle que soit son origine ethnique ou sociale ? Il me semble que nous avons un Dieu fait homme fort peu aryen dans ses gênes…

    Pour finir sur Renan, on peut gloser tant qu’on veut sur les origines de sa pensée, mais c’est un pur positiviste du XIXème et un digne enfant de la Révolution qui a très peu à voir avec la pensée classique d’Ancien Régime.

  6. Charles Vaugirard

    Je connais effectivement bien Ozanam, et j’ai étudié son oeuvre. Il d’ailleurs été le témoin, dans ses études germaniques, de la transformation de la culture allemande au début du XIXéme siècle. Il regrettait que les auteurs Allemands de son temps aient une vision purement germanique, sans mélange, du monde germain (l’Allemagne n’existait pas encore en tant qu’Etat). Cette vision des auteurs Allemands était très païenne et elle annonce un nationalisme allemand racialiste qui donnera naissance au nazisme 100 ans plus tard. Ozanam insiste beaucoup sur le paganisme et sur l’absence de mélange.

    Dans ces études germaniques, on retrouve la vision des peuples d’Europe d’Ozanam. Et notamment sa vision de la France. Cette vision ne se réduit pas à une question de race, mais au contraire un voit là un composé rassemblé par le christianisme. Petite précision : Ozanam croyait en l’égalité de tous les hommes. Il a lui même dit à plusieurs reprise que la devise de la République, Liberté, égalité, fraternité, était l’avènement temporel d’Evangile.

    Pour finir avec Morano : je maintiens que parler de race en 2015 peut porter à confusion. Les mots on un sens, et actuellement “race” à une définition biologique précise. Je ne sais pas ce qu’il y a dans sa tête, mais elle a été clairement maladroite.

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