Dans le monde sans en être

La vie, une question de société

Fin-de-vieIl est difficile d’écrire un article sur les affaires Vincent Lambert et Bonnemaison après les très beaux textes de ces derniers jours. Le père Brice de Malherbe, l’abbé Grosjean, Monseigneur Aupetit ou Alliance Vita ont déjà tout dit. Mais sans commettre de répétition, ces tristes décisions de justice nous interpellent sur un point précis : sur quels fondements repose notre société ?

J’ai l’intime conviction, en citoyen, qu’une société est construite sur la confiance.

La confiance dans une Justice qui est au service des hommes, du plus faible, de la victime. La confiance dans un Etat qui sert le bien commun et donc tous les hommes et qui respecte les droits fondamentaux des hommes. Les Droits de l’homme ne sont pas un vain mot et le premier de ces droits est celui de vivre. Et ces droits essentiels sont garantis par l’Etat et surtout par la Justice. L’homme, a plus forte raison quand il est faible, a donc un défenseur : la Justice et donc l’Etat.

La confiance aussi envers un corps médical qui est là pour guérir le malade quel qu’il soit. Le serment d’Hippocrate est un des plus grands textes de notre civilisation, sur lui repose la relation de confiance entre le malade et son médecin. Le plus faible a ainsi un protecteur inconditionnel : le médecin.

Or, ces deux décisions nous renvoient vers une autre réalité : un médecin ou un hôpital peut donner la mort, sans le consentement du malade, et avec l’assentiment de la Justice.

Certes, ces décisions ne feront peut-être pas jurisprudence et il faut les replacer dans leur contexte. Mais le fait est là : le Conseil d’Etat a décrété la mort de Vincent Lambert et la Cour d’Assise a acquitté le docteur Bonnemaison.

Devant ces faits, nombreux sont ceux qui ont osé la comparaison avec un tribunal condamnant à la peine de mort. C’est audacieux mais c’est juste : en 1981, la peine capitale a été abolit et donc la mise à mort ne pouvait plus être décidée par la Justice. La vie était sacrée 1Exception faite de l’avortement, hélas… et le rôle de l’Etat était de la protéger sans condition.

Aujourd’hui c’est terminé : un médecin peut tuer son patient sans son accord, il n’aura qu’à avancer l’argument de la « compassion » pour être blanchi. Argument facile, puisque le seul témoin des faits sera mort.

Personne n’est dupe, entre deux compatissants sincères pourra bien se cacher des euthanasieurs moins innocents… Mais peu importe puisque l’acquittement est maintenant possible, en attendant de nouvelles lois qui consacreront ces pratiques macabres…

Le pacte de confiance qui cimentait notre société est entamé : les malades auront-ils encore confiance en leur médecin ? Ne verront-il pas en lui un homme prêt à les empoisonner dans leur perfusion ? Les familles des personnes dans le coma feront-elle confiance en l’hôpital ou bien vivront-elle dans l’angoisse d’une euthanasie passive par arrêt de l’alimentation ?

Et pourrons-nous avoir encore confiance en la Justice ?

J’en doute.

Charles Vaugirard

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Notes :   [ + ]

1. Exception faite de l’avortement, hélas…

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