Dans le monde sans en être

Be CALM, accueillez un réfugié

Mettre en relation des familles d’accueil et des réfugiés en recherche de logement, c’est l’objectif du dispositif CALM – pour « comme à la maison » – lancé par Singa à la rentrée. L’association qui oeuvre pour l’inclusion des réfugiés dans la société française depuis 2013 espère trouver un toit à 50 réfugiés dès le mois de septembre.

500. Ce n’est pas le nombre de victimes d’un naufrage de plus sur les rives de la Méditerranée. C’est le nombre de particuliers qui, chaque jour depuis une semaine, ont contacté Singa pour proposer d’accueillir chez eux une ou plusieurs personnes réfugiées mal logées ou sans domicile fixe. « On n’a jamais vu ça, je reçois des appels et des mails en continu, c’est un véritable changement d’échelle », confie Alice Barbe, co-directrice du mouvement. Les demandes, ou plutôt les offres d’aide, affluent de partout en France, et les profils sont variés : agriculteurs, parents dont les enfants sont partis étudier, familles monoparentales – et même un châtelain ! Il y a une semaine de cela, moins de vingt familles s’étaient signalées et seuls trois réfugiés avaient entrepris cette expérience d’accueil. Ce n’est pas la photo du petit Aylan échoué sur une plage turque qui a provoqué l’électrochoc, mais une meilleure couverture médiatique accordée à la rentrée, assure-t-elle.

Alors que l’Etat français ne met à disposition qu’un millier de places pour loger les réfugiés statutaires, comment accompagner ces personnes dans leur recherche d’un logement stable ? L’élan de solidarité des particuliers proposant une chambre montre que la solution existe, qu’elle est toute proche. « Les réfugiés sont connectés, mais n’ont souvent pas accès à l’information », explique Alice. C’est ce qu’ont révélé les recherches menées depuis deux ans sur le thème « Réfugiés et TIC » , mais aussi l’expérience de la communauté : la plupart des réfugiés entrent en contact avec Singa grâce aux travailleurs sociaux ou par le bouche-à-oreille.

Le projet se base ainsi sur un constat, mais aussi sur une expérience, celle de Foday. Arrivé en France en 2011, ce jeune Sierra-Léonais a obtenu le statut de réfugié en 2012. Il découvre la toute jeune Singa – « lien » en Lingala, une langue parlée dans la région des Grands Lacs – quelques mois plus tard, grâce à l’assistante sociale qui lui propose de venir y apprendre le Français avec une tutrice. De ses échanges avec Nathanaël Molle, un des fondateurs de l’association, naît une vraie amitié. « Que veux-tu faire ? » lui demande le jeune entrepreneur. Foday est comptable de formation et il s’attache à apprendre le nécessaire pour continuer en France. Il devient ainsi le trésorier de l’équipe, tout en décrochant un stage à Rouen dans un groupe luttant contre la malnutrition. « Comme je ne parlais pas encore très bien le Français, le travail n’était pas toujours facile, mais j’ai été très bien accueilli et ça a été le début de ma véritable intégration », se souvient Foday. «Grâce à ce stage, qui a été prolongé d’un mois et a débouché sur un contrat en alternance, j’ai appris à faire mon métier comme en France, j’ai intégré les codes de la société, j’ai réappris à me faire confiance et à faire confiance aux autres. »

Les autres, dans cette histoire, jouent un rôle déterminant. Trois mois avant la fin de son apprentissage, Foday doit quitter l’appartement qu’il loue et en fait part à Antoine, un responsable des ressources humaines. Le lendemain, Antoine, marié et père de quatre filles déjà grandes, lui propose de venir habiter chez lui. « Brigitte et Antoine sont très concernés par ma vie. J’ai beaucoup appris chez eux, et eux aussi d’un monde qu’ils ne connaissaient pas. » La religion ? Ce n’est pas un sujet à table, Foday, qui est musulman, sait qu’ils sont catholiques et eux veillent à ne pas cuisiner de porc. Pendant toute cette période, Foday continue de revenir à Paris tous les week-ends, notamment pour remplir sa tâche de trésorier. Aujourd’hui, il est le président de Singa et va demander la nationalité française.

Caroline et Grégoire, avocate et entrepreneur, ont entendu parler à la radio de Singa et ont décidé de se rendre à un atelier de formation au projet CALM, « pour voir ». Frustrés de ne pas savoir quoi faire face aux informations désastreuses entendues tout l’été, ils ont répondu à l’invitation pour s’assurer du sérieux de l’initative. Et parce que, dans leur appartement, il y a une chambre libre. Pour autant, ce n’est pas un choix facile à faire. « Si on saute le pas, pour nos trois enfants, ce sera quelque chose de marquant. Cela impliquerait des changements dans l’organisation familiale, mais je crois qu’ils en tireraient une grande richesse. Leur conscience sur ces sujets est déjà bien éveillée », avance Grégoire. Caroline, elle, est rassurée de voir que l’équipe pourrait être un « tiers de confiance » et reconnaît le bien-fondé de l’initiative : « Avec la meilleure volonté du monde, on ne va pas aller proposer à quelqu’un dans la rue de dormir chez soi…».

Les organisateurs connaissent et anticipent les questionnements et éventuelles difficultés qui peuvent apparaître dans ces colocations d’un nouveau genre. C’est pour cela que la plateforme CALM – ici – invite les personnes proposant un logement à donner le maximum d’informations sur leurs goûts, mode de vie, caractère, afin de faire se rencontrer des personnes compatibles. Aux membres d’un nouvel hébergement partagé est remis un kit contenant un guide d’accompagnement, un annuaire de ressources, une charte commune et un contrat optionnel, pour donner un cadre à la cohabitation. Chaque personne accueillie rencontre toutes les semaines un buddy, un membre qui met ses talents au service de la communauté. A terme, il y aura même une hotline joignable 24h/24, pour veiller au bon déroulement des colocations, prévues pour des durées de 2 semaines à 6 mois. Le temps nécessaire pour trouver un logement indépendant, sûr et stable.

CALM n’a pas vocation à devenir un simple réseau d’hébergement, mais une plateforme de rencontres entre personnes réfugiées et citoyens français. Sur l’application du même nom, qui sera lancée en décembre, on pourra créer son profil, mais aussi échanger des idées de sorties ou des conseils pratiques sur un forum d’entraide. En open source, elle sera reproductible par n’importe quelle structure voulant s’inspirer de cette initiative, comme par exemple la Fondation Abbé Pierre.

« J’ai l’espoir que les Français embrassent vraiment ce projet », conclue Foday. « C’est un dispositif utile pour résoudre le problème du logement des réfugiés en France. Au-delà, je veux aider les nouveaux-venus à s’intégrer et à apporter leurs compétences à la société française. » Le jeune homme homme ne parlait pas un mot de Français il y a trois ans. Ce soir-là, il introduit une réunion d’information qui réunit une centaine de personnes et plusieurs grands médias. « Oui, je suis fier. Les gens pensent que les réfugiés n’ont rien à apporter à la société française. Mon expérience prouve le contraire. »

@DelphineLaNuit
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Site de Singa : http://singa.fr/
Le projet CALM : http://singa.fr/la-communaute/calm-comme-a-la-maison/
Pour proposer un logement : ici.

5 réponses à “Be CALM, accueillez un réfugié”

  1. incarnare

    Sans vouloir mettre en concurrence diverses associations, je signale ici le Jesuit Refugee Service et son Réseau Welcome, qui commence à être bien implanté dans nos villes.

    Soulignons aussi qu’accueillir nécessite un accompagnement par des structures à l’expérience éprouvée.

  2. DelphineLaNuit

    Le JRS fait aussi un travail remarquable et la mise en avant de SINGA (qui organisait une soirée de présentation de CALM il y a peu) ne tend évidemment pas à éclipser les autres organisations.

    Un détail doit pourtant être ajouter : le programme Welcome du JRS concerne surtout des demandeurs d’asile, tandis que SINGA s’attache à trouver des solutions pour les réfugiés statutaires, des personnes qui se sont vues accorder le statut de réfugié par les autorités françaises.
    Il est donc en effet vain de vouloir mettre en concurrence des structures qui cherchent à résoudre un même problème pour des groupes différents, d’autant plus qu’Alice m’a précisé que Singa et JRS avaient été en contact pour l’élaboration de l’application qui sortira en décembre.

    Quant à l’expérience, le travail de Singa commence à être reconnu et il ne fait aucun doute que leurs compétences seront exploitées. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti de cette soirée : le grand professionnalisme. Le véritable enjeu est désormais de réussir à gérer le boom de colocations actuel.

  3. Schiano de Colella

    Bonsoir

    Nous disposons d’une chambre libre et après discussions et accord familial, nous sommes prêts à accueillir un réfugié. Nous ne savons pas comment nous y prendre, une amie m’a conseillé votre association, comment faire ?
    Nous vous remercions d’exister déjà et re réondre à notre demande.
    Cordialement

  4. Benoît

    Bonjour,
    lisez bien l’article vous y trouverez un lien vers un formulaire de CALM pour se proposer comme hébergeant.
    Merci pour votre générosité.

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