Dans le monde sans en être

Eloge de la faiblesse

faibleElle gène, elle procure toujours un certain malaise, la faiblesse. On détourne le regard, on fuit, on voudrait qu’elle n’existe pas. Alors on empêche de naître des enfants qui seront faibles, on pousse à  consommer pour ne pas paraître faible, on refuse Dieu pour ne pas être faible. On veut mourir avant d’être faible. La faiblesse, elle est indigne. Elle doit disparaître.

Sauf que pour nous, irréductibles catholiques nageant à contre-courant du monde, la faiblesse est le prix du Salut. Pas de sainteté, pas de grandes œuvres, pas de grande dévotion sans amour de la faiblesse. Le Christ, les apôtres, les grands saints louaient leur faiblesse comme un gage d’abandon à Dieu. L’enfant encore menu, le pauvre, le simple d’esprit ont les premiers leur place au Ciel parce qu’ils ne dépendent de rien d’autre que de Dieu. Voilà le secret : assumer sa propre faiblesse, et même pire, l’aimer. C’est par notre faiblesse que nous acquérons notre dignité, sûrement pas par notre mérite. C’est parce que Dieu l’a voulu, parce qu’il nous a créés à son image que Dieu nous accorde notre dignité. Qu’est-ce qu’on croyait, que la dignité se mérite ? Que nous l’avons gagnée ? Au contraire. Ceux qui reconnaissent leur faiblesse comme un don de Dieu ont tout compris, à l’instar de saint Paul qui se vantait de n’être rien : « je ne mettrai mon orgueil que dans mes faiblesses ». Dans la même lettre aux Corinthiens, il fait dire à Dieu lui-même : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ».

Voilà, pour nous autres catholiques, notre argument suprême contre les dérives que nous propose la petite vingtaine de personnes du Panel citoyen : plus une personne est faible, diminuée à tous les niveaux, plus elle est digne. Et moins il faut supprimer cette bénédiction que constitue l’expérimentation de notre faiblesse. Une personne âgée, un enfant trisomique, un lépreux, voilà ceux qui pour nous doivent être protégés en premier lieu, quand la société voudrait les supprimer. Ne croyez pas ceux qui vous diront que la faiblesse est dégradante. Elle peut l’être aux yeux des hommes, elle ne l’est sûrement pas aux yeux de Dieu.

Moins facile à intégrer, il en est de même pour la faiblesse morale. La faiblesse morale d’une fille de joie, d’un blasphémateur, d’un escroc.  Assumer cette faiblesse qui est aussi la nôtre (nous sommes tous cette fille de joie, ce blasphémateur, cet escroc), l’aimer. Ne pas attendre de salut acquis par notre seule volonté, mais mettre toute sa volonté à s’abandonner à Dieu. Le seul effort qu’il faille fournir, c’est celui qui consiste à ne plus compter sur ses propres forces, mais sur celles infinies de Dieu. Voilà ce qui fait de nous des personnes à part, que condamner n’intéresse pas même après les pires attaques, que la perfection n’intéresse pas quand elle ne peut pas être atteinte sans Dieu. Des êtres jamais en cohérence avec le monde. Le monde, celui dans lequel nous vivons, mais celui auquel jamais nous n’appartiendrons.

Heront

2 réponses à “Eloge de la faiblesse”

  1. Numéro 712

    Personnellement, ce que je trouve de beau (d’aimable ?) dans la faiblesse, c’est qu’elle nous invite à relire nos rapports aux autres (et à l’Autre, Dieu ce tout autre ) en terme de relations d’interdépendances. Nous avons besoin des autres et à trop vouloir être des champions (des héros) nous en oublions qu’ontologiquent “il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut […] une aide qui lui soit assortie.” (Gn 2, 18)

    La volonté de puissance de l’homme est aussi une volonté de ne pas avoir besoin de Dieu et de nos frères alors que nous avons été créés avec une vocation à la communion entre nous tous et avec le Seigneur notre Dieu.

    La faiblesse, nos fragilités nous invitent finalement, parfois bien malgré nous, à redécouvrir ces liens de dépendance qui nous relient les uns aux autres. En nous “bousculant”, la faiblesse vient nous remettre à notre place ontologique : celle d’homme.

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