Dans le monde sans en être

L’abrogation en question

Si aujourd’hui certains, dont je suis, questionnent l’opportunité d’une abrogation de la Loi Taubira en 2017, cela ne signifie pas que nous renions les convictions qui nous ont animés durant l’immense mouvement LMPT et il me semble important de le rappeler.

Nous redisons sans hésitation que le mariage, au sens authentique de ce mot, est l’union publique d’une homme et d’une femme reposant sur les quatre piliers de la liberté, la fidélité, la durée et la fécondité. Le mariage ouvre à la filiation et permet la fondation d’une famille. Il est ainsi à la base de notre vie en société. C’est pour cela qu’il reçoit un statut juridique – c’est-à-dire est soutenu par l’État. L’État s’engage en faveur des familles d’abord parce qu’elles sont à la base de la société et non pour faciliter la vie commune des couples qui s’aiment. C’est pour cela même que beaucoup d’entre nous – dont je suis – étaient aussi opposés au Pacs ou à l’Union civile.

Que faire ?

Cependant, cette loi a été votée et l’a été légalement1même si le débat précédant le vote fut tristement bâclé.. Aussi faut-il prendre conscience qu’aujourd’hui, dans notre code civil, le mot « mariage » n’a plus le sens que je lui donnais il y a un instant2Pour les canonistes, la question est — me semble-t-il – de savoir si le maraige civil français actuel peut toujours valoir comme mariage naturel. Question que posait d’ailleurs déjà la possibilité du ‘divorce’.. Cette redéfinition n’est pas anodine, elle participe au brouillage des repères familiaux et donc à la fragilisation de notre société.

De la gravité de cette Loi Taubira et de ses conséquences faut-il pour autant conclure que l’enjeu de 2017 sera l’élection d’un candidat promettant, contre vents et marées, son abrogation ou sa ré-écriture ?3Dans l’hypothèse qu’un tel candidat existe ou puisse émerger d’ici 2017. Outre le fait qu’on ne peut voter pour un candidat en fonction d’un seul des points de son programme, il me semble que pour envisager une abrogation de la Loi Taubira certaines conditions doivent être rassemblées et que c’est dans la mise en place de ces conditions qu’est la véritable urgence politique.

En effet, trouver un candidat volontaire pour abroger la loi ne suffira pas. Le passage de la Loi Taubira s’est fait au mépris de tout véritable débat, provoquant ainsi une grave division de la société française et blessant les militants de l’un et l’autre camp. Le sentiment de déni de démocratie du coté des militants LMPT et les blessures douloureuses des familles homo-parentales du coté des partisans de la loi ont été favorisés par une méthode gouvernementale refusant le débat et poussant à la confrontation4Cela n’excuse évidement absolument pas les propos homophobes qu’ont pu tenir certains militants anti-mariage-pour-tous.. En refusant qu’ait lieu un véritable débat national – sous la forme d’États généraux de la Famille, de référendum ou tout simplement d’auditions respectueuses – sur un sujet aussi délicat (car engageant des questions liés à la vie intime de citoyens) le gouvernement a mis à terre la paix sociale.

Il me semble impensable que nous, manifestants de 2013 et 2014, pensions une seule seconde revenir sur la Loi Taubira en employant ces mêmes méthodes. Aucune abrogation ou aucune ré-écriture de la loi ne sera légitime sans un profond débat national, sans le dégagement d’une véritable majorité.

L’urgence me semble donc être de retrouver l’unité nationale nécessaire à un débat constructif. Il ne suffit pas d’avoir des convictions, il faut encore être capable de discuter et de convaincre. Nous n’irons nulle part sans une véritable capacité de débat démocratique, c’est cela qui est à construire aujourd’hui.

Une véritable vision à long terme ne me semble pas consister dans le fait de prévoir un/des candidat(s) pro-abrogation pour 2017, mais à favoriser l’émergence d’une société et d’un monde politique capable de discussions, de débats, de réflexion.

D’ici là, me direz-vous (en tout cas je me le dis à moi-même), cela veut-il dire accepter de laisser à notre société un mariage boiteux et déboussolé ? Se contenter de notre mariage religieux et laisser le mariage civil dans la galère ? Ma réponse est que d’ici-là, il faut vivre et agir de manière à permettre un sauvetage à long terme du mariage civil (et de la société avec).

Abandonnons l’idée que notre société est chrétienne, acceptons (douloureusement) que nous vivons en chrétien en dans terre largement païenne5Ce terme n’a rien de méprisant, en son sens biblique il désigne simplement l’homme ignorant le Dieu biblique.. Ce n’est pas la première fois que nous chrétiens avons à vivre une telle situation, pas la première fois que les chrétiens sont faces à des lois ruineuses pour la société. Ce constat de minorité ne doit pas nous pousser au repli communautaire, mais au contraire à un puissant zèle missionnaire.  Nous vivons dans une société qui sur de nombreux points va droit dans le mur, allons droit vers le ciel ; dans une société qui n’a plus d’âme, soyons son âme. Vivons et agissons de manière à faire advenir la civilisation de l’amour.

Benoît

Notes :   [ + ]

1. même si le débat précédant le vote fut tristement bâclé.
2. Pour les canonistes, la question est — me semble-t-il – de savoir si le maraige civil français actuel peut toujours valoir comme mariage naturel. Question que posait d’ailleurs déjà la possibilité du ‘divorce’.
3. Dans l’hypothèse qu’un tel candidat existe ou puisse émerger d’ici 2017.
4. Cela n’excuse évidement absolument pas les propos homophobes qu’ont pu tenir certains militants anti-mariage-pour-tous.
5. Ce terme n’a rien de méprisant, en son sens biblique il désigne simplement l’homme ignorant le Dieu biblique.

5 réponses à “L’abrogation en question”

  1. pepscafe

    Bonjour Benoît,
    merci pour cette réflexion qui nous invite à regarder plus loin.
    On se souvient de cette exhortation, dans Jérémie 29v6-9, qui me paraît très actuelle : “Prenez des femmes, et engendrez des fils et des filles; prenez des femmes pour vos fils, et donnez des maris à vos filles, afin qu’elles enfantent des fils et des filles; multipliez là où vous êtes, et ne diminuez pas. Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l’Eternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien”. Avec une mise en garde contre les “prophètes” et “les songeurs” qui sont au milieu de nous !

    En Christ,
    Pep’s

  2. Jean Valjean

    Cher Benoit
    Je me permettrais de vous rappeler que nos pères d’Église vivait dans une terre complètement païenne
    Ils n’ont pas baissé les bras comme vous le préconisez et ont accepté volontiers le martyre
    Votre mentalité et défaitiste et tiède comme celle de la plupart des catholiques français
    Nous faisons partie d’un environnement géographique laissé à l’abandon par un épiscopat ayant que la justice sociale à la bouche
    Courage
    Jean Valjean

  3. Benoît

    Cher Jean Valjean,
    merci pour votre commentaire.
    Peut-être que je me trompe, mais je vois assez mal en quoi notre société aujourd’hui n’est pas une “terre complètement païenne”.

    Pour ce qui est de l’évangélisation, vous pouvez comptez sur moi, c’est bien là ma priorité : mener mes contemporains à accueillir le salut offert par le Christ Jésus qui s’est livré pour eux.
    La justice sociale est intrinsèquement liée à l’évangélisation (Lc 4), mais évidement l’annonce du Salut en Jésus n’est en aucun cas réductible à la promotion de la justice sociale ! Il y a urgence à le redécouvrir.

  4. marc

    Pas besoin d’avoir la foi pour comprendre le problème de l’adoption homosexuelle. D’ailleurs, ce n’est pas étonnant si 50% des Français y sont opposés. Je pense que les conditions de l’abrogation sont réunies. Alors, allons-y!!

  5. pepscafe

    Bonsoir !
    Et Merci, Benoît, pour ce rappel des priorités : “mener (nos) contemporains à accueillir le salut offert par le Christ Jésus qui s’est livré pour eux”. Et effectivement, “la justice sociale est intrinsèquement liée à l’évangélisation (Lc 4), mais évidement l’annonce du Salut en Jésus n’est en aucun cas réductible à la promotion de la justice sociale ! Il y a urgence à le redécouvrir”. Tout à fait !

    Don Carson, dans « Comment définir l’évangile : une étude du texte de 1 Corinthiens 15v1-19″(pp 21-29), paru dans le numéro 186(oct-déc. 2013)de « Promesses »(Revue de réflexion biblique), consacré à « l’évangélisation personnelle », souligne que « La tendance la plus courante de nos jours est peut-être d’accepter l’Evangile, tout en déployant beaucoup d’énergie et de passion créatives pour développer d’autres thèmes : le mariage, le bonheur, la prospérité, l’évangélisation, les pauvres, la lutte contre l’islam, la lutte contre la sécularisation galopante, la bioéthique, les dangers à gauche, les dangers à droite…..c’est ignorer que nos auditeurs sont inévitablement attirés par ce qui nous passionne le plus(…)Si nous acceptons l’Evangile sans conviction, alors que des sujets périphériques enflamment notre passion, nous formerons une génération qui minimisera l’Evangile et manifestera du zèle pour ce qui est périphérique.” (http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/10/16/definir-levangile-pour-aller-de-lautre-cote-du-periph/ ) CQFD !

    En Christ, dont nous attendons le retour,
    Pep’s

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