Dans le monde sans en être

La joie de la mission et de la prédication

En ce seizième dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous donne de lire la suite de l’Evangile de la semaine passée où Jésus a « envoyé pour la première fois » ses disciples en mission. Nous assistons au retour et au débriefing enthousiaste de la mission des Apôtres. Les Douze rapportent à Jésus la joie de la mission et lui disent tout ce qu’ils ont vu, fait et enseigné.

Jésus, le bon pasteur, sait combien ils n’ont pas ménagé leur peine. C’est pourquoi il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » Ce verset dévoile, s’il en est besoin, l’amour et la délicatesse de notre Dieu. Déjà dans l’Ancien Testament, Isaïe prophétisait au sujet de Jésus : « Il ne brisera point le roseau cassé, Et il n’éteindra point la mèche qui brûle encore… » Dieu connaît nos besoins, nos limites ; il ne nous demande jamais plus que ce nous sommes en mesure de donner ou de supporter…

Le danger de l’asphyxie spirituelle

« Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l’écart. » afin de leur ménager un temps et un lieu de repos, Jésus va les conduire dans un lieu désert, là où jusqu’à présent il se retirait seul. Ici le désert signifie non pas le vide et la mort, mais un lieu propice à la prière, au recueillement et à l’action de grâce… En effet, l’action de grâce est le meilleur antidote contre l’orgueil et le retour sur soi. C’est à l’écart du bruit et de l’agitation que nous pouvons en vérité rendre grâce à Dieu de qui vient toute grâce et toute fécondité. L’apôtre saint Paul rappelle aux disciples de tout les temps : « Qu’as tu que tu n’aies reçu ? » En effet : « C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses… »

C’est non sans humour que saint Bède le Vénérable commente ces versets en disant que « la fatigue de ceux qui enseignaient, ainsi que l’ardeur de ceux qui s’instruisaient, montrent bien ici comme on était heureux en ce temps-là. Plût au ciel qu’il en fût de même encore à notre époque, qu’un grand concours de fidèles se pressât autour des ministres de la Parole pour les entendre, sans même leur laisser le temps de reprendre des forces[1]! » Mais surtout il pointe une vérité qu’il nous est nécessaire d’entendre et d’intégrer dans nos vies surchargées et encombrées. Pour que nous puissions communiquer Dieu aux hommes de notre temps, il faut que nous sachions prendre du temps avec Lui. Faute de quoi, les disciples courent le danger de l’asphyxie spirituelle et deviennent facilement la proie du tentateur: « Car lorsqu’ils manquent du temps nécessaire pour prendre soin d’eux-mêmes, ils ont encore moins la possibilité de s’abandonner aux séductions de l’âme et du corps[2]… »

“Avoir pitié des pauvres et de ceux qui n’ont pas de berger”

« Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement. » Alors que Jésus et ses apôtres gagnent en barque l’autre rive, les foules enthousiastes les rejoignent par la terre. En les voyant, Jésus est « pris de pitié ». Saint Marc reprend ici un verset du premier Livre des Rois, où après la mort du roi Akhab, se produit un sauve-qui-peut général. Les soldats sont comme « des brebis sans berger ». Jésus « pris de pitié (…) se mit à les instruire… » Il est venu pour rassembler les brebis perdues de la Maison d’Israël. La « pitié », dont il est ici question suggère un sentiment profond qui prend Jésus aux entrailles et le pousse à faire miséricorde. Saint Bède dit que Jésus « nous apparaît là dans sa double nature : il se montre à nous avec la compassion de l’homme et la puissance de Dieu[3]… » Comment Jésus fait-il miséricorde ? Saint Marc nous dit qu’ « il se mit à les instruire longuement… » Saint Bède de commenter ces mot en disant : « Avoir pitié des pauvres et de ceux qui n’ont pas de berger, c’est précisément leur ouvrir le chemin de la vérité en les instruisant[4]… » Ce verset me fait penser à un passage de la seconde lettre de saint Paul à Timothée : « proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire (…) Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère[5]. » La joie de la mission et de la prédication sont intimement liées à la fidélité à Jésus, à l’Eglise et à l’Evangile. Cette fidélité n’est possible et vivifiante que reçue et vécue dans l’intimité de la prière, du cœur à cœur avec celui qui nous enseigne longuement…

Puissent ces jours d’été, et souvent de repos, être propices pour chacun de nous à la lecture de l’Evangile. Jésus qui connaît mieux que nous nos besoins et qui seul peut étancher notre soif d’absolu veut s’y révéler en plénitude.

Bon dimanche à tous.

Pod

 

[1] Commentaire de l’évangile selon saint Marc, II.

[2] Idem.

[3] Commentaire de l’évangile selon saint Marc, II.

[4] Idem.

[5] 2 Tm, 4, 2-3.

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