Dans le monde sans en être

PMA pour personne ?

PMA Libé« […] l’acte de l’amour conjugal est considéré dans l’enseignement de l’Église comme l’unique lieu digne de la procréation humaine. [Si] l’intervention médicale se substitue techniquement à l’acte conjugal pour obtenir une procréation qui n’est ni son résultat ni son fruit : dans ce cas, l’acte médical n’est pas, comme il le devrait, au service de l’union conjugale, mais il s’en attribue la fonction procréatrice et ainsi contredit la dignité et les droits inaliénables des époux et de l’enfant à naître. » Donum Vitae, 1987

« L’Eglise considère comme inacceptable au plan éthique la dissociation de la procréation du contexte intégralement personnel de l’acte conjugal » Dignitas Personae, 2008

La médecine est parfaitement dans son rôle lorsqu’elle cherche à soigner l’infertilité. Nombre de traitements et procédures médicales, chirurgies, médicaments utilisés pour venir en aide aux couples infertiles ne posent pas l’ombre d’un problème moral. Il est donc inexact de dire que l’Eglise s’oppose à l’assistance médicale à la procréation (ou procréation médicalement assistée, PMA) au sens littéral, et large, du terme. En fait, seules deux techniques relèvent de la dissociation entre l’union sexuelle et la procréation : l’insémination artificielle, et plus encore la fécondation in vitro (FIV), où des embryons sont  conçus hors du corps de la femme. La dissociation est encore plus aigüe lorsque l’enfant est conçu avec les gamètes d’un tiers, mais ce cas est très minoritaire (moins de 5% des PMA). La pratique médicale fait aujourd’hui une place centrale à la FIV à cause de son efficacité supérieure à celle d’autres protocoles ; celle-ci est proposée à des couples toujours plus nombreux.

Le débat du mariage pour tous a fait exploser l’usage des lettres « PMA ». Slogans et raccourcis nous ont habitués à ce que, lorsqu’on se déclare « opposé à la PMA », il s’agisse en général d’une opposition à la PMA pour les couples de femmes. Techniquement, ce serait des inséminations ou des FIV avec les spermatozoïdes d’un tiers donneur anonyme, donnant lieu à la naissance d’enfants légalement sans père.

Mais la pratique déjà existante de la PMA, elle, est restée un des angles morts du débat. Ambiguïté que les partisans des revendications LGBT n’ont pas manqué de relever, et qu’ils ont perçu comme une hypocrisie et une injustice. Peut-être doit-on leur donner en partie raison sur ce point-là.

Il faut dire que le monde catholique est très mal à l’aise sur le sujet. Nous connaissons tous des familles dont les enfants sont nés par FIV – ils représentent environ 3% des naissances.  Devant les visages de ces enfants, de ces époux délivrés de la stérilité et rendus à leur vocation naturelle de parents, il semble impossible de tenir que le geste médical à l’origine de ces vies ait été moralement illicite. Demanderait-on à ces parents de regretter la naissance de leurs enfants ? Veut-on dire qu’il aurait mieux valu que ces enfants ne soient pas nés ? Les familles catholiques qui ont eu recours à la FIV se trouvent souvent dans la perplexité voire la colère vis-à-vis d’un enseignement qui semble vouloir dire que leurs enfants auraient dû ne pas naître. Etonnante difficulté pour une Eglise qui est par ailleurs connue (et souvent moquée) pour sa défense de la vie avant la naissance et du droit des plus faibles à naitre.

L’instruction Donum Vitae se concluait sur un appel aux théologiens et aux moralistes pour approfondir cet enseignement, son sens et sa portée. On ne peut que regretter que cet effort de réception soit resté pour le moins… embryonnaire. Dans l’ensemble, les catholiques, clercs comme laïcs, intellectuels, militants ou ordinaires, gardent à ce sujet un silence assourdissant. Ou pire…  certains déblatèrent sur les « caprices » des couples en mal d’enfant, sur la tentation de l’enfant « à tout prix », comme si le désir d’enfant était plus pur chez les couples fertiles que chez les couples infertiles. D’autres en appellent à un naturalisme éthique qui n’a rien de chrétien, opposant une fécondation spontanée, supposée conforme à la « volonté de Dieu », à des interventions techniques qui seraient contre-nature et démiurgiques – à ce compte-là, il faudrait arrêter toute médecine.  Autant de propos qui obscurcissent le message magistériel au lieu de l’étayer.

Seule une très petite minorité des couples confrontés à cette question font le choix de refuser la fécondation in vitro. Ceux-là font face, en général, à un corps médical et à un entourage qui ont de la peine à comprendre les objections éthiques, et qui ne les soutiendront pas dans un choix qui semble absurde. Ils sont bien seuls pour porter le poids de leur décision, et la souffrance de la stérilité qui perdure.

Le non-recours à la fécondation in vitro semble intenable, dans l’immédiateté des souffrances de la stérilité. Le problème s’éclaire différemment si l’on pose un regard plus large, tant sur le plan personnel que sur le plan social.

Partout dans le monde, le recours à la FIV ne cesse de s’élargir, et il tend à oblitérer d’autres approches médicales face à la stérilité. Toujours plus de pays libéralisent son usage pour des situations éloignées du contexte naturel, relationnel et sexuel, de la procréation humaine, femmes âgées, femmes seules, couples de même sexe. Le tri des embryons s’élargit aussi, des maladies graves aux maladies bénignes, puis aux simples préférences parentales. Dans un souci d’efficacité, on adopte une logique productiviste, et les embryons surnuméraires, de plus en plus assimilés à  un simple matériel, sont congelés, puis détruits ou donnés, en fonction de leur « qualité ».

Bien des personnes de bonne volonté reconnaissent que ce sont là de graves problèmes, mais estiment qu’ils sont sans rapport avec le cas du couple souffrant de stérilité qui réalise une FIV « simple », avec ses propres gamètes, sans destruction ni abandon d’embryons – car c’est possible, et des couples, notamment catholiques, ont ce souci. Refuser la FIV au motif de ces dérives, ce serait… jeter le bébé avec l’eau du bain.

Pourtant, aucune société ne semble avoir réussi à poser des limites légales satisfaisantes et stables dans le temps. Car la fécondation in vitro crée toujours une situation de domination, d’excès de pouvoir sur les embryons : hors du corps de la femme, ils sont soumis, pour la simple poursuite de leur existence, à la volonté d’une équipe médicale, de leurs parents, et finalement de toute la société. Cette situation est intrinsèquement injuste, même si elle se résout finalement sans  dommage matériel (on doit s’en féliciter), quand les embryons sont réimplantés dans le corps de leur mère.

Pour autant, les graves dérives de la FIV ne sont pas des accidents ou des abus, mais les fruits logiques d’une situation qui est par elle-même injuste, celle de ces embryons, êtres humains, dans une éprouvette.

Alors oui, le Magistère est, sur ce point, crédible, et peut-être prophétique. La vraie, juste et bonne médecine pour tous, mais la FIV pour personne. 

Elke

3 réponses à “PMA pour personne ?”

  1. Josset

    Autant le texte dans sont ensemble est intéressant, autant les trois derniers paragraphes sont consternants. Ni logiques, ni véridiques.
    Tout ce passe comme si l’auteur, effrayé de ses propres raisonnements relativement critiques sur la “position” actuelle exprimée a priori par l’Eglise, refusait la conclusion logique de ses propres propos.
    Hors du corps de la femme comme au-dedans, les embryons sont TOUJOURS soumis, pour la “simple” poursuite de leur existence, à diverses volonté, dont le corps social.
    Et en quoi, pour un malade – et pour un bien portant -, se soumettre à la volonté de qui tente de le soigner (de s’occuper de lui en charité et fraternité) serait une situation “intrinsèquement injuste” ? Vraiment n’importe quoi ! Dommage, car ça partait bien.

  2. FORTIER Line-Marie

    Que de discours pour des choses simples et humaines. Je n’ai pas pu garder un seul enfant plus de 4mois dans mon corps. A l’époque on ne les enterrais pas, ni les baptisait. Je me souviens d’avoir crié, pleuré “elle s’appelle Guillemette” 1976…au coeur d’un été torride. Elle avait sa petite forme humaine. J’aurai bien voulu une FIV , PMA, ou autre chose mais on n’en parlais pas. A l’époque je me suis soumise à la volonté de Dieu. En 1986, dernière chance pour moi, j’ai refusé une aide,ça ne me semblait pas moral, meme en dehors de la foi. Bon, en 2011 j’ai aidé ma filleule, seule car abimée par une brulure au visage dans l’enfance, à avoir un enfant en Espagne. La double, voire la triple peine pour elle??? JAMAIS. Ce fut ardu mais elle a Juliana, 4ans, fan des puzzles et de la reine des neiges. Elle n’a pas de père, certes, et c’est dommage.Mais je ne regrette rien, sauf peut etre de la voir très peu ainsi que sa mère…Tant pis. J’ai aidé à donner la vie. Si Dieu me punit…ON VERRA.

  3. limpertinent

    l’Eglise est cohérente. Le catéchisme (§2377) souligne toutefois le caractère “moins préjudiciables” des techniques artificelles si “pratiquées au sein du couple”, mais si elles demeurent jugées “moralement irrecevables”. Toutefois, cette position mériterait d’être affinée. Mettre l’IA sans donneur et la FIV sur le même plan est extrêmement discutable. Certes il y a dissociation, mais il n’y pas de tri ni de sélection d’embryons dans le cas de l’IA. Plus largement, le catéchisme gagnerait en outre à souligner à quel point l’engrenage de l’AMP annihile souvent la volonté du couple, sous la pression du corps médical en recherche d’efficacité et de performance. De la simple stimulation, cette recherche dela performance amène à faire pression sur le couple pour l’obliger à tomber dans laes techniques articifielles alors qu’elles ne sont pas nécessaires et pourraient permettre de conserver l’entièreté de l’acte conjugal.

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