Dans le monde sans en être

L’Eglise cherche-t-elle vraiment Dieu ?

Il y a quelques jours, je lisais un article d’Aymeric Christensen, dans La Vie, sur un catholicisme qui serait poussé à s’assumer comme contre-culture. Le propos était intéressant bien sûr, mais je fus pris d’une certaine lassitude. J’eus le sentiment que nous tournions en rond dans des débats sans fin.

Ce thème de la contre-culture est le développement contemporain du grand débat sur le « mode de présence au monde », décliné depuis plus de 50 ans. Nous avons eu les catholiques de l’enfouissement, nous aurons maintenant les catholiques de contre-culture. Avec probablement les mêmes désillusions.

Au fond, quel est le contenu réel de la question du « mode de présence au monde » ? Le monde n’est pas le même pour un Français de la classe moyenne et pour un Indien des basses castes. Et même dans un contexte identique, il y a mille manières de le voir et de l’appréhender.

Chaque fois, on croit trouver le fil à couper le beurre. « Il faut dire la foi avec les mots de notre temps », dit-on par exemple. La belle affaire ! Et quel langage parlons-nous déjà sinon celui de notre temps ? « Il faut aller vers le monde », dit-on encore. Mais nous vivons déjà de plain-pied dans ce monde, tant il est vrai que bien peu de privilégiés se paient le luxe d’être Amish…

Et diverses considérations de s’enchaîner : pour servir la nouvelle évangélisation, l’Eglise doit être « davantage ceci et moins cela » ; les catholiques doivent se comporter « comme-ci et pas comme ça ». J’ai un peu l’impression d’une Eglise à la recherche d’une quadrature du cercle qu’elle ne trouvera jamais ; ou encore d’une Eglise édictant un code de comportements à usage interne. Pitié ! De l’air ! J’étouffe dans cette Eglise-là !

Cherchant un peu d’air frais, je me suis remémoré ce que m’avait dit récemment un ami prêtre et qui m’avait troublé : « Ce qui est fondamental, ce n’est pas la nouvelle évangélisation, c’est d’être ce que nous sommes. » En effet, quelle est notre identité fondamentale ? Quel est cet « être catholique », en tout temps et en tous lieux ?

Notre « être catholique », nous ne nous le donnons pas à nous-mêmes au gré des circonstances sociales et historiques, par la force de nos raisonnements. Seul Dieu peut nous le donner par sa grâce. Que nous cherchions vraiment Dieu avec l’Eglise dans notre quotidien le plus ordinaire et les mots nous seront donnés, et les comportements avec. Chacun selon sa vie, son histoire, son tempérament, ses goûts, ses choix, chacun selon sa liberté intérieure ; et non chacun formaté par le moule clérical.

Finalement, l’Eglise ne souffre-t-elle pas davantage dans son mode de présence à Dieu que dans son mode de présence au monde ? L’Eglise cherche-t-elle vraiment Dieu de toute son âme ? Pour moi, c’est une vraie question.

présence à Dieu

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 21 février 2014

4 réponses à “L’Eglise cherche-t-elle vraiment Dieu ?”

  1. Ar Gedour

    Totalement d’accord avec cette chronique ! Merci à Guillaume de Prémare pour ce propos sans langue de buis.

  2. Nelson

    Oui, le commencement (et le commandement) c’est d’être à Dieu, et en Dieu. Le reste vient après, j’allais dire “naturellement” on peut aussi dire “par la grâce”.

    Je dirais même que le fait de raisonner mille fois sur la posture à adopter, l’image à donner, est déjà une erreur en soi puisqu’il s’agirait de ne pas nous montrer tel que nous sommes.
    La question devrait donc être : Sommes-nous comme Dieu attend que nous soyons?

    De plus, le fait de ressortir le catholicisme de l’enfouissement, pour justifier maintenant un catholicisme de contre-culture me donne l’impression qu’on voudrait “faire la balance”. Quel intérêt y-a-t-il à discuter d’une nouvelle modalité si elle ne doit pas être bonne en elle-même mais parce qu’elle répare les erreurs de la précédente?

    Néanmoins pour pondérer ces propos, il faut quand même rappeler que simplement en étant ce que nous pensons qu’il faut que nous soyons, on adopte des attitudes qui sont évaluables comme “un enfouissement” ou “une contre-culture”. Ce qu’il faut critiquer ce n’est pas le résultat, c’est la façon dont on est amené à se comporter.

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