Dans le monde sans en être

Le dimanche aussi, c’est Carême

Carême dimanche

Nous sommes à la fins des premiers jours du Carême… peut être faisons nous partie des cathos qui chaque année se demandent : « le dimanche, est-ce que c’est carême » ? ou encore, nous pourrions reformuler ainsi : « puis-je faire une grosse bouffe le dimanche, avec peut-être même l’apéro qui va bien, voir le digeo si on est en forme »… Et si vous faites un peu de liturgie, vous savez que la célébration du dimanche commence aux 1ères Vêpres du dimanche et donc on peut déjà commencer dès la veille au soir…

Cette question du dimanche peut sembler uniquement formelle. Mais nous pouvons aussi pousser la réflexion, en cherchant derrière ces aspects un peu « légalistes » le chemin que nous montre l’Eglise en ces jours de Carême.

Le temps du dimanche de Carême peut nous conduire alors à vivre cette préparation à Pâques en nous appuyant davantage sur l’œuvre que le Seigneur lui-même accomplit et veut continuer d’accomplir en nous

Carême dimanche

Le sens du Carême , avec le Pape François : se dépouiller pour être fils dans le Fils

 Reprenons rapidement le sens du Carême : le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous explique que « l’Eglise s’unit chaque année par les quarante jours du Grand Carême au Mystère de Jésus au désert »[1] : durant ces quarante jours « la tentation de Jésus manifeste la manière qu’a le Fils de Dieu d’être Messie, à l’opposé de celle que lui propose Satan et que les hommes (cf. Mt 16,21-23) désirent lui attribuer »[2].

Ainsi, le sens profond du Carême est la recherche de cette union au Christ au désert, cette union au Christ dans la façon particulière qu’il a de venir nous sauver

 ♦ Le Pape François, dans son message pour le Carême, revient sur cette question, sur ce qu’il appelle « le style de Dieu »[3].

Écoutons ce qu’il nous dit : « Dieu ne se révèle pas par les moyens de la puissance et de la richesse du monde, mais par ceux de la faiblesse et la pauvreté. (…) il s’est dépouillé, “vidé”, pour nous devenir semblable en tout … »[4] et cela par amour pour nous, car l’amour « rend semblable, il crée une égalité, il abat les murs et les distances »[5]. C’est la raison de l’Incarnation : Dieu s’est fait homme pour être au milieu de nous, pour nous rejoindre, porter notre fardeau ! Le Christ nous sauve par la façon qu’il a de nous rejoindre, de se faire pauvre pour nous.

 ♦ Mais pourquoi cette pauvreté du Christ nous sauve-t-elle ? Elle nous sauve justement parce qu’en se faisant pauvre, il nous aime et nous communique l’amour du Père ! En nous rejoignant ainsi il nous donne le vrai salut et le vrai bonheur. Dans son dépouillement il n’est riche que de son abandon au Père, abandon sans limite[6].

Ainsi, comme le dit le Pape, le dépouillement du Christ nous montre l’amour infini de Dieu, qui s’abaisse jusqu’à nous, et nous invite à suivre son exemple d’abandon complet au Père qui nous aime ! Il nous invite à nous ouvrir à cet amour qui comble ! Le Christ, Fils, reçoit sans cesse sa vie du Père et c’est son unique richesse. Le Christ nous propose de n’avoir d’autres richesses que d’être nous aussi des fils de Dieu… il nous propose d’être fils dans le Fils !

 ♦ Le Pape rappelle alors très bien que la façon dont nous pouvons accepter ce salut et participer au salut du monde ne peut être différente de celle du Christ. La seule façon par laquelle nous pouvons accepter de recevoir en nous la vie de Dieu, la seule façon pour nous d’accepter ce salut et de le porter au monde est bien dans l’imitation de ce dépouillement[7] et dans la reconnaissance de nos limites et de nos faiblesses, pour y accueillir Dieu qui nous y rejoint !

Le Saint Père nous invite à regarder la misère matérielle, morale et spirituelle de nos frères pour la prendre sur nous et la soulager, à la manière du Christ. Il nous rappelle alors que le Carême est un temps propice pour se dépouiller, avant d’avoir ces paroles : « n’oublions pas que la vraie pauvreté fait mal : un dépouillement sans cette dimension pénitentielle ne vaudrait pas grand chose. Je me méfie de l’aumône qui ne coûte rien et qui ne fait pas mal »[8] …

 Bref, le sens du Carême, rappelé par le Pape François et porté par tout l’enseignement de l’Eglise est bien de nous préparer à célébrer Pâques en nous rappelant le salut offert par le Christ et la nécessité d’accepter le dépouillement pour nous y ouvrir[9]. Les règles données par l’Eglise concernant la pénitence durant le Carême, ainsi que les jours de jeûne et d’abstinence[10] sont donc autant de moyens pour nous aider à vivre ce dépouillement.

La place du dimanche en Carême : encore plus Carême !

Mais alors quelle place pour le dimanche ? Pourquoi les chrétiens, depuis les premier temps, ne font-ils pas pénitence le dimanche ?

♦ Là encore regardons rapidement (pour de vrai cette fois !) le sens du dimanche[11]. L’Eglise célèbre chaque dimanche le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur[12]. Pour le dire autrement, nous célébrons Pâques chaque dimanche

La pratique de la pénitence ne correspond pas à l’esprit de fête de ce jour ! D’une certaine façon nous goûtons déjà chaque dimanche aux joies vers lesquelles nous orientent nos pénitences du temps du Carême… et nous voyons pourtant que nous ne vivons pas encore pleinement ce que nous devrions vivre! Le dimanche, et plus particulièrement encore le dimanche en temps de Carême, est donc un  jour consacré entièrement à Dieu et aux autres, un temps destiné à nous rappeler cela et à le vivre déjà comme nous le pouvons. Tel est le sens du repos dominical, tel est aussi la raison pour laquelle les chrétiens ne font pas pénitence le dimanche.

♦ Pour autant la marche vers Pâques continue et peut-être pouvons-nous profiter des dimanches de Carême pour vivre d’avantage encore les autres dimensions du Carême : la prière et le partage… dimensions que l’Eglise nous invite déjà à vivre chaque dimanche ! Peut-être pouvons-nous profiter de ces dimanches de Carême pour nous rappeler que l’absence de travail en ce « jour du Seigneur » est là pour nous permettre de vivre à fond « le culte dû à Dieu, la joie propre au Jour du Seigneur, la pratique des œuvres de miséricorde et la détente convenable de l’esprit et du corps »[13]

Alors certes, le dimanche est aussi un jour de Carême. Peut-être sommes-nous invités à interrompre la pratique de la pénitence, mais c’est pour mieux nous tourner en ce jour vers Dieu et vers les autres… et cela même exige souvent de notre part un véritable effort[14], effort auquel ne nous poussent pas toujours le rythme de nos semaines et les habitudes de notre société. Mais cet effort peut nous conduire à goûter, déjà, la joie qui nous est promise.

 Carême dimanche

 ♦ Pour illustrer cette place particulière du dimanche dans le Carême, nous pouvons prendre une image, celle de l’escalade, en montagne. Le temps du dimanche est d’une certaine façon un peu comme la halte nécessaire, halte durant laquelle on regarde le sommet vers lequel on monte… celui qui continuerait à faire pénitence serait un peu comme l’alpiniste qui garde sans cesse le nez collé à la paroi… et perdrait toute notion du sommet qu’il vise.

Nous pouvons prolonger l’image : nous le savons, notre guide, le premier de cordé, est déjà passé avant nous. Il nous assure, nous pouvons nous reposer sur la corde qu’il nous tend. Le Seigneur nous a montré le chemin. Il nous assure, il est déjà en haut, et le temps du dimanche est le temps pour nous permettre de regarder vers lui, pour nous laisser reposer en lui. Le dimanche n’est pas seulement un temps pour regarder vers le but mais aussi et surtout un temps pour recevoir du Seigneur la certitude qu’il a déjà franchir pour nous tous les obstacles, et que si nous nous appuyons sur lui nous pourrons les franchir à notre tour !

Nous pourrions donc dire que, pendant le carême, le dimanche nous permet :

–       de mieux contempler ce vers quoi nous tendons : la joie de Pâques et l’union de tous en Dieu,

–       de voir que le sommet est déjà atteint : la mort est déjà vaincue en Jésus

–       de recevoir prendre conscience que nous recevons tout ce dont nous avons besoin pour continuer d’avancer.

Avec l’éclairage que nous donnent les dimanches du Carême, nous pouvons renouveler notre regard sur les autres jours de Carême !

 Vivre ce Carême en nous sachant déjà rachetés !

Un danger des temps de pénitence est en effet de vivre la pénitence de façon très volontariste, en ayant l’impression de nous sauver nous-même… Or, grâce à la célébration chaque dimanche du mystère pascal nous nous rappelons que nous sommes déjà baptisés et que le salut nous est déjà acquis en Jésus[15].

La façon de vivre notre pénitence, la façon de choisir nos « efforts de Carême » ne peut donc pas être la recherche de l’exploit personnel… mais il s’agit de regarder là où l’Esprit, reçu lors de notre baptême, veut nous conduire. Il s’agit de le laisser être notre guide, le maître de la conversion que nous visons par ce Carême.

Nous retrouvons là trois aspects classiques du Carême, trois domaines pour choisir d’orienter nos efforts durant ces jours.

La prière tout d’abord : si nous voulons réellement nous mettre à l’écoute de ce que l’Esprit attend de nous, de ce qu’il nous dit au fond de notre cœur, si nous voulons qu’il soit lui-même le Maître de notre conversion, nous ne pouvons pas ne pas prendre d’avantage de temps pour le laisser nous enseigner. Cela passe par la prière, en particulier une prière centrée sur la Parole de Dieu. Seule un effort conséquent dans le domaine de la prière peut nous conduire à voir là où le Seigneur nous appelle, et voir qu’il nous donne lui-même les secours dont nous avons besoin.

♦ C’est avec cette lumière de l’Esprit qu’il nous faut regarder les deux autres dimensions, de la pénitence et du partage. A quoi suis-je invité pour me tourner d’avantage vers Dieu et vers les autres ? C’est-à-dire : que puis-je offrir volontairement, par amour, mais aussi de quoi puis-je me priver pour me tourner d’avantage vers les autres ?

En regardant ma vie à la lumière de la Parole de Dieu, je perçois également les lieux où je ne suis pas encore vraiment libre, les chaines qui me restent malgré mon baptême… Peut-être suis-je appelé là aussi à renoncer à certaines choses[16] ! Le dimanche de Carême est sans doute un bon moment pour prendre de telles décisions, pour choisir, durant ce Carême, de renoncer à quelque chose qui me lie. C’est en sachant mon salut déjà acquis par le Christ, en sachant que sa grâce ne pourra jamais me faire défaut que je peux accepter les renoncements auquel l’Esprit me pousse. Fort de cette certitude, je peux accepter des renoncements ou des efforts dont je ne me sens pas capable, et les remettre entre les mains de mon seul Maître…

Si je choisis ainsi de faire ce à quoi je me sens appelé, si je choisis de le faire en sachant que j’en suis moi-même incapable, alors me voici obligé de m’appuyer sur le Seigneur… de lâcher prise et de le laisser me convertir, me transformer !

Jean-Baptiste Bellet

[1] CEC 540.

[2] Idem.

[3] Message de Sa Sainteté François pour le Carême 2014, http://www.vatican.va/holy_father/francesco/messages/lent/documents/papa-francesco_20131226_messaggio-quaresima2014_fr.html.

[4] Idem.

[5] Idem.

[6] « Non pas ma volonté, mais la tienne » : Lc 22,42.

[7] « La richesse de Dieu ne peut nous rejoindre à travers notre richesse, mais toujours et seulement à travers notre pauvreté personnelle et communautaire, vivifiée par l’Esprit du Christ » : Message de Sa Sainteté François pour le Carême 2014.

[8] Message de Sa Sainteté François pour le Carême 2014.

[9] Cf. Concile Vatican II, Constitution sur la Sainte Liturgie, n. 109-110 : http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html.

[10] Cf. CIC 1249 à 1251 et les adaptations par la CEF. http://www.vatican.va/archive/FRA0037/__P4L.HTM.

[11] Pour les motivés qui voudraient approfondir la question du sens du dimanche, c’est ici : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/apost_letters/documents/hf_jp-ii_apl_05071998_dies-domini_fr.html.

[12] Cf. CEC 1166-1167.

[13] Cf. CEC 2185 et CIC 1247.

[14] Cf. CEC 2187 : « Sanctifier les dimanches et jours de fête exige un effort commun. Chaque chrétien doit éviter d’imposer sans nécessité à autrui ce qui l’empêcherait de garder le jour du Seigneur. Quand les coutumes (sport, restaurants, etc.) et les contraintes sociales (services publics, etc.) requièrent de certains un travail dominical, chacun garde la responsabilité d’un temps suffisant de loisir. Les fidèles veilleront, avec tempérance et charité, à éviter les excès et les violences engendrées parfois par des loisirs de masse ».

[15] « Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts », Col 2,12.

[16] En vidéo, pour changer: http://www.padreblog.fr/careme-les-cathos-sont-ils-masos.

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