Dans le monde sans en être

Miséricorde

Michel Ciry, Incrédulité de thomas

Michel Ciry, Incrédulité de thomas

En ce dimanche de la Miséricorde, l’Eglise nous donne à entendre le récit de deux rencontres du Christ ressuscité avec ses disciples. L’une alors que Thomas « n’était pas avec eux » et l’autre en sa présence. Cet Evangile se déroule au Cénacle alors que les Onze « avaient verrouillé les portes (…) car ils avaient peur des Juifs… » C’est là, ainsi que l’affirme saint Jean, que « Jésus vint » et qu’Il se tint « au milieu d’eux. » Tous les regards, toute l’attention, toutes les attentes de ses disciples et de l’humanité convergent vers Lui. Cet Evangile nous invite à nous déterminer face au mystère de la Résurrection de la chair que nous professons dans le Credo. Dans le commentaire de ce verset, saint Augustin se fait l’écho de tous ceux qui peinent devant un si grand mystère et qui s’interrogent à propos du corps ressuscité de Jésus : « S’il est ressuscité avec un vrai corps, celui qu’il avait sur la croix, si ce corps a pu être touché, comment a-t-il pénétré par les portes closes ? » A cette question, l’évêque d’Hippone répond non sans malice: « Si vous compreniez le comment, il n’y aurait plus de miracle. »

S’étant fait l’un de nous, Jésus fut mis au tombeau avec un corps semblable au nôtre, c’est à dire un corps passible et mortel. En ressuscitant, ainsi que le dit saint Ambroise : « sa chair n’a pas changé de nature, mais elle a revêtu les qualités qui conviennent à un corps ressuscité[1]. » la qualité qui convient à un corps ressuscité s’appelle la glorification. La glorification corporelle donne au corps des qualités qui l’affranchissent de la souffrance, de la mort, des lois de la matière, de l’espace et du temps. Voilà pourquoi, comme le dit saint Augustin  « une porte close ne pouvait arrêter un corps rempli par la divinité[2]… »

« Il leur dit : ‘La paix soit avec vous !’» Ce sont les premières paroles du Ressuscité. La paix est le premier don qu’il nous fait, don que le monde attend et qui vient de Dieu seul. Sans la paix rien de beau, de bon et de vrai ne peut se produire. La paix favorise les rencontres authentiques, elle est une des conditions de la mission à laquelle le Christ veut préparer ses disciples. Notons au passage que la liturgie réserve cette salutation : ‘la paix soit avec vous’ aux évêques dont la mission est de nous confirmer dans la foi et de nous aider, par leur enseignement fidèle et aimant, à rendre témoignage au Seigneur ressuscité.

Les disciples ont vu leur salut

« Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. » Pourquoi Jésus nous montre-t-il ses mains et son côté ? Rien d’étonnant, me direz-vous, chez saint Jean. Comment le disciple bien aimé pourrait-il omettre de parler du côté transpercé du Seigneur, signe de l’amour livré jusqu’au bout, côté sur lequel il a fait reposer sa tête ? Les mains et le côté transpercé sont le signe de l’amour de Dieu pour nous, le signe de la vérité corporelle de la résurrection. En ressuscitant nous garderons les signes, les stigmates de ce qui nous est le plus essentiel. Un mystique dont je ne me souviens plus du nom a dit qu’à travers les interstices des corps transpercés et parfois démembrés des martyrs jaillirait la lumière de la résurrection et les flammes de la charité… Saint Ambroise dans son commentaire de ce verset dit que Jésus « voulait nous montrer qu’il était réellement au milieu d’eux avec son corps ressuscité ; car ce que l’on touche est une substance corporelle. Il voulait nous montrer ce que nous serions un jour, à la Résurrection (…) Il nous les montrait non seulement comme une preuve donnée à notre foi, mais comme un excitant proposé à notre amour. Au lieu de fermer ses plaies, il voulut les porter avec lui dans le ciel, il voulait les montrer à son Père comme le prix de notre liberté. C’est avec ses blessures qu’il voulut être établi à la droite de son Père, et que le Père l’embrassa comme le trophée de notre salut[3]. » Voilà pourquoi l’évangéliste dit que « les disciples furent remplis de joie… » Ils sont remplis de joie, car ils ont vu leur salut, le Christ ressuscité d’entre les morts. Désormais, avec eux, nous croyons que ni la mort ni le péché n’ont le dernier mot, mais la vie et l’amour.

“Recevez l’Esprit Saint”

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Le Seigneur nous envoie témoigner de sa résurrection comme des brebis au milieu des loups … Ce témoignage est un combat contre nous-même, contre nos peurs et avec le monde qui souvent préfère les ténèbres à la lumière et la mort à la vie… Saint Grégoire le Grand de dire : « Il les envoie au milieu des persécutions : il faut qu’ils regardent cette mission comme une preuve de son amour. Le Père l’aimait quand il l’envoyait au milieu de la souffrance ; Jésus aime ses disciples du même amour en les envoyant au milieu des persécutions[4]… »

« Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : ‘Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus.’» La mission qu’il confie à ses Apôtres n’est pas seulement un combat, mais aussi un ministère, un service pour la croissance spirituelle des frères. C’est ainsi que saint Jean Chrysostome dit : « Par sa propre puissance il communique à ses apôtres ce don d’en-haut qui les prépare au ministère qu’ils doivent remplir[5]… » et en particulier le ministère de la miséricorde, du pardon des péchés. En effet, le Saint-Esprit qui avait participé à notre création contribue désormais à notre recréation par le pardon de nos péchés.

Thomas

« Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux, quand Jésus était venu. » Thomas est impulsif, fougueux et fasciné par la mort. Lorsque Jésus décida, malgré le danger, de retourner en Judée, afin de ressusciter son ami Lazare, il dit  au Douze : « Allons, nous aussi, pour mourir avec lui ! » C’est pourquoi, alors que les Apôtres lui racontent leur rencontre avec le Ressuscité, il leur dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas. » Nous pouvons dire aussi que Thomas dont le nom veut dire « jumeau », est un peu le nôtre. Voilà pourquoi saint Léon le Grand dit que c’est pour notre bien que Thomas douta : «  Ce sont nos troubles que le Sauveur guérissait dans la personne de ses apôtres  (…) Ce qu’ils ont vu nous a éclairés ; ce qu’ils ont entendu nous a renseignés ; ce qu’ils ont touché nous a affermis. Ils ont douté pour que le doute ne nous fût plus possible[6]. » Heureuse faute de Thomas, notre frère jumeau, qui nous a valu la béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu… »

Mais revenons encore à cette béatitude qui nous est tout particulièrement destinée : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Saint Augustin dit à chacun de nous qui voudrions comme Thomas mettre nos mains dans le côté de Jésus : « Nous n’aurions pas le bonheur de croire sans voir si nous ne l’avions reçu du Saint-Esprit. C’est donc avec raison que le Maître a dit : ‘Il faut que je m’en aille. Si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai.’ »

En ce dimanche de la Miséricorde, prions la Vierge Marie. Elle est le modèle des disciples, car elle a cru sans avoir vu et à mis la parole en pratique. Elle s’est tenue debout au pied de la croix. Elle est la l’Epouse de l’Esprit Saint, la Mère de l’Eglise, mais surtout celle de la Miséricorde : Jésus Christ notre Sauveur et notre Dieu. Prions-la afin qu’elle nous aide à être les témoins de la paix et de la Miséricorde de Dieu autour de nous.

Bon dimanche de la Miséricorde et bonne semaine à tous.

Pod

[1] Commentaire de l’évangile selon saint Luc X 169.

[2] Tractatus in Johannis evangelium, CXXI 4.

[3] Commentaire de l’évangile selon saint Luc, 10, 17.

[4] Homélie XXVI.

[5] Homélie LXXXVI sur l’évangile selon saint Jean.

[6]Premier sermon pour l’Ascension I.

2 réponses à “Miséricorde”

  1. perez

    De qui est l’étonnante illustration de ce chapitre Misericorde ?

    Fraternellement

    R.Pérez

  2. Joseph Gynt

    De Michel Ciry. Son titre : Incrédulité de thomas.

    +

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