Dans le monde sans en être

Voici qu’il vient…

« Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete 1« Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ; encore une fois, soyez toujours joyeux… » … »  Les premiers mots de l’Introït donnent sa tonalité joyeuse à la Messe de ce jour. Pour manifester la joie, l’Eglise préconise que les ministres sacrés soient revêtus des ornements roses, le troisième dimanche de l’Avent et le quatrième de Carême.

Le rose est la couleur de l’aurore, il annonce les temps nouveaux. Aussi, le dimanche de Gaudete marque une pause dans notre marche vers Bethléem. En ce jour, l’Eglise notre Mère veut que nous puissions entrevoir la joie de Noël qui approche. Elle souhaite aussi nous donner du courage pour la dernière étape qui nous reste à parcourir et nous invite à rendre grâce pour le chemin déjà accompli.

Notons que cette couleur s’obtient par le mélange du rouge et du blanc. Le rouge signifie l’amour de Dieu pour nous jusqu’au sang versé sur le bois de la Croix. Le blanc signifie la sagesse divine que Dieu nous donne en son Fils, le Verbe fait chair. A Noël, Dieu manifeste son amour et sa sagesse en Jésus…

L’Evangile de ce jour nous conduit de nouveau sur les rives du Jourdain où nous retrouvons Jean-le-Baptiste. Nous sommes à l’aurore des temps nouveaux. Pour manifester la singularité du personnage et de sa mission, saint Jean utilise une formule étonnante : « Parut un homme envoyé par Dieu… » Puis nous donne son nom : « Jean » dont la racine hébraïque veut dire : Dieu fait grâce.

« Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage… » L’Evangéliste prend soin de nous dire que malgré sa renommée et les foules qu’il attire au désert, Jean-Baptiste n’est pas le Messie. Commentant ces versets, Jean Scot Erigène dit que l’évangéliste « ne dit pas simplement : ‘il y eut un envoyé de Dieu ‘, mais ‘il y eut un homme.’ Il parle ainsi afin de distinguer le Précurseur, qui participe seulement de l’humanité, et l’homme qui, unissant étroitement en lui divinité et humanité, est venu ensuite : afin de séparer la voix qui passe du Verbe qui demeure toujours de façon immuable, afin de suggérer que l’un est l’étoile du matin qui apparaît à l’aube du Royaume des cieux, et de déclarer que l’autre est le soleil de justice qui lui succède (…) Celui dont il prépare la venue était Dieu par nature; il devait se faire homme par humilité, et parce qu’il voulait opérer notre salut et notre rachat 2Homélie sur le Prologue de Jean, XV.… »  

« Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : ‘Qui es-tu ?’… »  Lorsque saint Jean l’Evangéliste parle des Juifs, c’est souvent aux représentants officiels du judaïsme qu’il fait référence. C’est ainsi que la délégation qui vient interroger saint Jean-Baptiste est principalement constituée de prêtres, de sadducéens et de lévites, sorte de clergé inférieur investi de la police du Temple, qui devront se prononcer sur ses actes et ses paroles, et de quelques pharisiens.

Rempli d’humilité, Jean, l’anaw de Dieu déclara : « Je ne suis pas le Messie. » Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu le prophète Elie? » Pourquoi lui demandent-ils s’il est Elie ? Tout simplement, parce que, selon une tradition populaire fondée sur le prophète Malachie 3Ml 3, 23-24. et le livre de l’Ecclésiastique 4Si 68, 10-11. , le retour d’Elie devait précéder la venue du Messie. Aussi, les Juifs s’attendaient à son retour au sens littéral. Jésus dira que la mission d’Elie a été accomplie ou parachevée par Jean-Baptiste.

 « Or, certains des envoyés étaient des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Si tu n’es ni le Messie, ni Elie, ni le grand Prophète, pourquoi baptises-tu ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. »  Comme nous l’avons vu la semaine dernière, le baptême de Jean préparait à  accueillir une grâce plus grande encore. Saint Thomas d’Aquin dit que Jean préparait à la grâce : « de trois façons : par l’enseignement qui l’accompagnait et qui préparait les hommes à la foi du Christ ; par l’idée qu’il donnait du baptême du Christ ; par la pénitence qui préparait les hommes à recevoir l’effet du baptême du Christ. 5Somme Théologique, III° partie, question 38. » Au passage nous pouvons noter que toutes les composantes du judaïsme, y compris les plus antagonistes, étaient dans l’attente d’un événement ou peut-être d’un avènement. Sadducéens et Pharisiens ne sont pas insensibles au Baptiste, à son enseignement et aux foules qui se pressent au désert pour y recevoir le baptême de conversion ou de purification…

Qui cherchent-ils ou que cherchent-ils ? Là est la question… Devant leurs questions insistantes Jean montre que l’essentiel est invisible aux yeux de ceux qui cherchent sans réellement chercher : « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Comme nous le disions, il y a quinze jours de cela, en citant saint Hilaire de Poitiers : « Le rôle des prophètes était d’éloigner du péché ; le rôle propre du Christ était de sauver ceux qui croiraient en lui 6Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2.… »

Beaucoup de nos contemporains cherchent le bonheur et courent dans toutes les directions pour le trouver dans les techniques de relaxation, les méthodes de développement personnel, les spiritualités soft ou pas… mais aussi dans quelques cas plus radicaux et plus désespérés encore : dans le djihad… Mais point de Baptiste dans ces déserts pour aplanir les chemins et étancher les cœurs de ceux qui cherchent Dieu.

En ce dimanche de Gaudete qui est aussi un dimanche « d’ouverture extraordinaire » des grands magasins pour faciliter les courses de Noël, nous pouvons prier pour ceux qui ne savent plus pourquoi  ils doivent  d’acheter des cadeaux et des victuailles en ces jours qui ne sont plus, pour beaucoup, que les fêtes de fin d’année. Sans être rabat-joie, quels signes prophétiques voulons-nous manifester à nos contemporains afin qu’ils puissent chercher et trouver la joie et la paix de Celui qui vient ?

Faisons nôtres les paroles de l’oraison de ce jour : « Tu le vois Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère : pour que nous fêtions notre salut avec un cœur nouveau… »

Bon dimanche de Gaudete, bonne semaine à tous,

Pod

Notes :   [ + ]

1. « Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ; encore une fois, soyez toujours joyeux… »
2. Homélie sur le Prologue de Jean, XV.
3. Ml 3, 23-24.
4. Si 68, 10-11.
5. Somme Théologique, III° partie, question 38.
6. Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2.

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS