Dans le monde sans en être

Et si on en finissait avec le Jacobinisme ?

Carte Vidal-Lablache des provinces françaisesIl y a de vieilles idées qui ont la vie dure. Au lieu de les éclipser comme il se devrait, on les entretient avec une forme de fatalisme, un “inéluctabilisme” qui fait appel à “la culture du pays” quand il ne s’agit pas du “sens de l’histoire”. Comme si les nations étaient prisonnières de données immuables et privées du droit d’agir sur leur destin…

Parmi ces vieux marronniers on retrouve ce bon vieux jacobinisme 1Courant de pensée défendant une France fortement centralisée sur Paris avec très peu de pouvoirs locaux., ce centralisme tricolore toujours prêt à pousser son cocorico de triomphe à la fin de chaque débat sur la décentralisation.

Le texte de Pascal-Emmanuel Gobry sur Atlantico est assez instructif sur ce sujet. Je ne partage pas son postulat pro-centralisation, même si son analyse ne manque pas d’intérêt. Que dit-il ?

“Et après tout, c’était prévisible : on le répète avec raison, l’histoire de France la rend unique à cet égard. La France s’est construite par l’émergence d’un pouvoir central, au point qu’on puisse presque dire que l’histoire de France est l’histoire de la centralisation.”

Et il conclut :

“Si la décentralisation ne marche pas, au fond, c’est parce que les Français n’en veulent pas.”

Pour proposer ceci :

“Pour repenser la décentralisation pour le XXIe siècle, il faudrait alors fusionner les communes des agglomérations, et transférer à cet échelon les compétences des départements et régions (les grandes villes de Paris, Lyon et Marseille regroupent déjà les compétences communales et départementales et s’en sortent très bien 2NDLR : les villes de Lyon et Marseille n’ont pas encore de compétences départementales. Elles en auront prochainement dès la mise en place de leurs métropoles ) . Les milieux ruraux resteraient gérés comme aujourd’hui, avec fusion des intercommunalités et transfert des compétences régionales aux départements, les régions étant supprimées.”

L’idée pourrait sembler intéressante, mais elle soulève plusieurs objections :

La centralisation n’est pas une fatalité

Je doute fortement que les Français ne “veulent pas” de la décentralisation. Je crois surtout que les Français en perdent leur latin. Communes, intercommunalités multiples pour un seul territoire, départements, régions… C’est compliqué, la couverture médiatique des décisions prises dans ces instances est faible et donc le citoyen lambda ne peut rien y comprendre faute d’information… Faites le test : en lisant ce texte citez dans votre tête le nom de votre maire, des intercommunalités de votre commune (et de leur président), de votre conseiller général et d’un conseiller régional de votre département. A coup sûr vous saurez le nom du maire, mais des autres ? Le millefeuille territorial a trop d’ingrédients, on ne les reconnaît même plus et il est, avouons-le, franchement étouffe-chrétien. Mais cela suffit-il à dire qu’on n’en veut pas ? Non. Car les Français ne veulent pas non plus que les décisions politiques soient prises à Paris et relayées par des fonctionnaires d’Etat. Il tient à la proximité, à sa région, à son pays (Pays dans le sens de bassin de vie, de territoire infradépartemental). La réponse n’est donc pas dans une nouvelle centralisation, ni dans la fin des régions. Mais plutôt dans une profonde réforme rendant visible et efficace la démocratie locale.

Fusionner les communes des agglomérations et créer des villes-départements n’est pas non plus une solution

L’idée peut sembler séduisante, mais elle peut créer d’autres problèmes : aboutir à une recentralisation au niveau de l’agglomération. Le pouvoir municipal s’éloignerait un peu plus du citoyen. Ce n’est pas forcément bon pour la démocratie locale. Quant aux villes départements, cela fonctionne très bien à Paris et fonctionnera sans aucun doute pour les métropoles de Lyon et Marseille. Mais pour les autres agglomérations ? Le risque est qu’elles soient trop petites pour pouvoir gérer toutes ces compétences. Certes ce projet peut se défendre pour certaines grandes villes (Bordeaux, Toulouse etc) mais pour la plupart des agglomérations il y aurait trop de missions pour des structures trop faibles. Ce projet implique aussi d’autres variables comme par exemple le périmètre de ces métropoles : ainsi celle de Lyon, bien que riche et peuplée, a un territoire plus petit que son bassin de vie, l’aéroport de Saint-Exupéry n’étant même pas intégré dedans… C’est dommage car cela aurait du sens si elle regroupait l’intégralité de son aire urbaine.

Ville ou commune ?

Dire “La ville est donc à la fois l’échelon local historique français, et l’échelon local de l’avenir !” n’est pas faux… à un mot près : ce n’est pas la ville qui est l’échelon local historique, mais la commune. Le lieu de vie le plus proche des familles, le lieu où l’on habite, où l’on travaille est la commune qui peut être une grande ville, une ville moyenne, un bourg ou un village. Certes la majorité des Français habite les villes, mais n’oublions pas tous ceux qui vivent dans les villages. Et les communes rurales ne sont pas des no man’s land abritant des personnes âgées ou des hippies en quête de retour à l’état de nature. Il y a aussi des familles, des entreprises et pas seulement des établissements agricoles. Regardez par exemple certains villages du Jura qui ont des fabriques de jouets ou de lunetterie de réputation mondiale. Nos régions rurales ont toutes des PME souvent très dynamiques et cela ne date pas d’hier : ces sociétés sont souvent anciennes.

Certaines entreprises ont aussi fermé, mais cela n’est pas dû à la désertification des campagnes : la cause est à chercher dans la crise économique, les délocalisations, bref dans la “désindustrialisation”. Cette cause est aussi une des causes de la désertification et de la paupérisation des campagnes…

Ne croyons pas que les communes rurales, les petites sous-préfectures et autres bourgs ne sont plus attractifs. La qualité de vie y est bien meilleure que dans les grandes villes. Finis les embouteillages, les loyers hors-de-prix, la vie chère, le stress et les pics de pollution. Avoir un salaire moyen et des enfants est difficile, voire impossible, à Paris et dans les grandes métropoles. Une autre vie est possible dans les régions moins peuplées… Le seul problème, je suis d’accord, reste l’emploi. Mais une politique très centralisatrice ne résoudra pas forcément ce problème et libérer les initiatives locales en donnant plus de pouvoir aux régions peut être une réponse.

Supprimer les régions : un acte de centralisme

Des régions cohérentes, pertinentes, fortes, avec beaucoup de compétences, de moyens, permettrait de contrebalancer le pouvoir central et de rapprocher la décision du citoyen. Évidemment il ne s’agit pas de créer des Länder car l’histoire de la France n’est pas celle de l’Allemagne. Néanmoins, nous pouvons créer des régions puissantes, au territoire historiquement cohérent et techniquement adapté. Les régions actuelles ont déjà beaucoup de compétences très pertinentes comme la gestion des TER ou des lycées, nous pourrions aller plus loin comme par exemple l’administration de certaines autoroutes, et les routes gérées actuellement par les départements. Une collectivité plus grande que les départements et plus petite que l’Etat peut superviser la mise en place de grandes infrastructures comme de nouveaux axes de communication. Elle connaît ses propres besoins bien mieux qu’un Etat central trop lointain, notamment les problématiques d’enclavement qui peuvent empoisonner l’activité de certaines villes ou pays.

Bref, la décentralisation est une démarche qui va dans le sens du principe de subsidiarité en permettant aux territoires d’être responsable de leur destin.

Bien sûr ce ne sera pas aisé d’en sortir après deux siècles de centralisation. Mais n’oublions pas que la décentralisation est une idée qui fait son chemin depuis très longtemps.

La décentralisation : une ancienne revendication

Il y a bien longtemps que nous parlons de décentralisation car il s’agit d’une réponse à la centralisation excessive née de la Révolution française. Soutenir que “l’histoire de France est l’histoire de la centralisation” n’est pas exact, malgré ce que semble en dire Tocqueville. L’Histoire de France, de la construction du pays par les Capétiens est davantage l’histoire de l’unification d’une territoire que de la centralisation administrative. Unification autour du roi, de la Couronne et non centralisation des administrations et des décisions. Pourquoi ? Tout simplement parce que la centralisation post-révolutionnaire est concomittante avec l’Etat moderne. L’unification capétienne repose sur une organisation féodale, ou poste féodale, qui est un assemblage de terroirs différents ayant chacun leurs règles de droit, leurs coutumes, leurs organisations propres, leur Parlement 3Parlement au sens de cour de justice, même si celle-ci avait un fort pouvoir normatif et pouvait valider certains textes de lois. L’unité de la France, qui était forte, était moins le fait d’une puissante bureaucratie que d’un lien autour d’une personne. Ce lien ayant disparu à la Révolution, l’Etat moderne l’a suppléé par une centralisation très uniformisatrice. C’est l’essence même du Jacobinisme qui nivelle le territoire et qui a conduit a supprimer des particularismes locaux et des solidarités locales pour constituer une nation marchant comme un seul homme… C’est en réaction à cette idéologie que de nombreux courants de pensée on défendu la décentralisation, la régionalisation pour une organisation territoriale plus humaine, plus proche des gens et respectueuse des terroirs. On peut citer de nombreux exemples et pas seulement des royalistes, mais aussi des Républicains. Les Girondins sont très célèbres, mais il y a aussi les premiers démocrates chrétiens. En 1848, dans sa profession de foi aux électeurs du département du Rhône, Frédéric Ozanam proposait ce que nous appelons aujourd’hui l’aménagement du territoire : “L’unité territoriale de la France est l’ouvrage de la Providence et de nos pères. Je repousse donc toute pensée de république fédérative. Mais je repousse en même temps une centralisation excessive qui grandirait encore Paris au préjudice des départements, les villes aux dépens des campagnes, et qui ramènerait l’inégalité parmi ceux que la loi rend égaux.”

Ce texte est encore d’actualité et il serait bien de s’inspirer de cette réflexion pleine de bon sens.

Plus proche de nous, la régionalisation est une idée qui a des propositions concrètes au XXe siècle et bien avant 1981. Le général de Gaulle l’avait proposée en 1969 et il voyait la région comme un échelon où participeraient les corps intermédiaires pour le développement local. Le général avait en tête l’idée d’aménagement et d’égalité des territoires et pour ce faire, il défendait un nouvel échelon territorial plus adapté. La nouvelle région aurait un conseil en lien direct avec les réalités sociales car composé d’élus municipaux, départementaux, de députés et de délégués des diverses catégories économiques, sociales et universitaires. Bref, les forces vives de la région.

Une réforme avec les corps intermédiaires et les citoyens

Pour répondre à cette centralisation, la meilleure réponse est de donner la parole aux habitants des régions. Certes, je suis bien d’accord avec PE Gobry, les trente années de décentralisation n’ont pas forcément été concluantes… Mais cela ne veut pas dire qu’il faut se résigner au centralisme. Bien au contraire, une autre décentralisation est possible. Un système plus démocratique, plus proche des citoyens et surtout plus simple. Moins d’échelons, mais des échelons aux périmètres pertinents et cohérents comme par exemple des communes fédérées en pays 4Territoires moins grands que le département, regroupant un grand nombre de communes. Les pays peuvent correspondre à certains territoires historiques mais aussi aux actuels bassins de vie. Ils forment un territoire cohérent pouvant constituer une collectivité territoriale conçue sur une version simplifiée et renforcée des actuelles Communautés de communes et d’agglomération. (ou en métropoles dans les grandes villes) en suivant le système des établissements intercommunaux et au-dessus : la région. Mais ce ne n’est qu’une hypothèse.

Pour la concevoir, je reste convaincu qu’il faut faire appel aux principaux concernés : les corps intermédiaires, les élus locaux, les chefs d’entreprise, les syndicats de salariés, les familles et les citoyens. Bref : ceux qui vivent et font vivre les territoires.

Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1. Courant de pensée défendant une France fortement centralisée sur Paris avec très peu de pouvoirs locaux.
2. NDLR : les villes de Lyon et Marseille n’ont pas encore de compétences départementales. Elles en auront prochainement dès la mise en place de leurs métropoles
3. Parlement au sens de cour de justice, même si celle-ci avait un fort pouvoir normatif et pouvait valider certains textes de lois
4. Territoires moins grands que le département, regroupant un grand nombre de communes. Les pays peuvent correspondre à certains territoires historiques mais aussi aux actuels bassins de vie. Ils forment un territoire cohérent pouvant constituer une collectivité territoriale conçue sur une version simplifiée et renforcée des actuelles Communautés de communes et d’agglomération.

10 réponses à “Et si on en finissait avec le Jacobinisme ?”

  1. Phylloscopus inornatus

    Disons-le carrément: prétendre que les Français ne veulent pas de décentralisation, eux qui reprochent depuis toujours au pouvoir central d’être éloigné d’eux et de leurs réalités, et en font désormais massivement grief à l’Europe, relève du #WTF intégral. Ou d’une vision très… jacobine: lorsqu’on est fermement convaincu que la France c’est Paris, et qu’on ne sonde pas de Français au-delà de la métropole capitale, il est normal de n’y trouver que des thuriféraires du centralisme technocratique parisio-centré; et de juger que ceux qui ne partagent pas ce point de vue ne sont pas dignes de considération.

  2. Numéro 712

    Le Jacobinisme Français est en effet un mal des élites de notre pays. Ce que l’on nomme parfois “l’énarchie”. Elle se manifeste également au point de vue économique où l’état centralisateur pense qu’il n’y a point de salut hors de son intervention ou hors de son cadre normateur / régulateur. Les exemples sont légions : organisation du temps de travail, autonomie des accords paritaires de branche ou d’entreprise, inflation des réglementations dans tous les domaines (un choc de simplification des différents Code serait le bienvenue), normalisation de plus en plus poussée des couvertures de protection sociale… 

    Pour avoir eu l’occasion de travailler sur des partenariats public/privé, ce qui me laisse le plus “pantois”, c’est la vision de l’entreprise qu’ont les fonctionnaires avec lesquels j’ai travaillé : cette impression que pour eux, les entreprises de droit privé (même lorsqu’elles ne sont pas capitalistiques), sont des “dangers potentiels” et qu’il faut les encadrer au maximum. Le plus triste c’est que j’ai eu également cette impression lors de création d’associations inter-entreprises d’aide aux plus démunis… 

  3. pepscafe

    “Je reste convaincu qu’il faut faire appel aux principaux concernés : les corps intermédiaires, les élus locaux, les chefs d’entreprise, les syndicats de salariés, les familles et les citoyens. Bref : ceux qui vivent et font vivre les territoires”.

    Absolument. Et intéressant article !
    Également à découvrir, sur le plan du fédéralisme et de la subsidiarité, et du rôle des corps intermédiaires, l’apport d’un penseur protestant original(que vous connaissez sans doute), Althusius : http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/03/21/althusius-la-politique-autrement/

    En Christ,

    Pep’s

  4. Charles Vaugirard

    @Numéro712 : Hélas le Jacobinisme ne touche pas que l’énarchie. Les grandes entreprises sont aussi très centralisées et d’une manière générale, les élites économiques sont parisiennes. En les écoutant, on a parfois le sentiment que rien n’existerait de l’autre côté du Périph.

    Sur les relations public/privé, on retrouve en France un fossé entre fonction publique et patrons du privé. Deux groupes qui se regardent en chien de faïence, se méfie mutuellement (les torts sont partagés) et qui peinent à se comprendre. L’Etat est perçu comme un enquiquineur (alors que les normes sont souvent justifiées) par le patronat ; le patronat est considéré comme suspect par les administrations.
    Il serait intéressant d’organiser un dialogue entre ces deux groupes car les deux sont des artisans du bien commun : l’un crée des richesses, l’autre garanti la sureté de tous.
    Pour le choc de simplification il est indispensable, tout le monde est d’accord, patrons et fonctionnaires (même s’ils ne le disent pas).

  5. Phylloscopus inornatus

    “L’Etat est perçu comme un enquiquineur (alors que les normes sont souvent justifiées) par le patronat ; le patronat est considéré comme suspect par les administrations.” Si l’on ajoute que salarié et employeur se considèrent respectivement, et partout (fonction publique, entreprise, ONG, tout ce qui salarie) comme des voleurs ayant comme seule obsession de profiter de l’autre, que les générations successives ont à peu près le même genre de rapport, on aboutit au tableau d’un pays où tout le monde se méfie de tout le monde, où chacun est persuadé d’être le pigeon de tous les autres… et où la “lucidité” recommanderait, du reste, de profiter des autres sans scrupule en tablant sur le fait qu’ils en feront autant à nos dépens.
    La pénurie la plus grave, la plus profonde qui existe dans ce pays, c’est la pénurie de confiance. Quiconque accorde à l’autre gros comme une graine de moutarde de confiance passe pour un consternant jobard. L’hypercontractualisation de nos relations reflète cet état d’esprit, lui aussi.
    Et l’hypercentralisation, étatique ou non, le système pyramidal à la française, en est l’apothéose. On verrouille des hiérarchies pour gérer la méfiance viscérale qu’on éprouve vis-à-vis de l’autre.
    Tant qu’on en sera là, on restera dans l’impasse. On nous propose régulièrement des modèles étrangers en oubliant de souligner que tous se basent sur un certain niveau de confiance en l’autre. La confiance est un risque que nous, seuls, nous avons décidé de ne plus prendre, au profit de la certitude de la peur et de la haine.

  6. Oscar Andino

    Je rejoins Phylloscopus sur le manque de confiance et ses conséquences sur la contractualisation de nos relations. La centralisation en est une conséquence, liée à la géographie de la France: ce territoire a besoin d’être unifié. Comme le dit Vaugirard, le roi n’étant plus là pour unifier le pays, il faut que ce soit l’administration. Et concomitamment, toutes les organisations du pays doivent suivre ce mouvement.

    Mais la racine de ce mal est la place attribuée à la Loi dans l’esprit des Lumières, sensée être la volonté du peuple souverain, ce qui conduit à une sacralisation excessive du droit comme seul moyen de régularisation de notre vie sociale, économique, politique. Je ne partage pas l’idée que “les normes sont souvent justifiées”. La régularisation est nécessaire: la normalisation traduit le manque de confiance alors que l’absence de norme appellerait un besoin de confiance plus fort. Il faut donc sortir de cette spirale infernale de la norme qui nous étouffe et nous paralyse.
    Et sans doute trouver un autre principe unificateur du pays que l’administration…

  7. Charles Vaugirard

    @Phylloscopus : “La pénurie la plus grave, la plus profonde qui existe dans ce pays, c’est la pénurie de confiance.” Tu as tout résumé. Le “contrat de confiance” nécessaire au bon fonctionnement d’une société humaine n’existe plus. Le système juridico administratif a remplacé la nécessaire confiance entre les personnes, les familles, les groupes, catégories, classes etc. Le Jacobinisme tombera de lui-même quand on remplacera ce système technique par une unité de la nation fondée sur la confiance entre de tous entre tous.

    @PepsCafé : Merci pour ton lien, je vais regarder ton article.

    @OscarAndino : Je vous rejoins en grande partie. Concernant les normes, je dirais que ce qui est nécessaire est le but poursuivi par ces normes. Pour prendre un exemple, dans notre société moderne ultra technicienne, nous cotoyons des appareils, des produits très puissants mais aussi très dangereux. Leur usage n’est pas simple, et depuis le XIXe siècle, les accidents du travail et les maladies professionnelles sont de vrais fléaux. Les normes permettent d’éviter ces drames qui, sans elles seraient inévitables. On peut citer le cas de l’amiante, des peintures dangereuses, des solvants et toutes sortes de produits dit “CMR” comme cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques. C’est un vrai problème et seule une réglementation précise peut éviter ces drames. La question qui se pose est davantage celle des moyens : comment éviter les accidents et les intoxications ? C’est certains qu’un système de contrôle répressifs, basé sur la méfiance ne sera pas très sain. Mais que faire ? Une piste peut être d’entrer dans une démarche davantage pédagogique. Après tout le patron qui emploi ces produits n’est pas un délinquant (enfin généralement, sauf quelques-uns qui emploient des trucs frelatés), c’est surtout quelqu’un qui a besoin d’être formé, aidé et conseillé. Autre piste : on impose à l’employeur des équipements spéciaux (légitimes question sécurité), mais ils coûtent très chers… une aide financière de l’Etat se justifierait, et là on passerait d’un Etat gendarme à un Etat partenaire. Mais ce ne sont que des hypothèses.

  8. Henry le Barde

    “Disons-le carrément: prétendre que les Français ne veulent pas de décentralisation, eux qui reprochent depuis toujours au pouvoir central d’être éloigné d’eux et de leurs réalités, et en font désormais massivement grief à l’Europe, relève du #WTF intégral.”
    Moui, balayer ça d’un # laconique me semble rapide. Un enfant qui reproche à ses parents d’être éloigné de lui et de ses réalités, rejette-t-il pour autant le fait d’avoir des parents ? Il me semble que les griefs des Français envers leur Etat central provient plus, au contraire, d’une attente déçue.
    Il suffit de voir que chaque élection locale, pour ceux qui daignent aller voter, n’est plus qu’un référendum pour ou contre la politique… nationale.
    Donc pour le coup, je suis assez PEG, sur ce coup.

  9. Charles Vaugirard

    @HenryLeBarde : “Un enfant qui reproche à ses parents d’être éloigné de lui et de ses réalités, rejette-t-il pour autant le fait d’avoir des parents ?” L’Etat est-il le papa ou la maman des Français ? Ni l’un, ni l’autre, il faut aussi le remettre à sa place.
    La France est un pays de grande taille (le plus grand en Europe, 550 000 km2), il y a un grand éloignement du pouvoir central avec le local. Revenir à la centralisation (avec comme seule équilibre un renforcement des villes, donc plus de compétences pour elles sans en avoir les moyens) serait un colossal renforcement de l’Etat et un vrai néojacobinisme quoi qu’en dise PEG. C’est un peu surprenant que des libéraux soutiennent cela 😉

    “Il suffit de voir que chaque élection locale, pour ceux qui daignent aller voter, n’est plus qu’un référendum pour ou contre la politique… nationale.” Là encore je ne te suis pas. Ca c’est la version médiatique, c’est-à-dire on focalise sur quelques villes dirigées par des ténors nationaux, ou ayant des candidats très connus. Ces villes sont minoritaires par rapport aux 36000 communes et ces résultats ne sont pas forcément révélateurs. Les municipales sont un scrutin local, et le jeu médiatico-politique ne reflète pas la réalité du terrain.

  10. Phylloscopus inornatus

    Comme un clin d’oeil, un nombre assez important d’élections, notamment celles qui ont vu des surprises, genre Grenoble, ont vu une prime au candidat qui a pris la peine d’élaborer un programme un peu mieux connecté au terrain local. Quant à la comparaison Etat-parents… ce que je voulais dire, c’est que si l’attente est déçue, c’est peut-être, et même sans doute, dans ce cas, parce qu’elle ne s’adresse pas à la bonne personne. Une administration centralisée, cad où, par définition, les choix qui comptent se font en un lieu central, ne peut pas être proche du citoyen, proche des réalités locales, parce qu’elle est précisément faite pour ne pas l’être, pour ne pas en tenir compte, et faite au contraire pour défendre l’idée qu’un modèle unique, diffusé du haut vers le bas, doit s’appliquer partout. Or, cette demande d’une prise en compte des différences, elle est expressément formulée, comme une antienne…

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