Dans le monde sans en être

Guillaume Gallienne : coller à l’étiquette, ou pas !

Galienne2Il y a l’étiquette. Celle que nous colle à la peau notre famille, celle que la société voudrait nous voir respecter et celle que l’on s’impose. Des trois, Guillaume Gallienne semble n’avoir subi que la première.

Son film, Les garçons et Guillaume, à table ! fait des incursions dans son passé. Guillaume n’était pas comme ses frères. Virils, prompts à aller chasser avec le père, à camper, à faire des sports dangereux, ils se moquaient de ce frère fusionnel avec leur mère. Ainsi, Guillaume pouvait observer les gestes, les manières de sa maman. On le voit dans le film faire illusion mettant dans sa bouche les expressions très imagées de sa maman avec ce ton autoritaire et définitif qui la caractérise.

Ses parents essayent bien de faire changer Guillaume en le mettant dans un pensionnat de garçons, histoire peut-être de le faire renouer avec la virilité qui lui a été échue à la naissance. Il quitte alors moqueries et blagues perpétuées par deux ados pour subir les canulars d’un dortoir tout entier.

Puis c’est l’Angleterre, celle à laquelle on lui disait de penser. Guillaume, comme tout adolescent, cherche quelle est sa sexualité. Un élève très amical avec lui, lui ouvre la possibilité, certes fantasmée, d’être homosexuel. “Il y en a de très heureux”, affirme sa mère qui semble soulagée que l’étiquette de son fils puisse être enfin remplie.

[Attention : La lecture de la suite du texte vous révèlera l’intrigue du film. Pour continuer la lecture cliquez sur le texte.]

Guillaume n’a pas vraiment d’âge dans les différentes périodes du film qui ne sont habilement pas documentées. C’est flou. A nous d’interpréter. Comme la première minute du film, où on le pense sortir de scène se démaquillant dans sa loge alors qu’il entre justement côté jardin pour se livrer au public du Théâtre de l’Ouest parisien devant lequel il a joué Les garçons et Guillaume à table ! en 2008. Cette introduction des coulisses vers les feux de la rampe est à rapprocher de la manière dont Guillaume Galienne se livre dans ce film. Il nous fait part de son cheminement psychanalytique, nous offre sa relation si particulière avec sa maman.

Bien plus qu’une histoire de genre

Ce qui l’a sauvé, c’est de comprendre que sa maman aurait voulu une fille et qu’il a tenté de correspondre à cette attente. Deuxième libération : déceler que sa mère l’aimait tant qu’elle ne voulait pas qu’il soit approché par la gente féminine. Ainsi Guillaume a grandi avec cette étiquette de garçon efféminé qui n’aimait pas le sport et avait peur des chevaux.

La psychanalyse a beaucoup fait, l’intelligence de l’homme aussi. A la fin du film, on voit Guillaume à l’aise dans un rapport de séducteur envers une fille, malgré le poids de l’étiquette que lui impose sa famille. Mais pourquoi tant de souffrance ? Dans une famille, chacun devrait avoir un rôle, une partition dont il ne décollerait pas ? Pourquoi doit-on comparer les enfants d’une même fratrie ? De même que chaque être humain est unique, ne pourrait-on pas envisager l’avenir de nos enfants selon la manière dont ils se découvriront ? Et si un garçon est un peu efféminé au collège, est-ce que cela doit nous laisser préjuger de son avenir amoureux ? Le film de Guillaume Galienne, en plus d’être extrêmement drôle, dans l’interprétation de sa propre maman (“La porrr-teuh”) ouvre la réflexion sur le poids du regard familial sur l’expérience. A la veille des Césars, on a parlé de ce film et de La vie d’Adèle, qui décrit un amour entre deux jeunes filles, comme d’un hommage de l’Académie aux problématiques de genre. Je crois qu’il y a bien plus qu’une histoire de genre dans ce film, c’est la narration d’une différence, qu’on voudrait bien pouvoir étiqueter pour se rassurer.

Guillaume Galienne a osé se raconter dans ce premier film, un film où il joue sa propre mère avec grand talent (c’est une femme un peu brute de décoffrage mais bien une femme) et où ses frères n’ont aucune ligne de dialogue. Ceux qui sont portés aux nues par leur père ne semblent pas pouvoir être interprétés autrement que par des figurants. Pendant son enfance, seul dans sa chambre, Guillaume Galienne s’imaginait en reine. Il était seul, contre ses frères, son père, il recherchait l’amour de sa mère qui ne savait pas bien comment gérer son rapport à ce fils-fille. Il s’est construit son univers et c’est son rapport à l’art, à la poésie qui me parait l’avoir aidé à vivre sa différence.

TalkingPo

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS