Dans le monde sans en être

Loi naturelle : les bonnes nouvelles d’Europe

Symbolique 2006

A l’approche des élections européennes, qui rappellent que la France a des voisins sur son continent, faisons un tour des pays pour se demander, “où sont les bonnes nouvelles ?” en matière de respect de la loi naturelle. La tendance est-elle favorable, comme le Planning familial français le déplore ? Petit voyage européen, sans naïveté.

  • Pologne : la vie et le mariage préservés

La Pologne demeure un modèle de solidité dans les principes de la loi naturelle. En 1997, une loi a limité l’avortement aux cas de viol ou d’anomalie du foetus. L’Eglise catholique et les organisations pro-vie mettent en place de nombreuses structures pour faciliter l’aide aux femmes enceintes. En février 2014, 75 % des Polonais se déclarent opposés à l’avortement. 

En janvier 2013, la Diète (chambre basse du Parlement) a interrompu les travaux préparant un projet d’union civile pour les couples de même sexe, sur le modèle du PACS français. Cet arrêt est en grande partie lié aux évènements en France sur le mariage homosexuel, conséquence logique du PACS, selon les conservateurs polonais.

Cette situation est cependant menacée par l’émergence d’une élite polonaise laïque et libérale, et d’une lente érosion du catholicisme : sur les 40 % des Polonais qui se rendent toujours à la messe chaque dimanche (contre 50 % en 1989), ils sont 70 % dans les campagnes du Sud, mais 20 % à Varsovie. En 2010, le parti libéral-libertaire Ruch Palikota a obtenu 41 députés, en faisant campagne pour le mariage gay et l’avortement, et en s’en prenant à l’Eglise.

  • Espagne : retour au droit à la vie

En décembre 2013, le Parti populaire au pouvoir à Madrid a déclaré revenir au printemps 2014 sur l’avortement, légalisé sous Zapatero. La loi limiterait l’IVG aux cas de viol, mais pas de malformation du foetus, et prononcerait des peines pour celui qui commettrait l’avortement, et non pour la mère, considérée comme une victime.

Cette promesse de campagne du Premier ministre Mariano Rajoy, élu en 2011, n’a été mise en oeuvre que par l’intense lobbying des organisations pro-vie auprès du Parti populaire, lequel a attendu deux ans pour leur répondre. Malgré la légalisation de l’avortement en 2010, les Marches pour la vie à Madrid ont continué de brasser les foules, soutenues par l’Eglise catholique. En mai 2013, 41 % des Espagnols sont favorables à une limitation de l’IVG (contre 46 %). 

Le gouvernement espagnol souhaiterait également revenir sur la PMA pour les couples de lesbiennes, en la réservant aux cas de stérilité. En revanche, le mariage homosexuel a été confirmé par le Tribunal suprême espagnol, après une tentative du Parti populaire de le remplacer par une union civile. 

  • Italie : avortement en baisse

L’Italie demeure pour le moment hors du champ des revendications LGBT. Ni l’union civile, ni le mariage gay ne sont à l’ordre du jour.

L’avortement a considérablement reculé en Italie depuis sa légalisation: le nombre d’IVG est passé de 234 801 en 1982 à 121 406 en 2008. Plus de 80 % des gynécologues transalpins et 50 % des anesthésistes et des infirmiers demandent l’objection de conscience pour ne pas pratiquer d’avortements.

Le grand débat de société qui va agiter l’Italie est celui de l’euthanasie. Le pays a été ému par l’affaire Eluana Englaro, une femme plongée dans le coma après un accident en 1992, dont le père réclamait l’arrêt de son alimentation. Après une bataille judiciaire, il obtint gain de cause, et Eluana Englaro mourut en 2009. Cette affaire a “déchiré le tissu social” italien, selon les mots de Mgr Rino Fisichella, à l’époque président de l’Académie pontificale pour la vie. En juin 2013, un partisan de l’euthanasie, Ignizio Marino, a été élu maire de Rome.

L’Eglise est suffisamment interpellée pour que le Pape Benoît XVI en personne n’ait pris le temps, en avril 2011, de répondre en direct à la télévision italienne à une mère dont le fils était dans le coma depuis deux ans:

“Je suis aussi certain que cette âme cachée ressent en profondeur votre amour, même si elle n’en comprend pas les détails, les paroles, etc. Mais elle sent la présence d’un amour. Et c’est pourquoi votre présence, chers parents, chère maman, près de lui, chaque jour, durant des heures, est un véritable acte d’amour de grande valeur.”

  • Portugal : rejet de l’adoption homosexuelle

Pays plus traditionaliste que l’Espagne voisine, le Portugal a cependant légalisé le mariage gay en février 2010, tout en excluant explicitement l’adoption. Une tentative parlementaire pour l’introduire a été repoussée en mars 2014.

  • Irlande : le droit à la vie acquis, mais menacé

Une opinion commune consiste à croire que l’Irlande demeure un bastion catholique inviolé. C’est méconnaître la vaste sécularisation qui a accompagné le “miracle économique” irlandais des années 1990, ainsi que l’effet dévastateur de la découverte des abus pédophiles dans l’Eglise. Aujourd’hui, le gouvernement irlandais est anticlérical, et disposé à modifier un paysage resté très fidèle à la loi naturelle.

L’avortement demeure interdit en Irlande, mais deux brèches ont été ouvertes: la première, en 1992, autorise les femmes voulant subir une IVG à se rendre dans un pays étranger, et oblige l’Etat à leur fournir la documentation nécessaire. Puis, en juillet 2013, le Parlement a permis une “exception” d’avortement, en cas de “risque réel et substantiel” pour la mère. Quant au mariage gay, il risque d’être légalisé, par voie référendaire, en 2015. Selon un sondage de février 2014, seuls 20 % des Irlandais y sont opposés.

Par contre, en Irlande du Nord, les interdictions du mariage homosexuel (mais pas de l’union civile britannique) et de l’avortement font consensus chez les catholiques et les protestants…

  • Allemagne : quid après Merkel ? 

Réélue triomphalement en septembre 2013, Angela Merkel l’avait prévenue, et l’avait même publiquement dit, en face d’un militant LGBT sur un plateau télévisé: je ne légaliserai pas l’adoption (pour les couples homosexuels, NDLR), pour l’intérêt de l’enfant. Même si le gouvernement de coalition va proposer l’adoption simple au Parlement, l’adoption plénière a été écartée par la Chancelière.

L’avortement est proportionnellement plus bas en Allemagne qu’en France (100 000 pour 81 millions d’habitants), et l’euthanasie n’est pas une revendication très relayée, en raison du passé nazi.

En revanche, après le départ de Merkel, les chrétiens-démocrates allemands risquent de se déchirer sur le mariage gay (qui nécessiterait une modification de la Constitution). La dauphine de la Chancelière, la ministre de la Défense Ursula von der Leyen, pourtant protestante pratiquante et mère de sept enfants, y serait favorable, comme elle l’est pour l’adoption plénière. Elle est cependant opposée à l’euthanasie.

  • Finlande : l’exception scandinave

Plus conservatrice que ses voisins suédois et norvégiens, la Finlande n’a pas légalisé le mariage gay, ni l’adoption plénière. Un débat est en cours au Parlement, où la droite majoritaire s’y oppose. L’avortement est autorisé en cas de viol, de danger pour la santé de la mère, ou pour des raisons économiques et sociales. La frange confessante (évangélique, active dans la mission et en butte au libéralisme du haut-clergé) de l’Eglise luthérienne d’Etat s’emploie à prodiguer de l’aide aux femmes enceintes.

  • Hongrie : priorités aux naissances

Par une politique de natalité volontariste, la Hongrie a fait passer le nombre d’avortements de 100 000 en 1990 à 36 118 en 2012, pour 10 millions d’habitants. La nouvelle Constitution hongroise, entrée en vigueur en janvier 2012, malgré les pressions de la Commission européenne, décrète que la vie commence dès la conception du foetus. Le texte inscrit également le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme.

  • Croatie : mariage femme-homme sauvegardé

En décembre 2013, un référendum a approuvé l’inscription du mariage femme-homme dans la Constitution. L’Eglise catholique, très puissante en Croatie, a soutenu l’initiative. Par ailleurs, le nombre d’avortements est passé de 40 000 en 1989 à 4600 en 2005, pour 4 millions d’habitants, grâce à une politique nataliste.

  • Lituanie, Lettonie : offensives pro-vie

La Lituanie, pays fortement catholique, débat actuellement de l’interdiction de l’avortement, à l’initiative de la minorité polonaise. En Lettonie voisine, des campagnes de sensibilisation au droit à la vie sont menées par l’Eglise luthérienne, première confession du pays.

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