Dans le monde sans en être

Il fut transfiguré devant eux…

Nous voici arrivés à la deuxième halte de notre montée vers Pâques. Faisons mémoire, si vous le voulez bien, de ce que nous avons découvert la semaine passée. Les lectures de dimanche dernier nous ont permis de comprendre le Carême  comme un entraînement au combat spirituel et une lutte contre l’esprit du mal avec le Christ afin d’avoir part avec Lui à la victoire sur la mort.

L’Eglise après nous avoir conduits au désert nous mène aujourd’hui à l’écart, sur une haute montagne. Nous y retrouvons « Pierre, Jacques et Jean », les trois témoins privilégiés du Seigneur. Pierre à cause de son amour du Seigneur et de l’autorité que le Christ lui confia sur l’Eglise. Jean le disciple bien aimé à cause de l’amour dont le Christ l’aimait. Enfin, Jacques à cause de la primauté que lui confère son martyre.

Nous pouvons noter au passage que Jésus «… les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne … » On peut déduire que la Transfiguration a eu lieu alors que les disciples unis au Christ priaient avec Lui. Saint Marc comme saint Matthieu prend soin de ne pas nous donner le nom de la montagne où le Seigneur « fut transfiguré devant eux… », afin que chacun de nous puisse vivre cette expérience spirituelle.

A quoi pouvait bien ressembler le Christ transfiguré ? Si j’en crois l’évangéliste : « Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. » Bon nombre de théologiens et d’auteurs spirituels ont écrit à ce sujet, pourtant une fois de plus je privilégierais le commentaire qu’en donne saint Thomas d’Aquin dans la Somme Théologique.

C’est ainsi que, au sujet de l’Evangile de la Transfiguration du Seigneur, le Théologien cite une glose attribuée à saint Bède le vénérable : « Il montra dans son corps mortel non l’immortalité, mais une clarté semblable à l’immortalité future. » La Transfiguration est un avant goût de notre gloire à venir.

Un avant goût de la béatitude éternelle

Pourquoi le Christ a-t-il voulu vivre cette « épiphanie » à ce moment là de sa vie publique ? Deux réponses peuvent être avancées. Dans un premier temps, le Docteur angélique répond en disant que la Transfiguration est la réalisation d’une prophétie faite par le Seigneur et rapportée dans l’Evangile de saint Luc : « Ils ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu[1]. » Avec saint Léon-le-Grand nous pouvons dire qu’« Il voulait prémunir ses disciples contre le scandale de la Croix ; et en leur faisant apparaître un rayon de sa gloire cachée, les empêcher d’être troublés par les humiliations de cette Passion[2]… » La raison ici invoquée est une sorte d’encouragement avant la terrible épreuve de la Passion. Autrement dit, avec la Transfiguration la Sainte Trinité donne aux Apôtres un avant goût de la béatitude éternelle afin qu’ils puissent faire face à l’ébranlement dans la foi que provoquera la crucifixion de Jésus.

« Elie leur apparut avec Moïse, et ils s’entretenaient avec Jésus. » Moïse et Élie entrent en scène pour de multiples raisons parmi lesquelles je reprends à mon compte deux arguments cités par saint Thomas. D’une part parce que les foules disaient de Jésus qu’il était Élie ou l’un des prophètes, c’est pourquoi il prend avec lui les deux plus grands prophètes pour montrer qu’il n’est ni l’un ni l’autre. Et d’autre part… il nous révèle qu’ll avait été annoncé par la Loi que donna Moïse, et par les prophètes, dont le principal fut Élie.

« Pierre prit la parole et dit à Jésus : Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ! dressons ici trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Cette idée peut paraître bien saugrenue et semble être plus le fruit de l’effroi que de la sagesse. Saint Jean Damascène dit que Pierre « se trompait, car avant de jouir de cette gloire, il faut travailler (…) le ciel n’aurait pas été ouvert au larron ; la tyrannie de la mort n’aurait pas été détruite ; l’enfer n’aurait pas rendu sa proie ; les patriarches n’auraient pas été délivrés des enfers ; la nature humaine n’aurait pas été revêtue de l’immortalité. Le Seigneur a pour des desseins plus grands que ceux que tu formes toi-même : il t’a proposé, non à la construction de trois tentes, mais à la construction de l’Eglise universelle[3]… »

“Ecoutez-le !”

« Survint une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix se fit entendre: Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » A ce moment de l’Evangile une question se pose à nous : pourquoi Dieu le Père rend-il témoignage à son Fils par deux fois, au baptême et à la Transfiguration ? A cela saint Thomas répond : « Ce n’est pas pour le même but mais pour montrer les différents modes selon lesquels les hommes peuvent recevoir en participation une ressemblance de la filiation éternelle. » En effet, par le baptême Dieu le Père nous a donné l’innocence, à la résurrection il nous donnera « la lumière de gloire et le rafraîchissement contre tout mal, dont la nuée lumineuse est la figure. » Dit autrement, le Seigneur s’est fait l’un de nous d’une part pour nous donner la grâce, et d’autre part pour nous promettre la gloire. C’est pourquoi au baptême de Jésus le message du Père  insiste  plus sur la filiation et l’amour envers son Fils et à la Transfiguration son message se clôt sur « écoutez-le ». En cela Dieu le Père veut que nous écoutions la promesse de gloire que son Fils est venu nous annoncer.

« Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna cet de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » Pourquoi Jésus interdit- il à ses disciples de parler de ce signe grandiose ? Souvenons-nous d’abord que nous approchons à grands pas de la Passion. Aussi rien ne doit se mettre en travers de sa montée vers Jérusalem et vers le Golgotha. C’est donc par crainte de leur réaction que le Christ demande cela à ses disciples. En effet, comme le dit saint Jérôme il ne faut pas qu’« à cause de son caractère prodigieux (…) et qu’après une si grande gloire, la croix ne soit scandale, ou même qu’elle soit empêchée par le peuple. 

Le Christ veut accomplir sa mission de salut jusqu’au bout par amour de nous. En ce deuxième dimanche de Carême nous sommes invités à Lui rendre grâce pour tant de merveilles et d’amour. En outre , nous pouvons prendre à notre compte ces mots de saint Augustin  au sujet de saint Pierre : « Et maintenant, ô Pierre, toi qui désirais demeurer sur la montagne de la Transfiguration, il faut descendre ; toi qui voulais demeurer dans ce doux repos, il faut prêcher, exhorter, reprendre à temps et à contretemps ; il faut travailler, suer, souffrir ; il faut que par ton travail accompli dans la charité, tu établisses en ton âme cette blancheur et cette beauté qui apparaissent dans les vêtements de ton maître[4]... »

Bon dimanche de Carême à tous.

Pod

N.B. Comment ne pas faire un parallèle entre le refus des autorités françaises de nommer les 21 personnes martyrisées et celles qui ont été enlevés par le Daesh et l’adoption par le Parlement, d’un amendement pour l’Outre-Mer concernant le remplacement de certains jours fériés d’inspiration catholique … Ne s’agit-il pas d’une négation de qui ils sont et de qui nous sommes ? Pour ma part, en ce dimanche où nous contemplons la Transfiguration du Seigneur, je reprends volontiers le chant de nos pères je dis : Je suis chrétien ! Voilà ma gloire, mon espérance et mon soutien, mon chant d’amour et de victoire : Je suis chrétien ! Je suis chrétien… Ne nous cachons plus, soyons de vrais chrétiens pour la gloire de Dieu et le salut du monde…

[1] Lc, 9,27.

[2] Sermon LI, 3.

[3] Homélie sur la Transfiguration, 16.

[4] Sermon LXXVIII 6.

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