Dans le monde sans en être

Commémoration de tous les fidèles défunts

En ce 2 novembre, remplis de l’espérance de la fête de la Toussaint,  nous célébrons la commémoration de tous les fidèles défunts. Voilà pourquoi, nous faisons une pause dans les Evangiles qui relatent les confrontations entre Jésus et ses contradicteurs. Parmi le grand choix textes proposés pour la liturgie de ce jour, j’ai choisi l’Evangile de la mort de Lazare.

A propos de cet Evangile saint Jean Chrysostome affirme une vérité pénible à entendre : « On s’étonne quelquefois, quand on voit des hommes aimés de Dieu en quelque peine, dans la maladie ou la pauvreté. Les amis de Dieu ne sont pas plus que les autres exempts d’affliction. »  Autrement dit : la foi n’empêche ni l’épreuve ni le danger, mais elle nous aide à les traverser.

Dieu a eu pitié et a aidé

Faisons un peu d’étymologie. Béthanie vient de l’hébreux bêt anniya la maison du pauvre ou la maison d’Ananie dont le nom signifie: le Seigneur a eu pitié. Cette localité de situe sur le Mont des Oliviers, à l’Est de Jérusalem, en direction de Jéricho. C’est la que vivent Marthe et Marie et leur frère Lazare, prénom qui veut dire : Dieu a aidé.

Grâce a ces deux mots et à leur signification, nous pouvons résumer l’Evangile en disant qu’à Béthanie Dieu a eu pitié et a aidé. En outre, Béthanie est un des lieux où le Père éternel a voulu, en son Fils, connaître, vivre et bénir l’amitié humaine. C’est là où Jésus a voulu passer ses dernières nuits avant la Passion.

Lazare, l’ami de Jésus étant malade, ses deux sœurs envoient chercher Jésus. Bossuet note qu’elles « se contentent de lui dire: celui que vous aimez est malade. » Pourquoi ne font-elles pas une demande de guérison plus explicite? Saint Augustin répond à cette question en disant: « Quand on a à faire avec quelqu’un qui aime, il suffit de l’avertir. »

Nous pouvons aller plus loin encore dans la compréhension des réactions de Marthe et de Marie. En effet, saint Bernard dit : « Il vaut mieux pour nous attendre patiemment ce qu’il veut nous donner que de demander imprudemment ce qui n’est peut-être pas dans ses vues. » Voilà une belle manière d’envisager la prière. En effet, nous ne prions pas seulement pour demander à Dieu ce que nous voulons et espérons. Nous prions afin de connaître « ses vues » qui ne sont pas toujours les nôtres. Ainsi en priant nous apprenons à vouloir et à espérer ce que Dieu veut pour nous et pour ceux que nous aimons.

Une anticipation de la Passion

« En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus révèle que toutes ces maladies qui ont pour origine la désobéissance et le péché de nos premiers parents vont devenir l’occasion de la manifestation de la gloire de Dieu. C’est pourquoi,  avec saint Augustin nous pouvons dire que « La mort elle-même, (…) ne sera pas pour la mort, mais pour une oeuvre qui servira à éviter la véritable mort.» La véritable mort dont il est question ici est la mort éternelle. En effet, sans le Sacrifice du Seigneur sur la croix nous étions tous sans exception voués à la damnation.

« Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait …» Quel étrange verset ! Et quelle étrange conception de l’amitié !  Pourquoi Jésus décide-t-il de différer sa venue ? A cela saint Augustin répond en disant: « Il différa la grâce qu’on lui demandait (la guérison) pour en accorder une meilleure, la guérison par la résurrection. »

Continuons notre lecture de l’Evangile : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. » Comment comprendre ces paroles du Seigneur ? A cela saint Pierre Chrysologue répond que « le Christ se réjouissait parce que la tristesse de la mort allait bientôt se transformer en la joie de la résurrection. » Et que  « dans la mort et la résurrection de Lazare, se peignait toute la figure de la mort et de la résurrection du Seigneur, et ce qui allait bientôt suivre chez le maître était déjà réalisé chez le serviteur…. » Autrement dit, le Seigneur donne à ses Apôtres de vivre une anticipation de sa Passion et de sa Résurrection afin qu’ils puissent faire face à l’ébranlement dans leur foi que provoquera sa crucifixion.

« Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort…» Après avoir écouté la douloureuse et affectueuse plainte  de Marthe, qui est celle de toute l’humanité devant la mort, Jésus va dénouer le nœud spirituel qui l’empêche de vivre pleinement de la foi et de l’espérance qui sont déjà en elle. Comment s’y prend-il ? Il affirme sa divinité : « Moi, je suis la résurrection et la vie » et pose une question : « Crois-tu cela? » L’affirmation claire de sa divinité et la question qui suit immédiatement permet à Marthe de poser un acte de foi en Jésus, c’est à dire en Dieu qui nous sauve. C’est ainsi que saint Jean Chrysostome dit : « Voilà ce qu’il fallait croire : la résurrection, et la résurrection par Jésus-Christ. Avant de ressusciter Lazare, il élève l’âme de Marthe (…)  Il veut que l’on sache que c’est par sa propre puissance qu’il ressuscitera les morts (…) Et quant la mort reviendra, ne la craignez pas : la mort n’a pas été victorieuse de lui, elle ne le sera pas de vous. »

Jésus pleure

« Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa sœur Marie (…) Le maître est là, il t’appelle. » Marthe vient de vivre une expérience de l’ordre de celle de la résurrection. C’est pourquoi, aussitôt, comme le feront Marie-Madeleine, les Apôtres Pierre et Jean, ainsi que les pèlerins d’Emmaüs au jour de Pâques, elle devient apôtre et court annoncer la bonne nouvelle à sa sœur Marie. En cela elle nous rappelle notre mission auprès des hommes de notre temps qui malgré parfois beaucoup d’indifférence « crèvent » de ne pas connaître la joie de croire en la résurrection.

«  Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. » Dans ce verset, le verbe grec « embrimaomai » a été traduit par « il fut bouleversé ». Ce verbe qui peut être aussi traduit par « frémir », exprime une violente émotion, un bouillonnement intérieur, une grande indignation, une irritation contre quelqu’un ou quelque chose. Sans doute la mort et notre attitude devant elle ? Jésus est troublé. Les pleurs de l’assistance lui font toucher du doigt la fragilité et le désespoir de notre humanité blessée par le péché. Il voit aussi les ténèbres qui nous entourent et qui nous tiennent asservis.

Jésus pleure en marchant vers le tombeau de Lazare. Saint Cyrille d’Alexandrie dit à ce sujet : « Il pleure sur la déchéance de l’homme qui, formé à l’image de Dieu, est devenu la proie de la mort.» Par delà la compassion et l’amitié, nous devons comprendre que Jésus se rend au tombeau de Lazare pour affronter et vaincre la mort. Nous sommes ici presque au Golgotha. C’est pourquoi l’Evangile précise que : « C’était une grotte fermée par une pierre. »

« Jésus dit : Enlevez la pierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu’il est là … » Le réalisme du propos de Marthe au sujet de la décomposition du cadavre de son frère, souligne la puissance du Christ sur la mort. En effet, si le Christ a déjà ressuscité des morts, cependant  le cas de Lazare est exceptionnel, car c’est la seule résurrection d’un mort qui « sent ».

L’ordre du Roi, le commandement du Souverain : « Sors ! »

« Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé (…) si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » Paraphrasant saint Jean, Bossuet dit : « Cette prière de Jésus donnent le sens du miracle. Le Père exauce toujours le Fils, parce que le Fils prie toujours le Père. »

« Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, sors de ce tombeau. » Je ne résiste pas au fait de vous partager des extraits d’un discours de saint André de Crête : « C’est la voix du Maître, l’ordre du Roi, le commandement du Souverain : « Sors ! » Dépose la corruption et retrouve ta peau dans l’incorruption : (…) « Sors ! » Je m’adresse à toi comme un ami, mais je t’ordonne comme un maître  (…)  « Lazare, sors ! » La mort n’est pas une fin (…) « Sors ! » Recouvre la vie, reprends haleine et marche hors de ton cercueil. Montre comment, en un instant, les morts se retrouvent avec un corps entièrement animé, au son de l’ultime trompette de la résurrection générale des morts : « Sors ! »

« Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Jésus donne cet ordre à l’assistance de délier un ressuscité afin de toucher la vie et de croire en celui qui (re)donne la vie. C’est aussi le rôle qu’il assigne à son Eglise et à tous ses disciples : « Déliez -le », c’est à dire : libérez ceux qui sont prisonniers du péché et de la mort. Déliez ceux qui sont écrasés sous le poids du fardeau insupportable du désespoir.

En ce jour si particulier où nous commémorons les fidèles défunts, préparons-nous à ce grand passage, en apprenant à cultiver l’amitié entre les vivants et les morts, la communion des saints. Mais aussi en soutenant ceux qui sont dans la peine, en célébrant les Saints Mystères en suffrage pour les défunts, en priant Dieu, la Vierges Marie, les anges et tous les saints… Faisons nôtres les mots d’une oraison prévue par la liturgie : « Ecoute nos prières avec bonté, Seigneur : fais grandir notre foi en ton fils ressuscité des morts, pour que soit plus vive notre espérance en la résurrection de tous nos frères défunts. »

Bon dimanche et bonne semaine à tous.

Pod

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