Dans le monde sans en être

Fuir la facilité

twitterLes réseaux sociaux sont d’une efficacité redoutable. Vous vendez votre vieux baladeur, vous recherchez un covoiturage urgent, vous annoncez une naissance, vous vous faites pirater… Tout le monde (concerné ou non) est au courant dans la seconde. Au quotidien, il est clair que l’internet social a son utilité. Mais quand on touche au domaine politique, le faux pas n’est pas permis. Twitter, surtout, regorge de politiciens en herbe qui ne manquent pas une seule déclaration de tel ou tel ministre, quand ils n’épluchent pas le moindre de ses déplacements. Cette circulation continue d’informations permet de croiser les sources, de faire bien souvent la part des choses, d’avoir accès à des médias qui ne sont pas ceux de la pensée officielle, au détail qui change tout, etc. Ils permettent même à chacun d’y aller de son petit commentaire et de sa petite analyse. Plus aucun aspect d’une loi, d’une décision de justice ou d’un fait divers ne vous échappe, vous avez toutes les cartes à votre disposition pour vous faire votre idée. Il suffit de quelques clics bien placés, et voilà des flots d’information qui vous parviennent instantanément.

Et la charité ?

Et pourtant, en plus de saturer nos cerveaux d’informations à intérêt variable, les réseaux sociaux sont d’une efficacité quasi-nulle dans un domaine en particulier : la charité. Nous avons tout à portée de clavier, sauf l’essentiel. On pourrait objecter que Facebook, par exemple, permet de donner des nouvelles à des amis éloignés géographiquement. On pourra répondre qu’une lettre en fait tout autant, avec ceci en plus qu’elle fera beaucoup plus plaisir à son destinataire et qu’elle aura l’avantage de l’effort. Les messages Facebook, les textos, aussi, sont des solutions de facilité qui nous placent en-dehors de la réalité. Ils se subissent, dans le sens où un SMS est envoyé quand on a du temps à perdre, qu’il ne demande que quelques secondes d’attention, et dans le sens où une conversation sur un tchat ne s’initie que parce que l’autre est connecté. De la spontanéité, certes, mais pas de réelle charité, ou si peu. Un appel ou une lettre, qui demandent du temps et un minimum d’attention, fortifieront toujours mieux des liens amicaux ou fraternels qu’un message instantané et décidément trop facile à envoyer.

Au niveau politique, c’est un peu la même chose. Les réseaux sociaux sont, en ce qui concerne la politique, des machines à fabriquer et véhiculer des scandales, qui n’ont bien souvent que peu d’importance et qui nous éloignent toujours plus de notre premier devoir : aimer. En politique aussi, l’important est d’aimer. Les calculs, l’efficacité ne sont pas ce qui importe le plus, et nombre de catholiques se lancent dans l’arène en paraissant oublier qu’ils s’adressent à leurs frères, aussi assoiffés de Bien et de justice qu’eux parce que c’est ce que tout homme recherche. Ils peuvent être dans l’erreur, ils n’en sont pas moins respectables et les attaques lancées par certains catholiques contre tel ou tel responsable ou militant politique adverse laissent bien souvent songeur. Surfer, commenter, attaquer, contre-attaquer ne mènent souvent qu’à l’amertume et n’aident ni à comprendre, ni à aimer. On perd à la fois son temps, et quelque part son âme. Là aussi la contre-attaque, quand on jouit d’un certain sens de la répartie, est la solution de facilité. Trop rapide pour être mûrie, ni respectueuse.

Garder la tête froide et le cœur chaleureux

Fuir les réseaux ? Envoyer un mail à chaque contradicteur, en l’assurant de ses prières ? Pourquoi pas. Une partie du temps passé sur lesdits réseaux suffirait largement. En tout cas, faire un tri, garder la tête froide et le cœur chaleureux. Retrouver les bienfaits du silence et des rencontres réelles, charnelles. Garder du temps pour se former, mais aussi pour prier. Pour soi et pour les autres, pour ses frères de lutte comme pour ses contradicteurs, surtout les plus virulents. Mais aussi dans la communication, quand elle a lieu, craindre les non-dits et s’assurer d’une bonne compréhension de ce que nous avons à dire, ainsi que des références et des présupposés de la personne d’en face. Une phrase toute simple revient souvent sur les lèvres de Tugdual Derville, qui ne manque d’ailleurs pas de lui attirer le respect d’une bonne partie de ses contradicteurs : « mettons-nous d’accord sur nos désaccords ». C’est aussi une façon de s’assurer d’entamer un débat, n’importe lequel, dans une attitude de bienveillance mutuelle. Là où règne une recherche de compréhension de l’autre, la rancœur n’a plus sa place.

Les réseaux sociaux arrivent même à produire l’effet inverse de celui escompté, même quand il part de la plus noble des intentions. Un exemple : la situation des chrétiens d’Irak a donné lieu à des règlements de compte entre internautes sur une prétendue indignation à géométrie variable de la part des catholiques, ou sur l’ignorance de la classe politique, quand la seule information importante était que des gens souffrent et qu’il fallait prier pour eux (il faut toujours). Il faut aussi prier pour leurs persécuteurs et, d’ailleurs, cela invaliderait l’argument de l’indignation sélective, en plus d’être tout simplement une demande du Christ Lui-même. Mais il n’est rien de moins naturel que le pardon. Prier pour ses ennemis ne sera jamais une chose facile. Nous avons toute une vie pour y travailler. Et si on commençait dès la rentrée ?

Heront

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