Dans le monde sans en être

J’ai envie d’être père, et alors ?

L’autre jour, non pas au fond d’un vallon, mais participant modestement à la rédaction de la Lettre ouverte aux pères synodaux de la part de couples infertiles, il me vint à l’esprit le terme de « coming-out ». Faire son coming-out de couple en espérance d’enfant. C’est ce que risquaient de faire les signataires à nom découvert de cette lettre.

Et là, je me suis dit : comment en est-on arrivé là ? Pourquoi un couple chrétien, marié, et ne parvenant pas à avoir d’enfant en arrive-t-il à considérer sa situation comme un secret vaguement honteux, en tout cas susceptible de choquer l’entourage ou de susciter une réaction négative s’il était dévoilé ?

Plutôt que de tenter de donner une réponse générale à cette question, dans la mesure où la lettre mentionnée plus haut le fait déjà fort bien, je vais me pencher sur la situation, s’il est possible, encore un peu plus oubliée que celle de ces couples oubliés : le cas spécifique du père. Enfin, justement, du qui-voudrait-bien-être-père.

Notre époque n’aime pas les pères. Elle se glorifie de les éradiquer ou de les nier, elle voit de l’ordre patriarcal à déboulonner partout, traque inlassablement dans l’homme une supposée propension à vouloir revenir aux époques « bénies » où Madame frottait le plancher tandis que Monsieur fumait son gros cigare, voire aux temps plus lointain où Madame tout aussi soumise déposait humblement sa cueillette de myrtilles aux pieds du glorieux chasseur de mammouths. Son argument massue, c’est le cas de le dire, est le suivant : « dans ces sociétés où la femme était écrasée, VOUS aviez le pouvoir. Vous ne l’avez plus. Donc vous voulez y revenir. C’est forcé. C’est comme ça. On veut forcément revenir aux situations plus avantageuses. » Si l’interpellé regimbe, on pourra toujours lui assener qu’inconsciemment il cautionne et approuve la « culture du viol » qui paraît-il régit toujours notre monde. C’est très pratique, le coup de l’inconscient. Cela permet de déclarer une personne coupable de faits qu’elle ne commet pas, qu’elle ne songe même pas à commettre, de propos qu’elle ne tient pas, d’idées qu’elle ne professe pas, de pensées qui ne lui traversent même pas l’esprit, mais qui doivent bien être quelque part cachées dans son inconscient, incontrôlables et invisibles à tous, y compris à elle-même.

Notre époque, qui n’en est pas à un paradoxe près, glorifie les valeurs historiquement viriloïdes de performance, de force, de résistance à la pression, de vitesse, d’affirmation de soi, de compétitivité dans la lutte sauvage pour la vie. Mais elle le fait de manière unisexe, c’est-à-dire en projetant à toute l’humanité, XX, XY et variantes plus rares, cet unique modèle.

Le résultat, c’est que l’homme se retrouve réduit à cette double dimension : le warrior, le ouinneure dans notre monde mondialisant mondialisé de mondialerie, et le tyran domestique (et sauvage). La seconde étant réprouvée, et la première, au contraire, jugée extrapolable à tous, l’homme ainsi interprété ne sert plus à rien.

A fortiori le père. Allez-y, essayez de légitimer un désir de paternité devant un parterre choisi : je vous souhaite bonne chance. Le désir d’enfant, s’il est jugé légitime chez la femme, qui peut arguer du fait de l’éprouver de façon physique, immédiate, apparaît chez l’homme comme une incongruité, un archaïsme, s’il ne fait pas carrément froncer les sourcils. On ne comprend plus ! Etre père ? pour quoi faire ?

Vestige, pour le coup, d’une lecture traditionnelle du couple, le père est censé incarner la sévérité, sinon la dureté. C’est celui qui arrache l’enfant à la tiédeur du contact maternel. C’est le tyran, le fouettard, qui s’occupera de dresser l’héritier, et ça tombe mal, puisque tout cela, on n’en veut plus.

Cela ne me manque pas. Poser en « vrai mec » fort, dur et musclé, compétiteur inépuisable, amateur de sports extrêmes et de défis, fier de réveiller le traqueur d’aurochs qui sommeillerait en lui, cela ne m’a jamais emballé. Qu’y avait-il alors d’autre ?

Pas de chance : rien du tout. Le père n’est pas censé éprouver lui aussi le désir de transmettre la vie, a fortiori de bêtifier devant un poupin ; il n’est pas censé ressentir quoi que ce soit en serrant contre lui son enfant. Pour tout cela, la mère suffit, n’est-ce pas ? L’autre, qu’il chasse ses mammouths et nous laisse tranquilles.

Peut-il alors avancer le désir de voir le foyer animé par la présence d’enfants, de les voir grandir, de transmettre quelque héritage de foi, d’expérience, de culture, d’histoire familiale, d’amour ? Nenni, ce n’est pas intéressant tout cela. Socialement, c’est vide de sens. Lorsque je me suis risqué à un tel partage, je me suis heurté, au mieux, à une incompréhension polie. Tout cela est si loin des préoccupations de notre temps. Lorsque les couples se recomposent, c’est généralement la mère qui assure l’essentiel de la garde : le père conserve un lien réduit à la portion congrue, satellisé à bonne distance autour du néo-foyer : sa présence durable, continue, apparaît superfétatoire. On le largue, à tous les sens du terme : alors à quel rôle confondateur pourrait-il bien prétendre ? On l’attend ailleurs : on l’imagine surtout préoccupé de carrière, de salaire, de progression, plus ennuyé par les caprices de maternité de sa compagne que pleinement concerné. Répond-il qu’il n’en est rien ?

On ne le croit pas. On ne me croit pas.

Si vous avez bien suivi, cela fait quatre raisons pour que dans un couple infertile, nul n’ait l’idée d’accorder une once d’écoute au père, ou de validité à son témoignage. La première est que s’il veut des enfants, cela ne peut être que pour jouer un rôle suranné, réprouvé, de paterfamilias despotique. La seconde, que de toute façon, son désir d’enfants ne peut être que superficiel, secondaire derrière ses plans carriéristes ; la troisième, qu’un « homme un vrai » ne se plaint pas – surtout quand il n’y a pas de quoi – et la quatrième, que ses états d’âme importent peu, puisque plus personne n’accorde de valeur sérieuse au rôle du père – seuls d’abominables réactionnaires « comme ceux d’la Manif machin là » peuvent penser autrement, n’est-ce pas ?

Résumons : si les couples infertiles et souffrant de l’être se sentent déjà bien délaissés tant en société qu’en Eglise – quoique pour des raisons différentes – lorsque par miracle on leur tend le micro, ou plus simplement quelque oreille, ce qui leur suffit amplement d’ailleurs, ce ne sera jamais au père. A lui, le rôle d’invisible des invisibles. Une espèce d’impensé, d’impensable peut-être, que ce qu’il vit.

Comment, alors, recevoir les conclusions de cette première étape synodale ? Les couples ne pouvant pas avoir d’enfants n’y sont cités qu’à une seule reprise : pour conseiller de ne pas les exclure d’engagements tels que la préparation au baptême ou la catéchèse.

Certains – surtout certaines, d’ailleurs – l’ont reçu comme un timide pas en avant. Pour ma part, j’y vois un camouflet de plus, une simple recommandation du style « ils sentent mauvais, c’est vrai, mais avec un masque ou une pince à linge, vous parviendrez à les accueillir aussi ». Il suffirait de rajouter ce qu’on devine entre les lignes, et qui leur est si souvent renvoyé : « ils n’ont rien d’autre à faire de leur vie, ils peuvent donc donner leur temps », et la fête serait complète. Pour la charité, on repassera.

Il a été bien davantage question des couples que l’Eglise considère en situation de péché vis-à-vis du mariage, celle qu’elle estime, à l’heure actuelle, ne pas pouvoir accueillir à l’égal des couples « classiques ». Attention : mon propos n’est pas de juger du bien-fondé de sa règle à leur égard. Constatons simplement qu’elle s’est posé la question du bon accueil de ces couples qu’elle juge pour l’instant en-dehors des clous. Le couple marié infertile, même selon le plus rigide pharisien, n’enfreint aucune règle. Il ne déroge à aucun enseignement, il subit. Et pourtant, la question de l’accueillir lui, de les accueillir eux – ces 15 à 20% de couples maintenant – n’est toujours pas posée. Il n’y a pas de case, pas de recommandation, pas une bribe de pastorale.

Rien. Toujours l’invisible, l’impensable, l’impensé en tout cas.

Et là, une seule question : pourquoi ?

Cet accueil, aujourd’hui, repose entièrement sur des initiatives individuelles, de proches, de prêtres, plus rarement d’évêques. Heureux les couples infertiles qui ont la chance de trouver ces cœurs disponibles dispersés dans l’Eglise. Nous en faisons partie. Mais c’est justement parce que c’est une chance, et que cela ne devrait pas être une chance, que je publie ce texte.

D’autant plus que nous, couples infertiles, ne réclamons vraiment pas la lune. Nulle revendication communautaire, nul lobbying, nulle exigence à faire trembler le dogme : juste quelques mots qui garantissent que l’Eglise a remarqué notre existence. Il y a des situations plus graves, bien sûr, mais il ne s’agit pas de réclamer violons ou pathos, rien qu’un peu d’écoute, une place pour le sujet, ne serait-ce que pour les couples en chemin vers le mariage qui n’imaginent pas cette difficulté.

Et même un petit mot sur la place du père.

C’est très facile à minimiser, tout ça. Ou de tout balayer d’un « faut pas écouter les autres ». Bien sûr. Comme si l’incompréhension générale, le sentiment d’être transparent, seul avec sa souffrance tandis que l’autre étale complaisamment la sienne, ou sa révolte, étaient des situations auxquelles « il suffit de ne pas faire attention ».

Le problème, au fond, c’est peut-être ça. Le désir d’enfant de notre société est malade, et plus encore le désir de paternité. On ne sait plus si on l’a. On ne sait plus s’il est légitime. Alors, quand chez certains il crie un peu trop de ne pas être exaucé, on est désemparé. Et on l’ignore, vite, mains sur les yeux et les oreilles.

Phylloscopus inornatus

10 réponses à “J’ai envie d’être père, et alors ?”

  1. Incarnare

    Phylloscopus : ce sont les malades, plus que les bien-portants, qui ont besoin de médecin. Peut-être avez-vous moins besoin de médecin que les personnes dans les situations qui ont été au coeur de l’attention ces dernières semaines ?

    Non pas que vous ne souffriez pas et que cette douleur ne mérite pas d’être reconnue, écoutée. Mais cette douleur ne remet pas en cause votre salut…

  2. Anne-Laure T

    Lorsque que cotoie un couple sans enfant, j’evite toujours d’aborder le sujet par peur de commettre une maladresse. Mais a la lecture de ton article, je me demande si parfois il ne vaudrais pas mieux de prendre le risque de la maladresse mais d’ouvrir la porte au dialogue et a l’ecoute bienveillante …

  3. Marie Coulon

    Article juste et touchant. On a envie de vous dire qu’on a envie que vous soyez père. Que vous deux deveniez parents.
    On y songera, le soir, dans nos prières et à la messe.
    Marie

  4. nicolas

    Si je voulais prolonger votre réflexion au risque évoqué ci dessus d ètre maladroit, je mentionnerai le fait que tous les hommes sont issus d une femme et que pour finir de se développer intégralement il faut l intervention d un ou plusieurs hommes dans un travail de rencontres et d échanges que l on appelle la transmission. Ce rôle de transmission s il n est pas propre aux hommes , est particulièrement fort entre les hommes de degénérations successives car d une certaine façon il transmet la masculinité et possiblement certaines valeurs qui y sont attachées : engagement, émulation, amitié, admiration, autonomie, …
    Je constate comme vous qu’Il est tout a fait singulier a notre époque que ce passage, cette transmission, ce témoignage de la masculinité soit si oublié ou dévalorisé. Le rôle du père naturel y est central mais pas exclusif. Et bien des jeunes hommes ont besoin au delà de la figure paternel d hommes qui ont du trouver leur voie pour leur transmettre de quoi est fait un homme.

    Que vous exprimiez ce desir de transmettre est un acte magnifique que nous avions finalement besoin d entendre.

    Et votre intervention souligne combien vous pouvez apporter dans la compréhension chrétienne des forces et des faiblesses de l’homme dans son développement intégral.
    Pour l heure, vous nous donnez un beau témoignage de correction fraternelle bienveillant mais ferme sur nos oublis et lacunes dans l approche habituelles des thématiques familiales. Espérant sincèrement que vous serez entendu à Rome, en France et ailleurs, je vous remercie pour votre initiative très juste. fraternellement. Nicolas

  5. Phylloscopus_inornatus

    @incarnare
    L’Eglise combat la misère, depuis ses origines. Pourtant, pauvreté n’est pas vice: si elle le fait, ce n’est pas parce que le pauvre voit ipso facto son salut menacé. On pourrait en dire autant de nombreuses autres souffrances. Cela n’a pas grand-chose à voir.
    Si les couples en espérance d’enfants ont besoin d’un médecin, ce n’est pas au même sens que les cas dont vous parlez. Et ce qui nous pose problème, à nous, ces couples, et que j’ai essayé de faire passer dans mon article, c’est que nous ne demandons vraiment pas grand-chose. En tout cas – et c’est pour cela que je me suis appuyé sur cette comparaison – le petit peu d’écoute, et de pastorale adaptée que nous attendons de l’Eglise exigerait de sa part infiniment moins que le simple fait d’ouvrir le dossier des divorcés remariés, JUSTEMENT parce que “notre salut n’est pas remis en cause” et que donc, il n’y a pas à se torturer l’esprit sur la notion de péché pour savoir si oui ou non, il faut avoir quelques mots pour accueillir cette souffrance-là.
    Vous le dites:
    “Non pas que vous ne souffriez pas et que cette douleur ne mérite pas d’être reconnue, écoutée.”
    Or, actuellement, j’insiste, il n’y a rien. Un trou. Un néant. Un “je n’ai rien à vous dire” qu’on n’oserait pas jeter à la tronche du plus endurci des pécheurs.
    Quitte à être un peu dur, je dirais même qu’une simple consigne aux prêtres d’éviter les propos qui blessent, enfoncent gratuitement, tels que ceux compilés ici: http://www.chretiensinfertiles.fr/?p=112 serait déjà une avancée. Ou même d’éviter de balancer en chaire des obus de 400 du genre “il y en a ici, j’en connais, qui n’ont pas d’enfants: et bien ce sont des égoïstes”, alors qu’on sait pertinemment que ce couple qui est ici, connu et sans enfants essaie en vain depuis 4 ans. Si, si, on en est là.

  6. Sacy

    Cher Phylloscopus Inornatus,
    Votre douleur est aussi la mienne car je la partage dans ma chair.
    L’infertilité est une épreuve immense. Une pauvreté radicale. Je le sais depuis plus de 8 ans. Et désormais rien ne pourra y changer: les spécialistes sont formels. Sauf miracle.
    Cette douleur nous rend fous certains jours, mon épouse et moi, tant la douleur est insoutenable. Alternativement ou en même temps. Elle est une brèche énorme dans mon humanité, une croix plantée dans mon coeur, une croix plantée dans mon couple. Et ça saigne. Souvent, moi l’homme de 40 ans, je pleure à chaudes larmes. Oh, le plus discrètement possible. Surtout. Pour ne pas choquer. Car un homme n’a pas le droit de pleurer ostensiblement. C’est une insulte à sa virilité. C’est aussi, pour certains qui ne comprennent rien, une insulte à l’Espérance. Parfois aussi, le soir dans la nuit, j’hurle à m’en briser la voix pour les jours suivants. Là, au moins, mes cris sont couverts par le bruit des voitures. Le seul qui entende, c’est Jésus. Et c’est vers Lui que monte mon cris. Car pour Lui, je suis un pauvre, dépouillé d’une partie de mon humanité; ma fécondité naturelle est crucifiée.
    Le relativisme de la “bien-pensance” catho (pardon pour ce néologisme) des autres ou de ma propre conscience (fruit d’une éducation “parfaite” = surtout ne pas se plaindre) me rappelle qu’il y a de pires souffrances: la maladie, le handicap, la pauvreté, la famine, la mort d’un enfant… C’est l’immense tentation y compris (surtout?) chez les cathos: de quoi vous plaignez vous, vous êtes en pleine santé, votre femme vous aime et vous avez un bon job? Quel manque de Foi car reconnaitre notre souffrance, c’est regarder face à face la croix dans la certitude de la résurrection. Avoir peur de notre souffrance, c’est ne pas croire que Jésus sera Vainqueur.
    Ces réactions et absences de réaction – qui nous rendent fous de rage, ma femme et moi, nous qui sommes blessés au plus profond de notre chair et de notre intimité – est l’illustration de cette “échelle de la souffrance”que les bien-pensants ont créé. Cette échelle est une sombre connerie. Dans le magnifique livre “2 petits pas sur le sable mouillé”, Anne-Dauphine Julliand (mère de 2 filles atteintes d’une maladie dégénérative; l’1 est décédée) le dit: rien de pire que la comparaison des souffrances. Dieu lui même juge t-il et compare t-il? Absurde. Alors, pourquoi nous? Elle dit aussi sa douleur immense de voir sa meilleure amie renoncer à lui parler de ses échecs sentimentaux car cela lui semble dérisoire à côté de la mort imminente de sa fille… C’est la double peine. A celle de notre souffrance s’ajoute celle provoquée par la PEUR de nos amis, nos familles, nos paroisses. Mais, malgré la blessure béante que nous portons en bandoulière, nous sommes des êtres vivants. Et pour rester des vivants, il ne faut pas nous épargner. Les petites et les grandes souffrances des autres font partie de la vie, de notre vie. Nous les épargner, c’est faire de nous des morts vivants.
    Pourquoi est-ce si dur d’être inféconds dans nos ctés chrétiennes? Parce que nos clercs répètent en boucle (notamment dans les prépas au mariage) ce “dogme”: la finalité du mariage, c’est la fécondité. Unissez-vous et multipliez-vous. On se sent donc un peu coupable (ah, cette fameuse culpabilité chrétienne!) de ne pas obéir à notre Sainte Mère l’Eglise. Quel est son discours alternatif? Réponse: La fécondité spirituelle. Vous demandez alors: Comment? Eux: heu….
    Par pitié, arrêtez cette hypocrisie. Le temps est venu d’être simple. Simple, humains, aimants et miséricordieux, de se laisser traverser par l’Esprit Saint. De se risquer plutôt que de nier. De gaffer plutôt que le silence de mort répété.
    Je crois que nos communautés chrétiennes ont PEUR de la CROIX. Chacun se “claque mur”pour éviter d’avoir mal et de faire mal.
    C’est vrai, je constate aussi comme vous que, trop souvent, notre clergé préfère investir là où c’est rentable et là où les fruits sont visibles et mesurables: oh, quelle belle paroisse avec toutes ces si belles familles nombreuses! Les veaux d’or de nos Ctés chrétiennes sont trop souvent l’efficacité pastorale… et la facilité. Il en résulte un certain assèchement des coeurs. Le pauvre – que Jésus est venu aimer et sauver – est rejeté à la périphérie.
    Mais, je voudrais aussi témoigner du magnifique cadeau que nous a fait un prêtre, traversé par l’Esprit Saint: nous proposer de devenir tous les 2 Chefs d’un groupe scout SUF pour exercer notre maternité/paternité spirituelle. Jamais, nous le couple infertile n’aurions osé. Cela n’annule pas notre infertilité mais cela l’a transformé et fut une source de Joie Immense, pendant qqs années. Oui, l’Eglise et ses prêtres doivent sortir de leurs ornières et prendre enfin des risques car elle frise trop souvent la sclérose et le contre témoignage en laissant sur les bas côtés ceux qui souffrent mais ont soif de Dieu.
    A nous, couples infertiles, d’aider cette Eglise parfois peu miséricordieuse et dominée par le modèle de Famille idéal, à se rendre proches des pauvres. De tous les pauvres.
    A Nicolas: oui, il existe dans les ctés nouvelles des lieux spécifiques d’accueil, d’écoute aimante des couples infertiles: Cté de l’emmanuel, Chemin Neuf…

  7. Phylloscopus inornatus

    Cher Sacy,
    Que dire, sinon merci pour ce poignant témoignage.
    Je relie la proposition qui vous a été faite d’encadrer un groupe de scouts à celle que nous a fait notre paroisse de nous investir dans la préparation au baptême. Au départ, nous nous étions proposés pour aider le groupe de préparation au mariage. Les responsables nous en ont dissuadés en disant qu’il fallait de préférence des couples bien plus âgés, ayant plus de vécu (eux-mêmes ont 20 ans de mariage), mais nous ont immédiatement re-routés, si j’ose dire, vers l’équipe baptême. Et comme il était bien évident que, même n’ayant pas encore d’enfant, nous avions depuis longtemps réfléchi à la question, cela n’a posé aucun problème à qui que ce soit. Mais nous avons la chance d’être dans une paroisse où sur le sujet, il n’y avait pas d’autres murs entre nous et les autres familles que ceux que nous avions laissé nous-même grandir, restant isolés, nous sentant mal à l’aise face à tous ces bébés. La situation la plus courante est, malheureusement, qu’il ne suffit pas que le couple infertile lui-même passe outre l’exclusion qu’il ressent pour la faire tomber: il constate trop souvent qu’il est réellement exclu par les autres (suspecté d’égoïsme ou d’on ne sait quelle tare en faisant un couple de mauvais chrétiens). C’est là que la pastorale devrait entrer en jeu et qu’elle ne le fait pas, et c’est là que le document synodal, qui conseille à peine d’accueillir ces couples du bout des doigts et la pince à linge sur le nez, se montre calamiteux.
    C’est là, alors, que des groupes tels que celui qui se réunit sous l’égide de la paroisse Sainte-Colette à Paris XIXe prennent leur importance. Mais pas mal de couples concernés se refusent à les rejoindre par peur d’y trouver des réunions lugubres où chacun ressasse sa souffrance, alors que c’est tout le contraire. Hélas, je dis “des groupes tels” mais il n’y en a pratiquement pas d’autre. Quelque chose tente de démarrer sur Lyon sous l’égide du diocèse. Mais c’est très difficile à lancer, nous en avons fait l’expérience…

  8. Nelson

    Quel terrible problème vous exposez là! Ce que je comprends de cet article, de la lettre ouverte aux pères synodaux, et des autres articles en orbite autour de ce sujet central, c’est que “nous” ne savons rien de votre situation. Nous, qui n’avons pas de problème d’infertilité, soit que nous ayons de enfants, soit que nous ne soyons pas mariés (à commencer de fait par tous les prêtres), n’avons jamais imaginé dans quelle situation de détresse vous êtes.

    J’ai lu cette plainte il y a maintenant plus d’un an, pour la première fois, sur le blog (absolument pas catho) d’une jeune médecin généraliste. Elle exposait la peine de son couple comme un cri de souffrance qu’elle ne parvenait plus à contenir. Je crois que c’est la seule fois où j’ai entendu un témoignage “direct” à ce sujet.
    Il est temps de faire la lumière sur cet état. Peut-être même avant d’avoir une parole unifiée de l’Église pour soutenir les couples en espérance d’enfant, pourrait-on entendre et transmettre une parole de couple en espérance d’enfants voire de couples qui n’espèrent plus car leur âge ne leur permet plus. Un témoignage qui viendrait des couples infertiles pour sensibiliser ceux qui n’y sont pas confrontés, voire, en amont, auprès des couples qui préparent au mariage pour faire connaître cette situation qui n’est plus rare.

    Une petite pensée pour l’ancien testament où la plupart des histoires et surtout les histoires d’amour véritables entre un homme et une femme qui se choisissent en vue de cheminer sur la voie de Dieu passent par une stérilité !

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