Dans le monde sans en être

Phénoménologie du jeûne et de la pénitence

Jusepe de Ribera, Saint Paul l’Ermite, 1647.

À force d’insister sur le fait que l’important c’est le sens que nous mettons dans le jeûne et la pénitence et non ces pratiques en elles-mêmes, nous risquerions de manquer le fait que ces pratiques très concrètes portent d’elles-mêmes un sens que nous avons à recevoir d’elles.

Les choses parlent – Res et signa

Le sens des choses n’est jamais réductible au sens que nous leur donnons ; il est, pour ainsi dire, le fruit d’un échange1Le sens est “centrifuge et centripète” dirait le philosophe Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception. entre notre faculté à donner de la signification et le sens brut des nos expériences. Ainsi, le symbolisme chrétien ne consiste pas à choisir arbitrairement des réalités matérielles pour plaquer sur elles des significations – par exemple, donner aux cendres une signification pénitentielle ou au pain et au vin un sens sacrificiel et communautaire n’a rien d’arbitraire – mais à chercher et à reconnaître le sens qui se dégage du réel créé par Dieu. Il s’agit de percevoir le jaillissement de sens qui émane de toute la création divine. Les choses nous parlent ! Saint Bonaventure2Franciscain et théologien du XIIIe s., Docteur de l’Église., en pur disciple de saint François d’Assise, enseignait que les choses sont non pas seulement des res (en latin : chose), mais aussi des signa (en latin : signe)3S. Bonaventure nous fait ainsi passer d’une conception du réel statique et close sur elle-même – chaque chose n’est que ce qu’elle est – à une conception dynamique et ouverte à l’infini – chaque chose est, en plus de ce qu’elle est factuellement, ce qu’elle signifie et exprime par son être factuel. :

« Ouvre les yeux, prête l’oreille de ton âme, délie tes lèvres, applique ton cœur : toutes les créatures te feront voir, entendre, louer, aimer, servir, glorifier et adorer ton Dieu. Sans quoi prends garde que l’univers ne se dresse contre toi. » (S. Bonaventure, Itinerarium, I, 15.)

La bonne manière de se rapporter au réel consiste donc à se mettre à son écoute, à découvrir ce que signifient les réalités. Regardant l’eau, François est ému : elle dit l’humilité et la chasteté – “Loué sois-tu, mon Seigneur, avec soeur eau qui est utile et humble, précieuse et chaste.” Contemplant le feu, François est saisi : il dit la robustesse et la force – “Loué sois-tu, mon Seigneur, avec frère feu, il est beau et joyeux, robuste et fort.4Cette manière de percevoir le sens derrière les réalités ne doit pas être compris comme une fuite du réel lui-même ou comme une idéalisation du réel. Bonaventure, en interprète de l’expérience de François, est très clair, c’est par (c’est-à-dire en allant au-delà) les créatures que nous allons à Dieu, mais aussi dans (c’est-à-dire en demeurant en elle, en s’en délectant). Le sens qui se donne par et dans le réel est, selon Bonaventure, à sentir  (à déguster) plus qu’à comprendre.

Au début du XXe siècle, E. Husserl a comme renouvelé l’intuition bonaventurienne5C’est nous qui établissons cette filiation, Husserl bien qu’ayant étudié auprès de Brentano la philosophie de s. Thomas d’Aquin et étant ainsi familier de la philosophie médiévale, ne s’est jamais revendiqué  de saint Bonaventure. en réengageant la philosophie dans la voie d’une écoute des phénomènes6Dans le langage courant nous dirions des expériences. : “C’est l’expérience (…) muette encore qu’il s’agit d’amener à l’expression pure de son propre sens”7Husserl, Méditations cartésiennes.. Fondant ainsi la phénoménologie8littéralement, la science des phénomènes, c’est-à-dire une philosophie se mettant à l’écoute de l’apparition des choses à notre conscience., Husserl a engagé une foule de philosophes (dont Karol Wojtyla) dans l’écoute attentive de l’expérience corporelle9Que l’on pourrait appeler, en forçant une formule heideggerienne, une “herméneutique de la facticité”, c’est-à-dire une interprétation de la manière brute dont l’homme est au monde. L’investissement éblouissant du champ de l’expérience charnelle par la philosophie du XXe siècle – Husserl, Heidegger, Levinas, Merleau-Ponty, Marion, Chrétien, Henry, … – a été appelé par E. Falque “l’embardée dans la chair”..

L’expérience du jeûne et de la pénitence

Pour les expériences corporelles du jeûne et de la pénitence, qui sont au cœur de notre carême, peut-être faudrait-il donc aussi esquisser une phénoménologie. Plutôt que de se contenter d’un “ce qui compte c’est le sens qu’on y met“, peut-être est-il venu, le moment de se demander : Qu’il y a-t-il de si spécifique dans le jeûne et la pénitence pour que toutes les traditions religieuses y invitent ? Qu’est-ce qui se donne dans le jeûne et la pénitence pour que tous les saints s’y soient adonnés ? Quel sens, brut et comme encore muet, se donne dans ces expériences pour que nous nous en fassions ses interprètes et ses phénoménologues ? 

Si le jeûne et la pénitence nous répugnent et que nous sommes facilement tentés de considérer qu’il s’agit de pratiques doloristes archaïsantes, il nous faut pourtant bien reconnaître que l’immense majorité des saints (et des saints récents notamment !) furent des ascètes : jeûne, cilice, planche de bois en guise de lit, vie passée au sommet d’une colonne, silence absolu, abstinence de viande, …  Autant de pratiques qui nous sont parfois incompréhensibles et nous paraissent excessives10Attention, l’objectif de cet article n’est certainement pas de vous encourager à faire des exploits ascétiques. L’ascèse chrétienne demande beaucoup de discernement..

Lisons, par exemple, un extrait d’une vie de saint François d’Assise écrite par trois de ses premiers compagnons :

“Et
 quand
 il
 mangeait
 avec
 des
 frères,
 il
 saupoudrait
 souvent
 sa
 nourriture
 de
 cendre,
 disant
 aux
 frères pour 
cacher 
son 
abstinence 
:
 « 
Notre 
sœur
 la 
cendre 
est chaste 
».”11“Légende des Trois Compagnons”, V, 14, in François d’Assise vu par les compagnons, Sources franciscaines, Cerf/Éditions Franciscaines, Paris, 2009.

Cette pratique de François m’a longtemps interrogé. Pourquoi fait-il cela ?

L’auto-affection quotidienne

Dans une alimentation normale, la nourriture n’est ni trop aigre, ni trop douce ; ni trop chaude, ni trop froide ; ni trop forte, ni trop fade. Elle est adaptée à notre bouche et refait nos forces. Si elle est raffinée, elle chatouille agréablement notre palais, mais ne le dérange jamais. Elle nous laisse comme elle nous a trouvé, mais rassasiés. Notre vie quotidienne se fait ainsi généralement sous le mode de l’égalité à soi, on cherche à la mener de manière à ne pas trop être bousculé. En bon épicurien, on équilibre les passions afin de garder notre âme égale à elle-même. Notre expérience quotidienne est ainsi celle de l’immanence, d’une vie se maintenant en elle-même12Conatus., persévérant dans son être sans changement majeur, sans, surtout, être dérangée par un autre. Toute la rhétorique contemporaine du “développement personnel” repose sur ce type de considérations : maintenir son équilibre intérieur, être en paix avec soi-même, … Notre être-au-monde dans la quotidienneté est celui de la présence à soi. Sentir en soi la vie se maintenir13Pensons par exemple au sublime récit – car cette présence à soi (quotidienneté) a aussi une part de sublime – de Rousseau dans la Cinquième rêverie d’un promeneur solitaire : “Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser”. et s’en délecter paisiblement. Ce sentiment d’immanence (c’est-à-dire littéralement de demeurer en) à soi pourrait être nommé, avec le philosophe Michel Henry14Qui en fait le concept fondamental de toute sa phénoménologie., auto-affection. Selon l’analyse de ce philosophe, cette auto-affection est le pathos (le sentiment) originaire de l’homme, le plus fondamental. C’est là – dans cette sensation de soi, dans cette présence à soi – que l’homme peut ensuite éprouver le réel, c’est le fond de l’homme15Pour être exact, Michel Henry n’identifie pas auto-affection et quotidienneté ainsi que nous le faisons ici. L’auto-affection – qu’il appelle aussi plus simplement la Vie – est selon lui plutôt délaissée dans le quotidien. Comme Pascal, il dirait que l’homme quotidien est distrait et fuit dans de multiples activités pour éviter de se retrouver face à lui-même. Dans Barbarie – ouvrage présenté avec profondeur et justesse ici – Michel Henry caractérise la société qui se construit en occident par son oubli généralisé de la Vie – dans sa simplicité et son immédiateté..

L’hétéro-affection originaire

Et voilà que François vient mettre des cendres là dedans. Il saupoudre son plat de cendres et la nourriture qui sans cela serait passée sans qu’on la remarque – entretenant le ronronnement de son être – se fait maintenant sentir sous son palais. Cette cendre grise, épaissie par sa salive, pâteuse et asséchante, lui restera probablement un moment sur l’estomac. Elle restera oui, justement, elle ne sera pas assimilée. La nourriture de François n’entretiendra pas l’égalité à soi de son être. Tout ne sera pas assimilé, tout ne sera pas réduit au même. La nourriture – qui est l’expérience même d’une altérité (l’aliment) réduite à l’identité (par la digestion), d’une réduction de tout ce qui survient devant nous (dans notre assiette) à nous-même (notre estomac) — devient, par la cendre, l’expérience inverse d’un autre (l’aliment couvert de cendre) qui me reste, d’un inassimilable. À l’expérience de l’immanence se substitue celle de l’extériorité. De l’égalité à soi – égalité de l’ensemble du réel à nous-même, dans une harmonie sans remous – nous passons à l’inégalité à soi – l’inégalité à nous-même d’un réel irréductible, d’un réel qui nous dépasse et nous surprend. La cendre sur l’assiette projette, violemment, le pénitent hors de lui-même. Le jeûne, la planche dure en guise de lit, … Toutes ces pratiques pénitentielles ont en commun qu’elles sortent l’homme de son repli, de son intériorité. L’ascèse projette l’homme hors de lui, en avant de lui, face à l’autre. Le monde me résiste, voilà ce qu’en premier nous fait sentir l’ascèse.

L’homme s’éprouve charnellement comme affecté, touché par un autre (la nourriture ou l’absence de nourriture, la planche dure, …). Il éprouve qu’il n’est pas tout, qu’il n’est pas seul. Voilà pourquoi François disait à ses frères : “Notre 
sœur
 la 
cendre 
est chaste.” La pénitence nous enseigne un rapport au réel qui n’est pas celui – quotidien – de l’assimilation (jouir du monde en le prenant pour soi) mais celui de la chasteté (aimer le monde en éprouvant sa résistance et son mystère irréductible)16La chasteté, contrairement à la définition réductrice qui en est souvent donnée, ne consiste pas d’abord en l’abstinence sexuelle, mais fondamentalement en un mode de relation non possessif, respectueux du mystère de l’autre.. Les pratiques pénitentielles éduquent donc notre être-au-monde, par le jeûne, je suis remis dans cette distance d’avec le monde qui me fait éprouver son mystère.

Mais plus que de simplement redécouvrir l’irréductibilité du monde, ces pratiques, en me mettant à distance du monde (le mouvement de recul de celui qui sentirait de la cendre sous son palais), me font m’y sentir en exil. Redécouvrir le monde en son mystère, c’est ainsi redécouvrir notre propre mystère. Dans cet écart où je perçois le monde comme autre que moi, je me perçois aussi comme autre que lui. J’éprouve l’insatisfaction de l’homme de désir (Cf. Ap 22, 17). Je me découvre comme un être de désir, un pauvre dans le désert17Ainsi que s. Bonaventure l’inscrit en incipit de son Itinerarium : “Incipit speculatio pauperis in deserto“., un assoiffé (Cf. Ps 62). Le fond de ma vie n’est plus l’égalité à soi, l’immanence et l’autosuffisance de ma vie ; dans la pénitence, j’éprouve que le fond de mon expérience, c’est l’altérité. J’éprouve que je ne suis pas seul, que ma chair en étant affectée me dit l’autre qui vient. Un fond plus fondamentale encore que l’auto-affection se révèle alors. La pénitence met au jour que le fond de mon expérience – dès lors que je daigne rompre avec la quotidienneté et que je cherche l’authenticité – c’est le frottement de mon existence avec celle d’un autre. Cet autre est ici la nourriture, la planche de bois, … mais au-delà de ces altérités concrètes, je découvre que le plus fondamental de mon expérience, c’est une relation à l’autre. En réponse à l’auto-affection de Michel-Henry, nous pourrions parler d’une hétéro-affection (Hétéro en grec signifie l’altérité et la différence) fondamentale de l’homme.

Vers toi !

Voilà peut-être ce que manifestent – phénoménalisent – les pratiques ascétiques. Le fond de ma vie n’est pas l’égalité à soi, mais le désir de l’autre. L’homme n’est pas être statique – immanent –, il est un ad te, un vers-toi, selon le mot de s. Augustin. L’homme est originairement une transcendance, un élan, un désir.

Par la pénitence, l’homme s’arrache à la quotidienneté et à l’auto-suffisance, en sa chair il est sorti de lui-même et lancé vers l’autre. Il renoue avec ce mode d’être-au-monde authentique que nous appelons hétéro-affection originaire.

Par delà de ce que nous dit l’expérience-même, le croyant pourra reconnaître dans cette structure fondamentale de l’homme, un appel de Dieu. Il dira alors : cet autre en moi, plus intime à moi-même que moi-même, celui vers lequel mon coeur est sans cesse lancé, c’est Toi, Seigneur. 18Dans le cas de saint François, cette sublime présence de l’Autre – du “très doux Seigneur” – en soi, est expérimentée – au-delà l’expérience de la pénitence – dans la Stigmatisation. Charnellement, François sent en lui la présence d’un Autre, du Christ, ce qui lui vaudra le titre d’alter Christus – autre Christ.

Benoît

Notes :   [ + ]

1. Le sens est “centrifuge et centripète” dirait le philosophe Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception.
2. Franciscain et théologien du XIIIe s., Docteur de l’Église.
3. S. Bonaventure nous fait ainsi passer d’une conception du réel statique et close sur elle-même – chaque chose n’est que ce qu’elle est – à une conception dynamique et ouverte à l’infini – chaque chose est, en plus de ce qu’elle est factuellement, ce qu’elle signifie et exprime par son être factuel.
4. Cette manière de percevoir le sens derrière les réalités ne doit pas être compris comme une fuite du réel lui-même ou comme une idéalisation du réel. Bonaventure, en interprète de l’expérience de François, est très clair, c’est par (c’est-à-dire en allant au-delà) les créatures que nous allons à Dieu, mais aussi dans (c’est-à-dire en demeurant en elle, en s’en délectant). Le sens qui se donne par et dans le réel est, selon Bonaventure, à sentir  (à déguster) plus qu’à comprendre.
5. C’est nous qui établissons cette filiation, Husserl bien qu’ayant étudié auprès de Brentano la philosophie de s. Thomas d’Aquin et étant ainsi familier de la philosophie médiévale, ne s’est jamais revendiqué  de saint Bonaventure.
6. Dans le langage courant nous dirions des expériences.
7. Husserl, Méditations cartésiennes.
8. littéralement, la science des phénomènes, c’est-à-dire une philosophie se mettant à l’écoute de l’apparition des choses à notre conscience.
9. Que l’on pourrait appeler, en forçant une formule heideggerienne, une “herméneutique de la facticité”, c’est-à-dire une interprétation de la manière brute dont l’homme est au monde. L’investissement éblouissant du champ de l’expérience charnelle par la philosophie du XXe siècle – Husserl, Heidegger, Levinas, Merleau-Ponty, Marion, Chrétien, Henry, … – a été appelé par E. Falque “l’embardée dans la chair”.
10. Attention, l’objectif de cet article n’est certainement pas de vous encourager à faire des exploits ascétiques. L’ascèse chrétienne demande beaucoup de discernement.
11. “Légende des Trois Compagnons”, V, 14, in François d’Assise vu par les compagnons, Sources franciscaines, Cerf/Éditions Franciscaines, Paris, 2009.
12. Conatus.
13. Pensons par exemple au sublime récit – car cette présence à soi (quotidienneté) a aussi une part de sublime – de Rousseau dans la Cinquième rêverie d’un promeneur solitaire : “Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser”.
14. Qui en fait le concept fondamental de toute sa phénoménologie.
15. Pour être exact, Michel Henry n’identifie pas auto-affection et quotidienneté ainsi que nous le faisons ici. L’auto-affection – qu’il appelle aussi plus simplement la Vie – est selon lui plutôt délaissée dans le quotidien. Comme Pascal, il dirait que l’homme quotidien est distrait et fuit dans de multiples activités pour éviter de se retrouver face à lui-même. Dans Barbarie – ouvrage présenté avec profondeur et justesse ici – Michel Henry caractérise la société qui se construit en occident par son oubli généralisé de la Vie – dans sa simplicité et son immédiateté.
16. La chasteté, contrairement à la définition réductrice qui en est souvent donnée, ne consiste pas d’abord en l’abstinence sexuelle, mais fondamentalement en un mode de relation non possessif, respectueux du mystère de l’autre.
17. Ainsi que s. Bonaventure l’inscrit en incipit de son Itinerarium : “Incipit speculatio pauperis in deserto“.
18. Dans le cas de saint François, cette sublime présence de l’Autre – du “très doux Seigneur” – en soi, est expérimentée – au-delà l’expérience de la pénitence – dans la Stigmatisation. Charnellement, François sent en lui la présence d’un Autre, du Christ, ce qui lui vaudra le titre d’alter Christus – autre Christ.

2 réponses à “Phénoménologie du jeûne et de la pénitence”

  1. Arthur

    Bonjour Benoît,

    merci pour ce beau billet qui me permet d’approfondir cette belle et bonne expérience qu’est le jeûne.
    J’ai en particulier aimé la vision de la chasteté en un sens plus large que l’on retrouve chez Xavier Thévenot.

    Une remarque qui n’infirme pas ce que tu écris mais qui lance une autre piste.
    Tu affirmes et je te rejoins : Le jeûne nous permet de nous faire sortir de nous-même par l’âpreté de son expérience, par l’irruption d’un autre, irréductiblement autre.
    Je me dis : l’émerveillement devant la bonté de la création que procure la haute gastronomie ne procure-t-elle pas aussi cette sortie de soi-même ?
    Tu n’en parlais pas dans ton billet et je me dis que cela permet au minimum de bien situer l’originalité du jeûne (l’altérité irréductible) et au mieux de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain (un bon vivant serait plus difficilement rejoint par cet article si on ne fait pas un bout de chemin avec lui en soulignant les vertus de la haute gastronomie qu’il affectionne).

  2. Benoît

    Je te rejoins à 100% ! Merci pour ce commentaire

    Évidement, la haute gastronomie, la beauté d’un paysage, la splendeur d’une oeuvre d’art, la beauté fulgurante d’un visage, … Tout cela provoque en nous un phénomène analogue de “recul”, d’ “effroi”, de “stupeur” et nous plonge dans une attitude éthique et mystique où l’Autre surgit. (À lire sur ce sujet : L’Effroi du Beau, de Jean Louis Chrétien.)

    Le vrai obstacle à la vie spirituelle est la tiédeur et le confort d’une vie endormie sur elle même.

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