Dans le monde sans en être

Mariage homme–femme : persévérons, en innovant avec discernement

LivretFamille

Koztoujours et Guillaume de Prémare viennent de publier deux remarquables tribunes, qui contribuent à nourrir le riche débat en cours relatif à l’abrogation de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe.

Koz propose une « solution d’apaisement » : séparer le mariage de la filiation.

Guillaume de Prémare lui répond que, certes, « ce débat remet la question du mariage au centre de notre réflexion, alors même qu’elle avait tendance à disparaître au profit de la question des droits de l’enfant », mais qu’il se trompe car son anthropologie n’est pas « juste », ou du moins qu’il la met de côté pour des raisons inexistantes en fait.

Koz lui réplique d’ailleurs en soulignant que leur anthropologie est bien identique, mais que demeure « le sentiment que l’abrogation totale de la loi Taubira n’interviendra pas » en l’absence de majorité adéquate et donc qu’il convient de rechercher des accommodements raisonnables.

Je voudrais ici indiquer que ces deux approches ne sont pas si opposées que cela. Je voudrais montrer pourquoi la proposition de Koz est, selon moi, une grave erreur, d’abord juridique. Je voudrais enfin proposer une solution qui réconcilie souci d’apaisement, respect d’une juste anthropologie et cohérence juridique et conceptuelle.

L’idéologie du genre est l’un des principaux dangers de l’époque que nous vivons. Il est impératif de lui faire obstacle, de même qu’à l’individualisme ambiant qui liquéfie notre société. A cet effet, il faut dénoncer les impasses du « mariage d’amour », selon lequel le mariage n’est qu’une union de deux personnes qui s’aiment. Mais pourquoi limiter l’amour à deux ? Non, le mariage est bien plus. Et si le mariage civil français ne sépare en effet pas l’union de la filiation (historiquement, en raison du fait qu’il est la simple sécularisation du mariage canonique), c’est parce qu’il repose sur une conception des relations humaines universelle et réaliste. Le régime juridique du mariage civil le démontre de la manière la plus manifeste : il est intrinsèquement orienté vers la procréation.

Cependant il existe des moyens, notamment juridiques, d’organiser les communautés de vie des Français qui, sans rien concéder à l’idéologie du genre, semblent susceptibles de réunir, à mon avis, une majorité politique.

Il est loisible en effet de distinguer la famille du foyer.

C’est ma proposition. La loi devrait consacrer l’existence de la « famille », unique modèle, fondée exclusivement sur l’institution du mariage hétérosexué, entraînant la parenté par présomption et une pleine autorité parentale de principe (sous réserve des circonstances de la vie : c’est l’inverse du foyer), en raison du besoin social naturel de la procréation, que seuls les père et mère peuvent satisfaire et remplir.

La parenté excède en effet largement la simple éducation. La parenté comprend au moins deux aspects : la référence à l’histoire humaine et l’éducation. Or seuls les père et mère sont aptes à renvoyer à des origines. Le mariage continuerait à être ainsi une institution genrée, en raison du fait que la procréation intéresse la société.

A côté de la famille, la loi pourrait reconnaître des « foyers » stables, créés et organisés librement sur la base d’un contrat, le PACS, modifié pour supprimer ses conditions genrées de formation et accroître ses avantages patrimoniaux. Ce foyer comprendrait éventuellement, selon les circonstances de la vie, l’éducation d’enfants, mais par une relation toute extrinsèque et non grâce à son fondement contractuel, le PACS. Le foyer serait alors non genré car le sexe, au sens comportemental, y importe peu.

Le PACS serait un contrat purement privé, car l’orientation sexuelle n’intéresse pas la société. Il peut être adéquatement le fondement juridique d’un foyer, car l’éventuelle vie de couple de ses membres demeure du domaine du pur fait, de l’événement, sans être institutionnalisé.

De cette manière, le PACS n’a que des avantages. Il contribue à renforcer la stabilité du lien social. Ce serait l’objet propre du foyer, distinct de celui de la famille : promouvoir les liens sociaux proches stables, la solidarité au quotidien.

Le mariage et le foyer ont en commun d’organiser une communauté de vie stable, mais le mariage y ajoute une dimension radicalement différente : elle inscrit cette communauté dans la filiation ininterrompue des générations de l’espèce humaine. Ses partenaires y ajouteront librement, mais privativement, les significations qu’ils voudront.

De cette manière, l’altérité sexuelle n’est pas reniée et, simultanément, l’homosexualité cesse d’être un « problème de société ». On cesse également de voir dans le mariage une simple union de personnes amoureuses qui, réservée à des couples hétérosexuels, pose en creux le même problème. Le mariage est bien plus que des relations sexuelles qui excèdent complètement, de toutes les manières, la compétence de l’Etat. Ce dernier point est capital : c’est la signification même de la loi qui est en jeu.

Louis-Damien Fruchaud

Le document qui suit, intégré en visionneuse pdf, est le texte intégral de Louis-Damien Fruchaud, juriste.

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18 réponses à “Mariage homme–femme : persévérons, en innovant avec discernement”

  1. Manuel Atréide

    @ l’auteur :

    “L’idéologie du genre est l’un des principaux dangers de l’époque que nous vivons.”

    Vous êtes sérieux là? Crise économique systémique, changement climatique, sur-consommation des ressources naturelles de la seule planète habitable que nous connaissions, risques de conflits armés étendus à tout le moyen-orient et selon vous, “L’idéologie du genre est l’un des principaux dangers de l’époque que nous vivons?”

    Vous rendez vous compte du caractère grotesque de cette phrase, qui de plus est la base même de votre raisonnement?

    Aux gestionnaires du site : je me demande dans quelle mesure ce texte est à sa place aux côtés du discours prononcé par le Pape François hier au Parlement Européen.

    Mon propos doit sans doute vous sembler dur mais j’avoue que là, les bras m’en tombent.

  2. Benoît

    Merci Louis-Damien pour cette contribution au débat (la mienne viendra d’ailleurs mercredi prochain sur ces mêmes Cahiers).

    Je comprends volontiers l’interrogation de Manuel quant à cette phrase :
    “l’idéologie du genre est l’un des principaux dangers de l’époque que nous vivons. ”

    La dérive idéologique des études de genre est un problème important (c’est même sûrement un vice récurrent – et dont elle doit essayer de se guérir – de la sociologie que de se faire idéologique). La perte du sens fondateur (symbolique, au sens fort du terme [ http://cahierslibres.fr/2013/11/gender-au-dela-de-la-nature-ou-de-larbitraire-le-symbolique/ ] ) de l’altérité sexuelle est clairement un problème de fond dans notre société (ce n’est pas pour rien que les plus grands – à mon sens en tout cas – philosophes du XXe ont tous écris sur l’altérité sexuelle : Levinas, Merleau-Ponty, JL Marion, et même Derrida – même si ce dernier en tire des conclusions que je ne retiens pas.). Au delà des questions de genre (rôles sociaux attribués aux sexes), l’altérité sexuelle , comme toute réalité humaine, est signifiante et on se planterait à vouloir le nier.
    Je te [Louis Damien] rejoins donc, je pense, sur le fond.
    Reste que ta formulation est peut-être maladroite (ou en tout cas trop rapide), surtout quand des dangers bien plus ‘immédiat’ remplissent nos JT.

    Mais le point sur lequel je voudrais le plus revenir c’est sur la question du ‘mariage d’amour’, tu écris :

    “il faut dénoncer les impasses du « mariage d’amour », selon lequel le mariage n’est qu’une union de deux personnes qui s’aiment. Mais pourquoi limiter l’amour à deux ?”

    Je comprends très bien ce que tu veux dire, et te rejoins, la mariage civil n’est pas là d’abord pour célébrer un sentiment, mais pour construire la société.
    Reste qu’il ne faudrait pas si vite opposer amour et famille.
    La preuve en est, l’Église a toujours insisté sur le fait que le mariage véritable (qu’il soit civil ou religieux) doit être un mariage d’amour (et en cela elle a toujours été en clash avec les visions utilitaires du mariages : conservation des biens, d’une lignée, d’un nom, …).
    Évidement l’amour est un mot que chacun reprends à son compte et dont on perd souvent la richesse de sens. D’où la méfiance LMPT sur l’expression “mariage d’amour”. D’où l’invocation du “mariage d’amour” par les couples homo.

    À mon avis, le véritable défi serait, non pas d’opposer amour et famille comme finalité du mariage, mais de montrer que l’amour vrai découle sur la fécondité et donc sur la famille. Il s’agit de montrer le lien intérieur qui existe entre l’altérité sexuelle, l’éros, l’amour, la famille, l’agapê. Bref l’union dans le mariage des dimensions : sociale (fondement de la société), naturelle (altérité sexuelle), charnelle/spirituelle (amour, désir, don, fécondité).
    C’est le travail que fait, il me semble, F. Hadjadj en montrant l’enracinement du mariage dans l’expérience érotique.

    Évidement, cette argumentation est plus fragile, elle offre plus de prise à l’objection – chacun pouvant invoquer pour lui “l’amour vrai”.

    (désolé ce commentaire est un peu brouillon, ce sont de simples notes, réflexions)

  3. Charles Vaugirard

    @Manuel

    Louis-Damien Fruchaud a écrit un document de 15 pages disponible en visionneuse PDF en dessous de son texte de présentation. Son texte est riche, complet : c’est une argumentation juridique très rigoureuse s’appuyant sur les principes du droit de la famille. L’anthropologie intervient aussi, mais plutôt en second plan. Je suis très heureux qu’un document d’une telle qualité, digne d’une revue juridique de haut niveau, soit publié sur Cahiers Libres.
    Alors pourquoi cher @Manuel focaliser sur une seule phrase ? Je comprend très bien que tu ne sois pas d’accord, mais de là à en être aussi surpris et à tenir les propos que tu tiens ici et sur Facebook… Serieux ?
    Certes, il n’y a pas que l’idéologie du genre sur Terre, il y aussi d’autres soucis. Mais je crois sincèrement que c’est une des grandes questions de notre temps et on a le droit de s’en inquiéter.

  4. Koz

    On ne peut pas toucher à l’équilibre et au lien indissociable entre le mariage et la filiation. C’est impossible et inconcevable.

    Bon.

    La loi Taubira l’a fait.

    Au demeurant, comme je l’ai précisé ensuite, j’envisageais surtout la dissociation du mariage et de l’adoption. Si l’on ajoute aux dispositions actuelles quelques mots, cela ne me semble ni compliqué ni aberrant : “L’adoption peut être demandée par un homme et une femme mariés depuis plus de deux ans, non séparés de corps, ou âgés l’un et l’autre de plus de vingt-huit ans“.

    La construction proposée distinguant famille et foyer, et modifiant le PACS, relève du fantasme politico-juridique. On peut, entre juristes, se consacrer à l’élaboration d’un système purement alternatif mais c’est un petit jeu qui occupera longtemps les juristes sans jamais déboucher sur quoi que ce soit.

    Les derniers événements suffisent à démontrer qu’il ne faudra jamais compter sur la gauche pour aller dans ce sens, et que l’on ne peut pas compter non plus sur la droite. Trop de politiques de droite (aussi) n’ont ni conviction ni courage. Et, en particulier, ni Sarkozy, ni Juppé, ni Le Maire n’iront en ce sens. Dès lors la démarche ne peut pas consister en l’élaboration scrupuleuse d’un système juridique nouveau qui aurait nos faveurs, voire qui serait idéal, mais en l’élaboration d’une solution politique.

    C’est peut-être insatisfaisant mais, à un moment donné, il faut arrêter de s’entretenir dans des rêves de grands soirs, qui n’ont généralement pas réussi à leurs promoteurs, et remettre les pieds sur Terre.

  5. Koz

    J’ai été injuste avec Fillon en l’oubliant, comme s’il n’avait aucune chance d’être élu. Bref, je répare : lui non plus n’en aura pas le courage.

    (et notez bien que ce n’est pas la peine de voter Le Pen. Elle ne le fera pas davantage)

  6. Manuel Atréide

    Charles,

    De deux choses l’une : ou le résumé que vous proposez est fidèle au texte et j’avoue que dans ce cas, je vais m’épargner la lecture de 15 pages d’arguments de ce niveau, soit ce texte est infiniment plus sérieux et vous avez alors salopé le boulot chez CL.

    Trois choses :

    -Ecrire un tel truc pour expliquer que les couples homos ne sont pas de vrais couples, tout juste des relations un peu spéciales qu’on peut protéger un peu du bout des lèvres en améliorant le PaCS, c’est non seulement insultant mais en total décalage avec ma réalité en 2014. Vous vous imaginez, comme l’explique si bien Koz, qu’un quelconque politicien va abroger la réforme Taubira pour e. Revenir un un PaCS amélioré ? Réveillez vous ! De plus, quid des enfants dans ces familles ? On les supprime pour éviter d’avoir à s’occuper de leurs droits à eux ?

    – Benoit, pour le coup tu écris bien et tu sais argumenter. Mais si tu conçois que tu peux avoir le droit de juger de l’amour que se portent deux personnes, attends toi à ce qu’on commence à parler du tir et dans des termes qui ne vont pas te plaire. Tu as une définition de l’amour qui, comme c’est pratique, correspond à tes convictions sur le mariage. Est-ce a dire que si ton épouse était stérile tu cesserais de aimer puisque la fécondité aurait disparu ???

    – Dernier point sur le genre. Je ai rien lu ici qui me laisse à penser que vous avez une idée claire de ce dont on parle. Le genre n’est pas le sexe, le genre ne remet pas en cause l’altérité sexuelle. Ces deux notions sont différentes même si elles apparaissent superposées. Méfiez vous des calques. Et renseignez vous, vos contributions seront moins révoltantes quand quelqu’un aux “périphéries de l’église” vient vous lire.

    Si vous voyez de quoi je parle.

    Cordialement tout de même,

    Manuel

  7. Basho

    ” vos contributions seront moins révoltantes quand quelqu’un aux “périphéries de l’église” vient vous lire.”

    + 1000

  8. Benoît

    Cher Manuel, j’accepte volontier ton objection … je le disais d’ailleurs dans le commentaire précédent : “Évidement, cette argumentation est plus fragile, elle offre plus de prise à l’objection – chacun pouvant invoquer pour lui “l’amour vrai”.”
    Je ne prétends donc pas juger à la place des autres ce qu’est le vrai amour, je propose juste d’en discuter et espère qu’on puisse faire un bout de chemin ensemble.

    Pour ce qui est de la question du “genre”, outre les nombreux (et bons) papiers d’Incarnare sur la question, je me permet de te renvoyer au mien : http://cahierslibres.fr/2013/11/gender-au-dela-de-la-nature-ou-de-larbitraire-le-symbolique/ . La question est passionnante et mérite d’être travaillée (les AlterCatho ont fait un énorme travail d’ailleurs dans ce sens)

  9. Basho

    Benoît> “Pour ce qui est de la question du “genre”, outre les nombreux (et bons) papiers d’Incarnare sur la question, je me permet de te renvoyer au mien : http://cahierslibres.fr/2013/11/gender-au-dela-de-la-nature-ou-de-larbitraire-le-symbolique/ . ”

    Cela me rappelle l’adage latin : asinus fricat asinum. Plus sérieusement, le fait que par exemple Communio fasse appel à Tony Anatrella qui fait l’objet de sérieuses réserves même chez les théologiens moralistes ne vous interpelle pas ? Mais puisqu’il parvient aux conclusions qui vous plaisent, c’est qu’il a forcément raison. De même Incarnare lit de travers toute la littérature philosphique sur le sujet (ah la distinction objectivisme/subjectivisme qui fait des ravages chez les frottés de thomisme) comme l’a montré son dernier papier dans Cahiers Libres. Mais que vous importe sa lecture puisqu’il parvient aux conclusions qui vous plaisent ?

    Ce qui me fascinent chez les gens comme vous est que vous vous piquez de philosophie mais que vous montrez aucune appétence pour la vérité. Au lieu de discuter ou de se frotter honnêtement avec d’autres pensées philosophiques, vous partez de vos propres dogmes et vous tordez tout le reste pour que ça colle. Par exemple, se contenter de réduire Judith Butler à une “subjectiviste”…. Je te conseille donc, Benoît, de lire des critiques INTELLIGENTS de Judith Butler comme Martha Nussbaum. J’espère que les exemples de vrais philosophes t’inspireront et t’aideront à acquérir une vraie démarche philosophique.

  10. Manuel Atréide

    Benoit,

    Si je viens lire les papiers de ce site, c’est que je lui reconnais une qualité rare dans le petit monde de la cathosphere: il pose parfois des questions et entrouvre des portes . Je suis sévère dans mes commentaires parce que ce
    Que j’y mis m’agace parfois profondément mais je m’y sens en tout cas suffisamment accueilli pour participer. Si je me permets d’être rude, je dois aussi reconnaître cette immense et rare qualité à Cahiers Libres.

    Maintenant, pour ne parler que des études de genre, vous êtes ici au stade de la découverte basique. Vous ne savez pas qu’identité sexuelle et identité de genre ne sont pas synonymes par exemple, vous n’envisagez l’humanité que sur un mode binaire ou les choses sont nettes. La réalité est bien plus complexe, à commencer par les personnes intersexe, parfois nées avec des caractéristiques à la fois masculines et féminines et que la médecine charcute depuis des années pour leur assigner un sexe.

    Je pourrais parler des personnes intergenre, de la transidentité, bref de tout ce large monde qui existe entre les deux pôles que vous semblez considérer comme étant les seuls cas de figures possibles.

    Avez vous déjà parlé avec un queer catholique ? Il en existe. Des personnes trans’ ? Certaines religieuses le sont.

    Crois moi, quand je te dis que sur le seul sujet du genre, vous ne savez pratiquement rien, ce n’est pas pour me foutre de vous mais bien parce que c’est le cas.

    Idem pour les familles homoparentales : c’est bien de parler du droit de la famille et des enfants, c’est pas mal aussi aller voir concrètement ces familles pour lesquelles cette loi représente tant.

    Après on pourra parler, échanger, s’écharper sur votre “modèle de société”. Pour le moment vous discutez doctement de sujets que vous ne connaissez pas, sortant des horreurs et vous étonnant ensuite que les gens le prennent mal.

    Remettez les choses dans l’ordre vous verrez, on pourra alors avancer. Et, accessoirement, ça vous évitera de laisser passer que “l’idéologie du genre est l’un des principaux dangers de l’époque que nous vivons”.

    Celles et ceux qui ne pensent pas comme vous ne sont pas pour autant des ennemis de l’humanité.

    Étant moins virulent, ai-je été plus clair cette fois-ci ?

    Manuel

  11. Benoît

    Cher Manuel, merci beaucoup pour ton dernier commentaire.
    Cher Basho, ce qui m’intéresse dans une pensée ce ne sont pas les conclusions, c’est l’effort vers le vrai. Je ne censure personne dans ce domaine. Ni Tony Anatrella, ni Incarnare, ni Butler. Si vous voyez en moi un dogmatique, sachez moi profondément triste d’avoir pu donné cette image. Je ne peux me permettre aucun dogmatisme, je suis rarement d’accord avec moi-même, comment pourrai-je exiger l’accord des autres.

  12. FRUCHAUD

    Bonjour à tous et à chacun.
    Pardonnez-moi, mais j’ai eu très peu de temps disponible ces jours-ci, ne serait-ce que pour lire vos commentaires. Je vous en remercie, et me permets de répondre à quelques-uns.

    En tout premier lieu, mon article n’avait pas pour objet l’idéologie du genre. Je n’entends donc pas répondre précisément aux objections faites à ce niveau. Je maintiens totalement mon affirmation : « L’idéologie du genre est l’un des principaux dangers de l’époque que nous vivons », y compris dans sa formulation. Je n’ai pour le moment pas le temps d’exposer sa justification (cela viendra, inch’Allah).
    Je pense, au contraire de ce qu’affirme Manuel Atréide, en avoir une vision assez précise. Il me semble que c’est lui qui ne vois pas à quel niveau de réponse je (et d’autres sans doute) me situe. Il aurait pu noter que je ne parle d’ailleurs pas des théories du genre mais de l’idéologie du genre. En outre, je lui fais crédit de l’expérience qu’il prétend, quant à ses aspects concrets. Je me permets de lui demander, en retour, de me faire crédit d’une connaissance, certes non exhaustive et en constante progression, mais sommes toutes assez globale des aspects juridiques de ces questions.
    Ainsi, je n’ai en aucun cas affirmé que « les couples homos ne sont pas de vrais couples ». Et encore moins qu’il ne fallait pas s’occuper des droits des enfants, tout au contraire (noter d’ailleurs que le droit comprend déjà à peu près tout ce qui faut sur ce plan-là). Ma proposition vise au contraire à intégrer tout cela dans un cadre juridique plus large et cohérent.

    Evidemment, ce cadre juridique se fonde sur une conception anthropologique très claire. Un « modèle de société » comme on dit aujourd’hui, ou de civilisation comme disait Mme Taubira.

    En aucun cas je n’entends renier quoique ce soit de ce fondement. Il est donc parfaitement inutile de porter le débat à ce niveau parce que, oui, alors, il y aura une opposition stérile (du moins, pour le moment).

    Je pense en revanche que ce fondement anthropologique n’est absolument pas « exclusif » (au sens post-moderne du terme) des personnes qui vivent une réalité humaine s’appuyant sur une anthropologie différente. Au contraire, j’affirme qu’il est possible d’inventer des dispositifs juridiques qui, à la fois, protègent un fondement anthropologique disons classique (à défaut de terme meilleur) et les personnes qui n’y adhèrent pas. J’ai essayé de décliner ce que pourrait être un de ces dispositifs. Ce n’est probablement pas le seul, et il peut légitiment être critiqué. Mais la critique ne porte que dans ce cadre philosophique précis. Il est évident qu’une telle proposition ne répond pas à la demande de ceux qui veulent faire changer le fondement anthropologique lui-même.

    @Benoît :
    En aucun cas je n’entends évidemment opposer mariage (y compris civil) et amour. En soi.
    Tu mentionnes légitimement le discours de l’Eglise, ou les réflexions de F. Hadjadj. J’y adhère totalement.
    Mais ce n’est tout simplement pas le registre sur lequel je me situais. Ainsi qu’il a été dit, ce registre est celui, juridique et politique, de la loi.
    Heureusement que l’Eglise a un registre un peu plus profond. La question se pose peut-être de savoir si la loi aussi doit se tenir sur ce registre. Nos « amis » intégristes le désirent autant que nos adversaires de gauche. Quant à moi, je suis favorable à la démocratie libérale qui, sur ce point, réalise un équilibre perfectible certes, mais compatible avec la foi chrétienne et ajusté à la réalité de nos sociétés.

    @Koz :
    Quatre petites choses pour répondre à tes objections très importantes en elles-mêmes mais qui, à mon avis, ne portent pas contre ce que je propose.

    1) « On ne peut pas toucher à l’équilibre et au lien indissociable entre le mariage et la filiation. C’est impossible et inconcevable. Bon. La loi Taubira l’a fait. »
    Il me semble qu’il ne t’a pas échappé que ce « touché » à précisément eu quelques menues conséquences en droit de la famille (et même au-delà puisque l’accès à la PMA, par exemple, relève du droit de la santé publique). Sans même parler de la conception de la filiation (« parentalité sociale »), et donc du pouvoir de l’homme sur lui-même et de son rapport au monde (des limites ?).
    En aucun cas je n’ai donc affirmé qu’on ne pouvait « toucher » à ce lien indissoluble ABSOLUMENT. Ou plutôt, j’ai indiqué que nous ne devions pas nous situer dans la logique de « la volonté absolue du législateur » (p. 9), celle qui confère aujourd’hui au Parlement le « droit » de remodeler l’entièreté de la nature, de « l’agencer » à son bon plaisir. Le législateur outrepasse ses compétences. Il me semble que c’est cela qui est le principal problème que la loi Taubira met en relief. C’est une manifestation, parmi d’autres, d’un phénomène plus global, et c’est à lui qu’il convient de réagir. Voilà pourquoi je parlais d’un combat contre l’idéologie du genre, et non contre les homosexuels ou même l’homosexualité. Si la réponse se place sur le même terrain, un peu en-deçà certes, mais déjà sur le terrain voulu par nos adversaires, alors c’est déjà perdu ! Et le « en-deçà » ne résistera pas longtemps.
    L’idéologie du genre est elle-même un élément (crucial) de la réforme de civilisation, du « modèle de société » alternatif que nous vend la gauche par petits bouts, et que tu dénonces justement à longueur de blog. Je ne perçois toutefois pas comment on peut lutter contre toutes ces conséquences si on n’entend pas lutter contre la cause elle-même, à savoir l’anthropologie qui sous-tend ce modèle social alternatif, selon laquelle et lequel le pouvoir a la compétence de définir la nature humaine.

    2) « Les derniers événements suffisent à démontrer qu’il ne faudra jamais compter sur la gauche pour aller dans ce sens, et que l’on ne peut pas compter non plus sur la droite. Trop de politiques de droite (aussi) n’ont ni conviction ni courage. »
    J’ai bien conscience que là-dessus les partis politiques de droite, qui se fichent de la culture et de l’anthropologie de la manière la plus parfaite qui soit, et ne voient pas, ne comprennent même pas le sens de ce problème, ne sont pas d’un secours démesuré, plongés qu’ils sont dans un libéralisme individualiste qui prend vie aux mêmes sources. Je pense en revanche qu’il est plus facile de convaincre un homme politique de droite qu’il faut un Parlement « modeste », qui ne s’ingère pas outre-mesure dans la vie sociale et privée des citoyens, et qu’il peut enfourcher un cheval de bataille politique accessible et valorisant devant ses électeurs que celui de contre le Parlementarisme absolutiste de la gauche, plutôt que de lui faire dire qu’il est contre l’homoparentalité…

    3) « Au demeurant, comme je l’ai précisé ensuite, j’envisageais surtout la dissociation du mariage et de l’adoption. Si l’on ajoute aux dispositions actuelles quelques mots, cela ne me semble ni compliqué ni aberrant : “L’adoption peut être demandée par un homme et une femme mariés depuis plus de deux ans, non séparés de corps, ou âgés l’un et l’autre de plus de vingt-huit ans“.
    En passant, c’est exactement ce que contient la proposition de loi Fasquelle, qui met en œuvre le discours de Sarkozy au meeting Sens Commun, que l’on trouvera ici : http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion2401.asp
    C’est loin d’être aberrant et ce n’est en effet pas compliqué.
    « Ça ne coûte rien » disait Sarko. Enfin, presque rien, à part EXACTEMENT LA MÊME opprobre politique que de supprimer purement et simplement la loi Taubira. Car j’avoue que je ne vois strictement aucune différence, en terme politique s’entend. Cela revient de toute manière à demander aux politiques (ceux-là même que tu décris justement !) de dire publiquement qu’ils sont contre l’homoparentalité.
    Alors, certes, on a eu droit à beaucoup de politiques disant : bon, le mariage, c’est délicat, on veut pas s’opposer, voire on est plutôt pour, mais les enfants, non, c’est pas possible, ils ont droit à un père et une mère. Guillaume Peltier le disait encore devant moi la semaine dernière.
    MAIS :
    a) On consacre définitivement le mariage d’amour (fondé sur la volonté des conjoints) à côté d’une filiation biologiquement fondée (indisponible donc), en supprimant le lien pour les homos tout en conservant un lien immédiat entre les deux pour les hétéros. D’une part, cela rend totalement incompréhensible les empêchements à mariage (c’est la porte ouverte, NECESSAIREMENT, à la consécration du mariage à trois…). D’autre part, on réduit définitivement la filiation à un aspect purement biologique détaché de l’engagement réciproque des parents qui la fonde (on tend le bâton à ceux qui invoquent depuis toujours notre « biologisme », erroné si et seulement si on maintient le lien intrinsèque, et non plus extrinsèque, du mariage et de la filiation).
    b) Pour le coup, je donne raison à Mécary : c’est complètement discriminatoire. C’est vraiment ce que je pense. Il ne s’agit pas de séparer mariage et filiation EN SOI. Il s’agit de les séparer POUR LES SEULES personnes homosexuelles. En gardant quand même le même engagement et le même mot à la base… On a beau dire que les personnes homosexuelles sont « placées dans une situation différente » au regard de la filiation que les personnes hétérosexuelles et que donc ni le CC (sans doute) ni la CEDH (à voir…) n’auront rien à redire à une telle séparation. Juridiquement, cela ne passera pas devant la CEDH, tout simplement parce qu’on est en plein dans une situation déjà condamnée : cf. l’arrêt X. c. Autriche de février 2013 (en Grande Chambre !; cf. ici : file:///D:/Downloads/Arret%20de%20Grande%20Chambre%20X%20et%20autres%20c.%20Autriche%2019.02.13.pdf)
    c) Et puis, au fond je n’y crois pas. Je ne vois pas en quoi refuser l’homoparentalité serait politiquement plus facile qu’affirmer le caractère genré du mariage. Ou alors, comme Juppé, ces politiques passeront nécessairement un jour (prochain) ou l’autre du mariage à la filiation. Ou alors ils s’appuient sur le « bon sens populaire » (qui fonctionne sur le mode mariage d’amour / filiation biologique), mais qui lui-même ne tiendra pas longtemps et provoque déjà les souffrances que l’on sait avec le divorce (quand la loi se préoccupe déjà d’y céder un peu trop).
    Ce que tu proposes n’est donc pas compliqué, c’est certain. Je vais même t’indiquer comment faire encore plus simple : il suffit d’ajouter les termes « et au titre VIII » à l’article 6-1 du code civil (voire également au titrer IX si, comme Fasquelle, on veut aller un petit peu plus loin et inclure aussi la question de l’autorité parentale).
    Seulement voilà : en proposant cela de nous-même (je ne dis pas que je ne suis pas d’accord, comme un moindre mal, à une proposition politique allant dans ce sens : c’est un autre débat), nous ratifions les principes qui atteignent d’ores et déjà les enfants tout en ne réglant absolument rien pour les lobbies homosexuels qui se fichent du mariage et veulent, par-là, la filiation.
    Tactiquement, en nous situant nous-mêmes sur la ligne de défense la plus minimale, nous projetons l’image que nous avons intégré le « mauvais choix » qui a été le nôtre (de combattre la loi jusqu’au bout). Pire, comme on obtiendra de toute façon encore moins que ce que l’on proposera…
    Stratégiquement, il n’y a absolument aucun avantage pour un homme politique dans toutes les configurations. A partir du moment où le débat sur la loi Taubira est réouvert, c’est le bazar. Tout le monde le sait. Le courage n’est donc pas d’y aller avec une solution plus ou moins conciliante : la gauche ne fera aucun cadeau. Le courage politique est en amont : d’oser rouvrir le débat. Une fois cela effectué, il n’y a que des inconvénients à le faire a minima et que des avantages à soutenir une mesure structurée.

    4) « La construction proposée distinguant famille et foyer, et modifiant le PACS, relève du fantasme politico-juridique. On peut, entre juristes, se consacrer à l’élaboration d’un système purement alternatif mais c’est un petit jeu qui occupera longtemps les juristes sans jamais déboucher sur quoi que ce soit. Dès lors la démarche ne peut pas consister en l’élaboration scrupuleuse d’un système juridique nouveau qui aurait nos faveurs, voire qui serait idéal, mais en l’élaboration d’une solution politique. C’est peut-être insatisfaisant mais, à un moment donné, il faut arrêter de s’entretenir dans des rêves de grands soirs, qui n’ont généralement pas réussi à leurs promoteurs, et remettre les pieds sur Terre. »
    Je note donc que la simple proposition d’une sorte d’union civile (un tout petit peu plus cohérente sur des questions ultra-techniques, c’est tout) relève déjà du « grand soir » et du « fantasme ».
    Je n’avais en effet pas perçu à quel point le problème était devenu profond.
    Plus sérieusement, j’avoue que j’ai un peu de mal à bien distinguer en quoi un mariage sans filiation serait moins fantasmagorique, politiquement parlant, qu’un PACS amélioré. Vu qu’on joue un peu sur les mots, là.
    Je pense que tu as conscience, cher Koz, que, quant aux effets juridiques pratiques, ce que nous proposons tous les deux est STRICTEMENT IDENTIQUE…
    J’avoue aussi ne pas bien comprendre, en juriste, comment on peut désigner avec le même mot deux choses qui n’auront, à la louche, qu’un tiers de leurs effets en commun. J’ai en tête la brillante démonstration que tu as faite, sur un autre blog, de la nécessaire identité des régimes de la cigarette « naturelle » et de la cigarette électronique. Cela m’avait convaincu. C’est un peu pareil ici…

    Je te remercie beaucoup de qualifier la modeste proposition que je fais de « système juridique nouveau qui serait idéal ». Je n’en demandais pas tant. Si vraiment j’avais rédigé « scrupuleusement » ce qui devrait être l’idéal, pour un juriste-catholique-citoyen-socialement-engagé, crois-moi, cela aurait été un tantinet différent.
    Mais ce n’est pas le problème, et ce n’est vraiment pas ce qui m’a conduit à écrire ce texte.
    Au fond, il y a plusieurs logiques/positions possibles devant la loi Taubira, mais pas 150 non plus.
    D’abord, évidemment :
    – On s’écrase (façon Juppé)
    – On rejette tout en bloc sans nuance (façon Salon beige / Le Rouge et le Noir)
    Ni toi ni moi ne le voulons. Même si j’ai peur qu’une partie des manifestants LMPT soit un peu trop attirée par la seconde option. Souvent aussi parce qu’ils n’arrivent pas à voir les autres choix possibles :
    – On sépare : un mariage pour les hétéros et un PACS réservé aux homos ; ou alors un mariage homo et un mariage hétéro ; mais alors le droit de la famille devient encore un peu plus inintelligible et, si on est revenu sur la filiation, on discrimine plus ouvertement en ayant définitivement abandonné le terrain de la signification juridique de l’altérité sexuelle
    – On distingue, en évacuant le problème des relations sexuelles entre adultes du champ de la loi. Il y a différentes versions possibles. J’en ai proposé une. Ce n’est pas un idéal. C’est une simple remise en perspective. Il me semblait qu’il relevait aussi de la mission du juriste catholique de savoir innover. Sans rêver (ça, c’est solution SB/RetN) ET sans rien concéder d’essentiel.
    Ces deux voies sont également « terre à terre ». Il n’y en a pas une qui aurait le monopole de « la solution politique ». Je te remercie d’avoir osé soutenir la première. Je maintiens le droit à proposer la seconde avec autant de réalisme.

  13. Manuel Atréide

    @ l’auteur,

    Je suis allé lire, à froid, votre très long texte. J’en retire un sentiment de malaise devant la pensée d’un juriste tellement parasitée par ses convictions – par ailleurs tout à fait respectables – qu’il en vient à raconter des âneries.

    Votre vision du mariage est juridiquement erronée. Son but unique n’est pas la filiation biologique dès lors qu’il se passe de toute vérification de stérilité et permet à des couples frappés d’infertilité de le contracter pour former une famille fondée non sur la “filiation naturelle” comme vous me dites, mais sur la filiation sociale (l’ensemble des parents adoptifs vous remercient pour l’adjectif “artificielle” accolé à leur filiation).

    Étonnamment, vous nous expliquez ensuite très vite que la filiation n’est pas naturelle mais une création des sociétés humaines ce qui est rigoureusement exact.

    Je ne vais pas me livrer àla rédaction d’un pensum roboratif pour détailler l’ensemble des erreurs et inepties qui parsèment votre texte. Je peux en revanche en discuter avec vous un jour, au calme devant un café. Il y a dans Paris des endroits paisibles qui permettent une conversation constructive entre deux personnes aux idées diamétralement opposées.

    Je suis tout de même curieux d’en savoir plus sur l’étendue de vos connaissances sur le sujets des genres. Si vous avez écrit dessus je vous lirai. J’avoue que le seul long texte ne m’a pas convaincu de votre bonne connaissance du sujet. Mais je peux me tromper.

    Là où je ne me trompe pas en revanche, c’est sur le diagnostic: vous êtes moins intéressé par la cohérence du droit que par le triomphe de vos idées politiques, sociales et religieuses.

    C’est tout à fait estimable en démocratie, encore faut-il l’assumer. Ce que vous ne faites pas.

  14. FRUCHAUD

    @Manuel.

    Non, certes, je n’assume pas une telle bêtise.
    Ainsi que je le notais, ce n’est pas “ma” vision que je décris ici. La totalité des juristes vous diront cela. L’un des plus grands, si ce n’est le plus grand juriste français du droit de la famille, Jean Carbonnier, l’a dit ainsi : “Le cœur du mariage, ce n’est pas le couple mais la présomption de paternité”. Pas la peine d’aller chercher bien loin dans des études compliquées : Wikipedia vous l’apprendra sans peine (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9somption_de_paternit%C3%A9).

    La réponse d’I. Théry est d’ailleurs extrêmement significative (sur la même page Wikipedia, et ici : http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Le-mariage-n-est-plus-le-socle-de-la-famille-interview-573160).

    Donc, acceptez définitivement que, oui, le Code civil retient une anthropologie précise. C’est un fait. C’est même la première chose que l’on apprend en première année de droit : la conception philosophique des codificateurs napoléoniens.
    Mais comme je ne suis ni bête ni naïf (si si je vous assure), je sais pertinemment que ce modèle anthropologique n’est pas le seul. De nombreuses évolutions et réformes du droit de la famille sont déjà venues progressivement rendre difficilement lisible cette anthropologie “juridique” (c’est justement parce que j’ai pitié de mes lecteurs que je leur épargne un cours de droit technique et précis). Qui vont toutes dans le sens de Théry, c’est un fait (puisque ces réformes consacrent en droit la fameuse “évolution des mœurs” de fait…). Seulement, il restait le mariage lui-même, sa définition. Elle résistait encore à toute évolution majeure.

    La loi Taubira, ainsi que l’a noté Koz, consacre une telle réforme de civilisation en visant au cœur même de cette définition.

    Quant aux “objections” que vous avancez (évidemment loin d’être nouvelles, on les a entendu jusqu’à n’en plus pouvoir depuis 2 ans), ce sont elles les âneries juridiques qu’il convient de relever.

    1) La stérilité ? Il faudrait que vous révisiez la différence entre l’objet et l’effet. J’ai dit que l’objet même du mariage était la filiation naturelle. Evidemment pas l’effet qui, lui, est contingent. Si vous ne saisissez pas la différence, je ne peux rien pour vous. Les conditions de validité du mariage que la loi institue ne se réfèrent qu’à des conditions objectives et manifestes. Vous auriez d’ailleurs pu soulever une objection du même type et beaucoup plus dirimante à mon avis, parce que généralisé : la liberté des époux. Un maire mariera deux jeunes qui viennent le trouver pourvu qu’ils soient majeurs, qu’ils affirment être libres et qu’aucun signe extérieur ne manifeste qu’ils ne le sont en fait pas. Après, sont-ils vraiment libres intérieurement ?…. La jurisprudence est pleine d’affaires particulières si vous voulez approfondir. Cela n’atteint pas du millimètre le mariage civil prévue par la loi.

    2) La filiation adoptive n’est PAS une filiation sociale. Là, encore, il vous faudrait fréquenter quelques professeurs de droit. Et si j’ai parlé de filiation artificielle (les mots ont un sens voyez-vous), c’est tout simplement en vertu de l’adage bien connu “ars imitatur naturam”. La filiation adoptive n’est pas biologique ou vraie si vous-voulez, mais, jusqu’à la loi Taubira, elle était vraisemblable. C’est-à-dire qu’un enfant peut (pouvait) identifier ses parents adoptifs comme vraiment son père et sa mère et construire un système de représentation, fondé sur cette vraisemblance, adéquat à une structuration psychologique et un développement pleinement équilibré. Et ne me parlez-pas des incongruités biologiques de type héréditaire, encore une fois, la filiation est biologiquement fondée mais n’est pas réduite à la biologie.

    C’est ce que signifiait, sans contradiction, ce que je disais à propos de l’aspect culturel de la filiation. Votre affirmation, en revanche, selon laquelle la filiation est “une création des sociétés humaines ” est parfaitement fausse. La filiation est un donné biologique culturellement assumé. Il faut tenir LES DEUX, non pas parce que c’est ce que je crois ou je veux, mais parce qu’il en est ainsi : c’est vrai, et matériellement (et philosophiquement) vérifiable. Votre affirmation ne reflète précisément qu’une anthropologie différente : c’est la manifestation parfaite de l’idéologie du genre, laquelle tient, dans toutes ses manifestations théoriques ou pratiques, que la filiation est du domaine du construit. Et ben non. Il y a du culturel (mais la culture elle-même n’est pas toujours, loin de là, du construit). Et il y a du naturel. Pour schématiser car cette opposition est navrante.

    Les faits sont donc ceux-là :

    La loi française traduisait, jusqu’à la loi Taubira, une conception du mariage fondée sur anthropologie absolument nette et claire, qui est (à défaut de mot meilleur), l’anthropologie classique biologique-culturelle (qu’elles que soient d’ailleurs les théorisations particulières de cette conception, qui ont pu en effet être réductrice ou discriminante, par exemple en valorisant excessivement la “puissance paternelle” ou la dévolution du patrimoine).

    Cette anthropologie est aujourd’hui attaquée, très profondément, par une autre, qui repose sur la logique de l’idéologie du genre. Ce “modèle alternatif” peut s’appuyer partiellement sur l’évolution des mœurs. Je dis partiellement parce qu’il la manipule, la met en route et favorise, et n’en retiens certains aspects autant qu’il l’analyse pertinemment sur d’autres aspects. C’est le propre de toute idéologie, comme celle marxiste, de réduire et schématiser. Cela a l’air très intéressant et pertinent à première vue. Si on creuse….

    Le législateur, consciemment quand il est à gauche, souvent inconsciemment mais réellement quand il est à droite (à cause de la proximité de cette idéologie avec l’idéologie libérale, puisqu’elles puisent à des sources communes), tend à modifier la loi pour “reconnaître” et “consacrer” les effets juridiques de cette nouvelle anthropologie. La loi Taubira en est une manifestation éclatante. Ce législateur ne s’arrêtera pas tant qu’il restera encore des scories de l’ancienne anthropologie, encore vivace.

    Il y a donc un combat d’idées extrêmement dur (non, les idéologies ne sont pas mortes ! Elles ont juste changé de nature) sur le terrain de la loi, reflet d’un simple rapport de force selon la formule du sénateur Jean-Pierre Michel.

    J’ai voulu démontrer que l’idéologie classique n’est pas exclusive, mais qu’elle autorisait des mécanismes juridiques respectueux à la fois du bien des enfants et des choix des adultes, là où l’anthropologie alternative du genre vise à faire jouer à la loi un rôle qu’elle ne peut assumer sans se dénaturer totalement et exclure ceux qui ne pensent pas comme ses tenants.

  15. FRUCHAUD

    @Manuel.

    Ceci dit, si vous acceptez ces bases, tout à fait partant pour en discuter plus avant si vous le désirez, y compris dans un café.

  16. Manuel Atréide

    Cher Louis-Damien,

    On va reprendre dans l’ordre, faire comme si vous ne saviez rien.

    La filiation n’a rien à voir avec les origines. Le mariage institue la présomption de paternité parce que justement, on ne veut pas savoir si l’enfant est biologiquement le descendant du mari de maman. Le mariage dit que oui. Notre histoire française comprend un certain nombre d’enfants “du miracle” dont la filiation n’a jamais été remise en question parce que maman était mariée et qu’il ne fallait pas poser de questions. Filiation douteuse voire mensongère sur le plan biologique mais parfaitement légale.

    Vous avez au contraire des enfants sans filiation. Abandonnés et sans parents légaux. Ils peuvent avoir des tuteurs, ils peuvent être pupilles de la nation mais n’avoir aucun nom sur leur livret de famille. Ils ont en revanche toujours des “géniteurs”. J’emploie ce mot pour signifier la difficulté à appeler parents des adultes qui abandonnent un enfant. Je ne juge pas par ailleurs les raisons qui conduisent a cet abandon.

    Filiation naturelle ? Non. L’origine est permanente, pas la filiation.

    De même la filiation adoptive est sociale. Tu n’es pas le descendant
    Biologique de ces adultes mais tu es leur enfant parce qu’ils l’ont choisi et que la société l’a sanctionné. Il n’est nulle part fait mention d’un caractère “vraisemblable”. Un couple européen qui adopte une enfant coréenne a peu de chances de lui faire croire longtemps qu’elle porte leurs gènes mais cette femme et cet homme sont VRAIMENT ses parents aux yeux de la loi, de la société et, n’en doutons pas, aux yeux de chacun des membres de cette VRAIE famille.

    Tout ceci est dans les textes de notre droit. La biologie y tient une place réduite et est difficilement opposable à ce que la loi dispose.

    On peut prendre un café quand vous voulez mais ce sera pour discuter de la pluie et du beau temps ou du droit mais à partir des textes enseignés sur les bancs des facs, pas de ce que vous y lisez.

    Car vous lisez faux.

  17. FRUCHAUD

    Cher Manuel.

    Reprenons, en effet.

    « La filiation n’a rien à voir avec les origines. »
    J’en rirais si ce n’était si grave. Passons.
    Ou disons simplement que la filiation est la transcription, l’expression, en droit, d’un fait, l’engendrement, qui crée le lien entre les générations. Sur ce mode premier, la filiation adoptive se développe naturellement, puisqu’elle reconnaît un lien entre deux générations (il ne vous aura pas échappé que, pour adopter, il faut avoir au moins 28 ans (cf. articles 343 et 343-1 du code civil) : il n’y a pas d’adoption entre des personnes dont l’écart d’âge (cf. aussi article 344 du code civil) ne permet de rendre vraisemblable un changement de génération).

    « Le mariage institue la présomption de paternité parce que justement, on ne veut pas savoir si l’enfant est biologiquement le descendant du mari de maman. Le mariage dit que oui. Notre histoire française comprend un certain nombre d’enfants “du miracle” dont la filiation n’a jamais été remise en question parce que maman était mariée et qu’il ne fallait pas poser de questions. Filiation douteuse voire mensongère sur le plan biologique mais parfaitement légale. »
    En effet, je n’ai jamais rien dit de contraire.
    Comme dit l’adage : « mater semper certa est ». Rien de tel pour le père. Le plus simple était : « Pater is est quem nuptiæ demonstrant ».

    « Vous avez au contraire des enfants sans filiation. Abandonnés et sans parents légaux. Ils peuvent avoir des tuteurs, ils peuvent être pupilles de la nation mais n’avoir aucun nom sur leur livret de famille. Ils ont en revanche toujours des “géniteurs”. J’emploie ce mot pour signifier la difficulté à appeler parents des adultes qui abandonnent un enfant. Je ne juge pas par ailleurs les raisons qui conduisent à cet abandon. »
    Exact encore pour le début (sauf qu’il s’agit de Pupilles de l’Etat, et non de la Nation). Et leur filiation peut être tout à fait établie. Il en est, cependant, où ce n’est pas le cas, c’est d’ailleurs l’effet même de l’accouchement sous X par exemple.
    Et alors ?
    Cela n’a tout simplement pas le début d’un effet sur ce que j’exposais, à savoir que le mariage civil a pour unique finalité la filiation (il faut raisonner dans ce sens-là : partir de la filiation ne vous mènera à rien).
    Et il convient par ailleurs de souligner qu’on ne raisonne pas, en matière de loi, à partir des cas disons « pathologiques » ou « extra-ordinaire » si vous voulez. La loi est faite pour l’ordinaire.

    « Filiation naturelle ? Non. L’origine est permanente, pas la filiation. »
    En fait, tout cela, et particulièrement cette phrase, semble indiquer que vous confondez plusieurs choses. Engendrement, filiation, filiation naturelle et filiation biologique.

    « De même la filiation adoptive est sociale. »
    Ben non.

    « Tu n’es pas le descendant biologique de ces adultes mais tu es leur enfant parce qu’ils l’ont choisi et que la société l’a sanctionné. Il n’est nulle part fait mention d’un caractère “vraisemblable”. Un couple européen qui adopte une enfant coréenne a peu de chances de lui faire croire longtemps qu’elle porte leurs gènes mais cette femme et cet homme sont VRAIMENT ses parents aux yeux de la loi, de la société et, n’en doutons pas, aux yeux de chacun des membres de cette VRAIE famille. »
    Je signale que j’avais déjà levé par avance cette objection. Encore une fois, vous confondez filiation, filiation naturelle, filiation artificielle et filiation biologique. L’adoption est une filiation artificielle en ce que le lien de filiation procède d’une décision de justice, et non d’un évènement concret (la naissance). Mais les deux sont sociales, ou culturellement marquées si vous voulez, parce que la filiation, en tant qu’expression juridique du lien entre génération, est nécessairement un concept social, ou culturellement marqué. Ce qui ne l’empêche pas d’être naturellement fondé. Encore une fois, seule l’idéologie du genre oppose le social ou le culturel, purement construit ou institué, à la nature, qui serait purement biologique ou matérielle.
    Cela ne porte donc absolument pas : la filiation adoptive est naturellement vraisemblable, parce que la filiation se moque, comme vous le releviez (il y a là une légère contradiction dans votre discours) du biologique pur. La question n’est pas de savoir si X a les mêmes gènes et les mêmes phénotypes que Y. Il s’agit d’établir un lien entre la génération de X et celle de Y. Ce lien est toujours vraisemblable, a minima.

    Quant au débat sur nos compétences juridiques respectives, il me semble de peu d’intérêts. Vous n’avez d’ailleurs pas commencé à discuter le début du commencement de la moitié de mon argumentaire. Comment s’expliquent, par exemple, les empêchements à mariage ?

  18. Manuel Atréide

    @ l’auteur

    je crois décidément que j’avais visé juste dès mon premier commentaire. Qu’un individu qui prétend raisonner ne fasse pas la différence entre filiation – reconnaissance sociale d’un lien familial – et origine – lien biologique prouvé par la transmission de gènes, j’avoue les bras m’en tombent.

    Que cette même personne soit capable, pour justifier l’adoption, de parler de liens “vraisemblables” alors que nous sommes dans uns structure ou l’adoption est essentiellement internationale avec des parents présentant souvent des caractéristiques physiques et génétiques visiblement différentes de leurs enfants, c’est plus risible encore.

    Que cet auteur enfin ne soit pas capable de lire un code civil et de se rendre compte que de par la loi, mariage et filiation sont déconnectés depuis longtemps, cela clôt le débat.

    M. Fruchaud, apprenez à raisonner, à structurer votre pensée, sachez organiser une démonstration et nous pourrons reprendre notre conversation. Pour le moment, la seule chose que vous savez faire, c’est prendre la véracité de vos croyances comme postulat et essayer ensuite de monter un édifice bancal et incohérent pour justifier ce postulat. N’importe quel esprit rationnel voit, en vous lisant, à quel point vous échouez dans l’exercice.

    J’en reviens vraiment à mon propos : commencez par vous confronter au réel. Allez rencontrer des catholiques queer, allez rencontrer des familles homoparentales, allez discuter avec des personnes qui furent adoptées, sortez de votre famille mononucléaire classique et frottez vous à la diversité. Réfléchissez un bon coup, discutez avec des gens qui ne pensent pas comme vous. A ce moment là, revenez, vous aurez sans doute un peu moins de préjugés révoltants dans vos propos. Pour le moment, vous n’êtes qu’un bavard apeuré qui blesse toutes celles et ceux qui n’ont pas l’heur de vivre selon les règles étroites que vous voudriez imposer.

    M.

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