Dans le monde sans en être

Edito : un Royaume uni dans la diversité

No. En deux lettres, les Ecossais ont refusé de devenir les citoyens d’un «pays indépendant». Certes ce fut à une courte majorité, mais la participation a été importante et il sera maintenant difficile de remettre en cause ce choix historique.

Mais le «No» des Ecossais s’est fait en connaissance de cause : le gouvernement de David Cameron leur a promis une «dévolution maximale», autrement dit des compétences supplémentaires au Parlement écossais. La Grande Bretagne deviendrait-elle un Etat fédéral ? Peut-être. Ce qui est certain c’est que David Cameron s’inscrit dans la suite des réformes de Tony Blair de 1999. Ce dernier avait permis à l’Ecosse, au Pays de Galle et à l’Irlande du Nord d’avoir des Assemblée locales avec des compétences plus ou moins élargies. Il s’agissait pour Londres de reconnaître l’existence des fortes identités des peuples de ces contrées. Une décentralisation à l’Anglaise, c’est-à-dire qui s’appui sur les réalités historiques et culturelles. La Grande Bretagne est un Royaume uni, certes, mais il est uni dans la diversité.

L’exemple écossais ne manquera pas de faire des émules. Durant la campagne référendaire, on craignait qu’une victoire du «Yes» donne des ailes aux séparatistes Catalans, Basques, Galiciens, Flamand etc… Mais finalement, le «No» aussi peut donner des ailes aux défenseurs des régions. Il révéle que la tendance de notre époque est à l’affermissement des pouvoirs régionaux, et à la construction de ceux-ci sur une base historique et culturelle. L’Ecosse est un pays très ancien, qui a une très forte culture, tout comme la Catalogne, le Pays Basque et d’autres régions d’Europe.

Mais le salut de ces régions n’est pas forcément dans le séparatisme. Les Ecossais ont envoyé un message clair avec le “No” : une Ecosse autonome, consciente d’elle-même, oui ! Une Ecosse indépendante, séparée totalement de Londres, No ! Et ce raisonnement se retrouve dans beaucoup de régions à fort particularisme. A l’heure de la mondialisation, nous ne pouvons plus nous permettre d’être seuls, car l’isolement conduit à la faiblesse : alors que nous construisons une Europe plus unie pour qu’elle soit plus forte, nous n’allons pas défaire des Etats. Les régionalistes ont donc bien compris que leur région n’avait pas intérêt à se séparer de son pays, mais qu’elle devait plutôt s’affirmer en son sein et au sein de l’Europe.

En revanche, il est aussi temps de repenser la notion de région… En pleine réforme territoriale, la France ferait bien de regarder vers l’Ecosse. Le gouvernement envisage de découper nos régions pour bâtir de «grandes régions européennes», économiquement performantes, efficaces… Le découpage proposé est très technocratique et les réalités historiques sont rarement respéctées. Par exemple la Bretagne n’est pas réunie avec la Loire Atlantique, l’Alsace est diluée dans le grand-est Champagne-Lorraine-Alsace, quant à l’Auvergne, elle se retrouve collée à Rhône-Alpes… Nous pourrions aussi ajouter l’exemple de la Savoie, dissoute elle aussi dans Rhône-Alpes-Auvergne.

Le gouvernement veut créer de toutes pièces de grandes régions européennes qui n’ont jamais existées, alors que dans les autres Etats européens, les régions ont un découpage historique vieux de plusieurs siècles. Il suit une définition abstraite de la région, chose impensable en Grande Bretagne, Espagne ou Allemagne pour ne citer que ces Etats. Le courant de décentralisation qui est à l’oeuvre en Ecosse va dans la bonne direction, celle de l’affirmation des “petites patries”… alors que notre réforme territoriale va dans le sens d’une abstraction qui conduit à la recentralisation. La France prend une mauvaise direction, les régions à forte identité ne tarderont pas à le lui faire savoir…

Charles Vaugirard

Dans l’esprit de cet article : mon intervention sur le Blog-note de Radio Notre Dame (2’04”) au lendemain du référendum en Ecosse.

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