Dans le monde sans en être

Le Sauveur

Nous voici au terme de ces quatre semaines de préparation joyeuse à l’avènement de Dieu. Trois mots ou idées tirés des Evangiles peuvent résumer le temps de l’Avent : veillez, consolez, car il vient… Voilà pourquoi nous entendons aujourd’hui l’Evangile de l’Annonciation du Seigneur.

 

Le nom de la jeune fille était Marie

En cette quasi veille de Noël, l’Evangile de l’Annonciation nous fait espérer, à l’école de la Vierge Marie, l’aurore des temps nouveaux : Jésus, notre Sauveur. Nous voici en Galilée, à Nazareth où « l’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu (…) à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. »

D’aucuns peuvent s’étonner que l’évangéliste insiste sur le fait que la jeune fille soit vierge. A ceux qui s’étonnent, se réjouissent ou sont indifférents, saint Jérôme dit qu’ « il y a de l’affinité entre les anges et les vierges. Vivre dans la chair en-dehors de la chair, n’est plus une vie selon la terre, mais une vie selon le ciel[1]… » Au passage, nous avons là, en cette année de la vie consacrée, la plus belle illustration du célibat pour le Royaume… Et saint Ambroise d’ajouter : « Si vous voulez savoir ce que c’est qu’une vierge, vous l’apprendrez par celle-ci : vous l’apprendrez par son maintien, par sa modestie, par les paroles qui lui sont dites, par le mystère qui s’accomplit en elle. Elle était seule dans la partie la plus retirée de la maison et un ange seul pouvait pénétrer jusqu’à elle[2]… »

Il nous faut aussi aborder un sujet délicat, celui du statut de la relation entre Joseph et Marie. Les Israélites distinguaient deux temps dans le mariage : les fiançailles et le mariage à proprement parler. Les fiançailles étaient un accord ou un contrat entre deux familles. Ce contrat devenait effectif lors du paiement du mohar, un don fait par le fiancé à la famille de sa fiancée. Bien que la fiancée n’était pas encore effectivement considérée comme une épouse, son statut était toutefois modifié. C’est ainsi que l’infidélité était sévèrement punie, car elle portait atteinte aux droits acquis. Les fiançailles prenaient fin, soit par la rupture du contrat (le mohar était restitué), soit par mariage où la jeune fille était remise à son époux qui la prenait chez lui.

Mais revenons à notre Evangile, Marie était fiancée à Joseph, or celui-ci ne l’avait pas encore prise chez lui, lorsqu’il découvrit qu’elle était enceinte. Joseph aurait pu rompre le contrat et la répudier mais il ne le fit pas. Saint Ephrem nous donne une explication à propos de son l’attitude: « Or Joseph avait compris que cette conception était unique, qu’elle était un événement étranger aux lois ordinaires de la vie et aux conceptions qui sont le fruit du mariage. » Aussi, « tous ces signes l’amenèrent à reconnaître que la chose venait de Dieu (…) Il lui était impossible de ne pas croire Marie, car il y avait tant d’arguments en sa faveur : le mutisme de Zacharie, la conception d’Élisabeth, l’annonce de l’ange, l’allégresse de Jean et la prophétie de ses pères ; toutes ces choses, et bien d’autres, annonçaient à haute voix la conception d’une vierge. C’est pourquoi, dans sa justice, il pensa la renvoyer en secret. »

Mais, après le songe où l’ange lui dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie[3]», il n’hésita pas, en homme juste et religieux à prendre Marie, sa fiancée chez lui. En effet, la vérité de l’Incarnation exigeait que Jésus ait un père et une mère pour grandir en humanité et en sainteté sur cette terre.

 

Le Seigneur est avec toi

 

Arrêtons-nous quelques instant pour écouter la salutation angélique : « Le Seigneur est avec toi… » Saint Bernard note que  « l’Ange ne dit pas le ‘Seigneur est en vous’, mais  ‘le Seigneur est avec vous.’ Dieu qui est partout, est présent d’une façon particulière dans les créatures raisonnables, et plus intime encore dans les bons. Il l’est dans les créatures sans raison mais elles ne l’embrassent pas. Les créatures raisonnables l’embrassent par l’intelligence, et les bons l’embrassent avec le cœur. Combien cette union fut grande en Marie : c’était non seulement la volonté, mais la chair de Marie que Dieu s’unissait, de façon à produire de la substance de Dieu et de celle de Marie un seul être, le Christ[4]… »

« Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son Père ; il régnera toujours sur la maison de Jacob et son règne n’aura jamais de fin… » Le commentaire de saint Bède m’a beaucoup aidé à comprendre ces versets lorsqu’il dit : « Le trône de David désigne ici le pouvoir sur le peuple d’Israël (…) Le Seigneur a donné à notre Rédempteur le trône de David son père, quand il décida de le faire s’incarner dans la race de David. Ce peuple, que David dirigea par son pouvoir temporel, le Christ va l’entraîner par une grâce spirituelle vers le royaume éternel[5]… » Enfin : « La maison de Jacob désigne l’Église universelle qui, par la foi et le témoignage rendus au Christ, se rattache à la destinée des Patriarches (…) Oui, il règne sur elle sur la terre, lorsqu’il gouverne le cœur des élus où il habite, par leur foi et leur amour envers lui ; et il les gouverne par sa continuelle protection, pour leur faire parvenir les dons de la rétribution céleste ; il règne dans l’avenir, lorsque, une fois achevé l’état de l’exil temporel, il les introduit dans le séjour de la patrie céleste[6] »

« Comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge ? » Ce verset est pour moi, l’un des plus important de ce texte car il nous montre la dignité et la grandeur de l’homme que Dieu désire rendre librement participant à son oeuvre de salut. Marie dialogue avec l’ange. Elle montre qu’elle n’est pas soumise aveuglément, mais qu’elle accueille l’annonce et l’accepte de manière libre et consciente. A la différence de Zacharie, elle ne doute pas de la faisabilité du plan de Dieu, mais elle veut comprendre comment pleinement adhérer et collaborer à l’oeuvre à laquelle il lui est demandé de participer… Autrement dit, les actes posés par Marie sont de véritables actes humains, c’est à dire des actes qui sont le fruit d’un discernement libre et conforme à la raison droite. Elle est imitable, nous pouvons son suivre son exemple pour vivre notre vocation de baptisés. Son attitude est tellement juste, qu’elle reçoit une réponse et un signe : « L’Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du très haut te prendra sois son ombre (…) voici qu’Elisabeth ta cousine, à conçu, elle aussi un fils, dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien est impossible à Dieu. »

 

Qu’il me soit fait selon ta parole

 

Ce dialogue extraordinaire culmine au moment où la vierge dit : « Voici la servante du Seigneur qu’il me soit fait selon ta parole… » Ici apparaît la foi de la Vierge Marie. Car en acceptant le plan de Dieu elle dit plus qu’un simple oui, elle reconnaît que son intelligence ne peut pas embrasser la totalité du Mystère et de la mission qui lui est confiée. Malgré cela, elle s’en remet à Dieu avec une confiance totale. Ici aussi, à l’école de la Vierge Marie, nous pouvons apprendre la confiance en Dieu qui nous aime et qui nous sauve…

A Nazareth, dans la basilique de l’Annonciation, derrière l’autel, à l’endroit où habitait la Vierge Marie, nous pouvons lire : Hic Verbum caro factum est [7] : c’est là que Dieu a pris forme humaine dans le sein de la Vierge Marie. Comment ne pas penser en ce jour à toutes les femmes qui sont enceintes, à celles dont la grossesse est souhaitée comme à celles dont elle ne l’est pas ? Comment ne pas penser à l’avortement et à tous ceux qui y ont eu recours? Que le Verbe fait chair nous aide à rendre possible l’accueil de la vie par nos prières, notre soutien et l’aide que nous apportons à ceux qui ne savent pas comment faire face… Qu’Il guérisse les cœurs, les âmes et les corps blessés, qu’Il donne la confiance qui permet d’accueillir et de recevoir la vie comme un don sacré : car rien n’est impossible à Dieu…

Enfin, l’évangéliste clôt ce passage par : « alors l’ange la quitta. » Dieu ne nous abandonne pas, mais Il veut que nous apprenions à vivre non pas dans la vision mais dans la Foi. Marie vit dans la foi, l’espérance et la charité au quotidien… en cela encore elle est notre modèle. C’est pourquoi, loin de vivre « son petit bonheur » repliée sur elle-même, elle prend la route des monts de Judée pour rendre service à Elisabeth sa cousine… Car croire c’est aimer.

 

Bon quatrième dimanche de l’Avent, bonne semaine à tous.

 

Pod.

 

 

 

[1] Sermon sur l’Assomption.

[2] Commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 8.

[3] Mt 1,20.

[4] Homélie III Missus est, 4.

[5] Homélies pour l’Avent, I 3.

[6] idem.

[7] Ici le Verbe s’est fait chair.

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS