Dans le monde sans en être

Pour fêter les 25 ans de Mulieris dignitatem

Pour fêter les 25 ans de Mulieris dignitatem, voici un petit éloge de la femme.

Nous aurons beau tenir de beaux discours, argumentés, raisonnables, intelligents, la femme nous surpassera toujours par l’intelligence du coeur qui n’a que faire de la raison. Elle ne perd pas de temps en argumentation complexe, elle ne cherche pas à convaincre, non, elle saisit tout simplement le concret dans ses mains en se laissant guider par son amour.

La vierge à l'hostie, par Ingres

Nous en avons croisées de nombreuses depuis notre naissance. D’abord celles qui, au sein de nos familles, ont pris tant de soin à développer le petit être en devenir. Puis, celles avec qui on apprend que la ponctualité est la variable d’ajustement du passage par la salle de bain ; celles qui vous font entrer dans un univers inconnu par le creux d’une oreille où se glissent quelques secrets dont nous ne sommes que le n-ième confident. Enfin, il y a toutes celles dont nous ne connaîtrons pas même le prénom mais qui, par un geste, un mot, un sourire, un regard pour l’autre, qui, par leur dignité devant la mort et la souffrance, leur constance dans les épreuves, héritage du Golgotha, nous mettent à genoux en nous écriant : “Seigneur ! qu’elle est belle la femme que tu as créée !”

Et si Eve est sortie du côté d’Adam, c’est très certainement parce que la femme vient freiner la course effrénée de l’homme par de nombreux points de côté qui assaillent son individualisme naturel. Sans elle, serions-nous tirés aussi haut, saurions-nous faire advenir le meilleur de nous-mêmes ? La vocation profonde de l’homme trouve dans cette différence le lieu de son déploiement dans toute sa richesse. La femme ne doit pas oublier combien elle se doit d’être exigeante avec l’homme.

Et que la femme n’ait crainte devant la vieillesse. Les cheveux blancs et les rides sont les médailles discrètes des héroïnes de la vie donnée. C’est le corps qui par cette nouvelle beauté témoigne fièrement du fait que chacune de ces lignes est le tracé d’un chemin qui a connu vallées et montagnes, que chacun de ces brins immaculés est allé jusqu’à l’offrande de sa couleur.

Enfin, si la femme partage la souffrance du Golgotha, son privilège dans la connaissance des choses du coeur lui donne la primauté dans la joie de la Résurrection.  Car c’est bien à elle que le Christ a choisi de se montrer en premier, et son beau “Noli me tangere” est la promesse de cette joie éternelle qui doit être précédée par sa présence et son témoignage dans le monde.

Pardonnez-nous, belles muses, de si peu souvent vous remercier ou avec droiterie (pour un gaucher, je ne peux parler de gaucherie). Je me sens le pauvre débiteur de toutes ces robes qui ont traversé ma vie, de toutes celles qui m’ont fait la joie de la confiance et de l’amitié, voilà en ces pauvres mots un merci.

Demain, quand vous vous réveillerez, Mesdames, Mesdemoiselles, réjouissez-vous ! vous avez l’infini honneur d’être une femme.

Rafélis

8 réponses à “Pour fêter les 25 ans de Mulieris dignitatem”

  1. Lepetitchose

    Je vais essayer, avec le plus de bienveillance possible, de vous dire, cher Cahiers libres, cher auteur, pourquoi votre “éloge de la femme” est l’une des plus grandes insultes qu’un catholique ne m’ait jamais faite.

    Mon intelligence du cœur est tout aussi grande que celle d’un homme. Elle est même exactement la même. Du moins, elle le devrait. Que certains hommes pensent qu’elle n’est pas à faire vivre et grandir, je n’y peux rien. Mais beaucoup de femmes ont aussi été convaincues dans leur parcours que cette intelligence-là étaient une bêtise… de femmes.

    Je perds beaucoup de temps en argumentation complexe. Je suis en train de le faire (petit patron, si tu me lis, pardonne moi). Et j’aurais beaucoup aimé que vous fassiez relire cet “éloge” à votre mère, votre grand-mère, votre amie, votre femme. Ou simplement que vous pensiez à le lire à votre fille, juste avant de lui expliquer qu’elle doit être bonne à l’école, qu’elle doit apprendre… autant qu’un homme.

    Ô je cherche à vous convaincre ! Vous convaincre de réaliser la violence de cette petite phrase – qui, et c’est le pire, est, j’en suis sûre, partie d’une très bonne intention – : “Elle ne perd pas de temps en argumentation complexe, elle ne cherche pas à convaincre, non, elle saisit tout simplement le concret dans ses mains en se laissant guider par son amour.” Quelle méconnaissance de la femme. Si vous saviez comme il est dur de “saisir le concret dans ses mains”. Si vous le saviez, comme j’aurais aimé que ce soit ce point-là que vous louiez.

    L’amour guide, mais ce n’est qu’une boussole. L’amour ne donne ni chaussures de marche, ni chaussettes anti-transpirantes, ni shorts qui ne vont pas irriter le … (vous avez compris), ni sous vêtements en bon coton adéquat pour l’aventure, ni soutien-gorge qui tiendra ce qu’il faut sans faire mal au dos, ni sac à dos ergonomique pour pouvoir tout rentrer, ni carte, ni connaissance pour savoir lire une carte, ni savoir-faire pour s’assoir dans l’herbe au bon endroit et non sur un champ d’ortie. Vous recevez en tant qu’homme, la même boussole que moi.

    Vous parlez ensuite de votre enfance. Combien d’entre vous se sont levés lors des derniers mois, au sein de Cahiers libres, et vous-même auteur ? N’avez-vous donc pas retenu cette complémentarité des deux parents pour “développer le petit être en devenir” ? Et s’il y a bien un point de cet “éloge” à faire entendre, c’est le travail que les femmes doivent faire pour justement “être” dans cette complémentarité avec leur partenaire (oui, je sais) dans cette phase-là de la vie de “ce petit être”. Sinon il va penser qu’élever un enfant relève du domaine uniquement féminin…

    Ponctualité, secret… C’est exactement ce que j’ai découvert chez les hommes à l’âge adulte. Comme je l’avais découvert chez les femmes en me regardant dans un miroir.

    Ah enfin, on me parle de complémentarité (oui, je prends paragraphe par paragraphe). Comme j’eus aimé que cet “éloge” ne soit pas, à cet endroit-là, un “rappel à l’ordre” (analysez donc la structure grammaticale de votre phrase “la femme ne doit pas oublier combien elle se doit d’être exigeante avec l’homme”)(c’est mon exigence envers vous qui me donnerait envie de vous corriger énergiquement et physiquement d’oser poser ainsi le propos). Comme j’eus aimé qu’il ne commande pas une “manière d’être” attendue par l’homme pour qu’il puisse, une fois de plus, comme il le fait face à Dieu dans le jardin d’Eden, se reposer sur un “c’est pas moi, c’était à elle de faire gaffe”…

    Rien ne me sera donc épargnée : le présupposé que je crains la vieillesse car j’ai peur de perdre ma beauté. Un bon “éloge” aurait pu, tout en abordant ce point, enfin battre la coulpe de l’homme : “Qu’enfin mon regard d’homme cesse de s’attarder sur ces points de détail, alors ainsi je te libérerai, toi la femme, du poids que mes yeux sont sur tes rides, tes cheveux, j’ôterai ainsi la pression qui te font scruter le galbe de ton sein, la fermeté de ta fesse, la taille de ton mollet. Je ne te verrai pas désincarnée, je te verrai au-delà des apparences ; je ne serai pas indifférent à ton enveloppe charnelle, je te dirai belle constamment ; et tu pourras alors te sentir belle non pour me servir mais pour t’accomplir.” Cher auteur, cher Cahiers libres, pour porter la femme haut (comme un éloge se veut de le faire), il ne faut pas faire monter la femme sur une estrade, il faut se mettre à terre face à elle.

    Pardonne-moi, bel auteur, joli Cahiers Libres, d’être si exigeante avec toi et de ne pouvoir retenir mon cœur et ma raison de reprendre ton propos. Je t’invite maintenant à un petit travail de prise de conscience. Combien de fois as-tu utilisé les adjectifs suivants dans cet “éloge” de la femme : forte, fière, raisonnée, travailleuse ?… Je ne t’invite même pas à lire les études du genre, simplement à t’inspirer de la réflexion que les Scouts et guides de France ont menée : http://www.sgdf.fr/livre-blanc

  2. Ajax

    Ce qui est insultant dans ce texte, c’est qu’un homme remercie les femmes d’exister, considérant clairement qu’elles trouvent la justification de leur existence dans les bienfaits qu’elles apporteraient… aux hommes. Les hommes sont sujets, les femmes sont objets. Pour changer.

    (Accessoirement, dans ce texte, les femmes “sont” ceci et cela. Rendons grâce à l’expérience exhaustive de La Femme dont bénéficie l’auteur, et qui lui permet de nous prodiguer ce genre de révélation).

  3. Benoit

    Chers Ajax et Lepetitchose,

    Je ne suis pas l’auteur, mais je suis bien membre des Cahiers libres, donc d’abord pardon de vous avoir offensées et merci pour vos commentaires qui ont su allier critique vive et style bienveillant permettant une discussion. Je comprends bien votre réaction et, de fait, chaque fois que l’on dit “la femme (ou même l’homme) EST ceci (ou cela)” on prend un immense risque. Ou plutôt, on ne prend aucun risque, puisque l’on est sur de ce planter. À moins que …

    À moins qu’il y ait une forme du langage que ne soit pas exclusif, définitionnel, mais qui ouvre un monde. À moins donc qu’il n’y ait une forme du parler où dire “elle EST ceci” ne veuille pas dire “elle n’est QUE ceci”, mais bien “elle est ceci, et cela, en encore cela, … elle m’excède de toute part, elle est mystère”.
    Bref à moins qu’il n’y ait une manière de parler de la femme (ou de l’homme) comme on parle de Dieu.

    [ Paul Ricoeur dit au sujet du langage sur Dieu : “Comprendre le mot “Dieu”, c’est suivre la flèche de sens de ce mot. Par flèche de sens, j’entends son pouvoir double : de rassembler toutes les significations issues des discours partiels, et d’ouvrier un horizon qui échappe à la clôture du discours”]

    C’est peut-être ce que Jospeh Gynt a voulu dire sur twitter en défendant le caractère poétique de cet article. Le langage poétique est un langage qui n’est pas univoque, mais équivoque c’est-à-dire ouvrant toujours à plus que ce qu’il contient littéralement.

    Bref, sous cette condition – un langage conscient d’être excédé par un mystère —et uniquement sous cette condition, dire la “femme est ceci” ne me choc pas. Elle l’est, pas que ceci, mais elle l’est, et cela aussi; à tel point qu’elle me fait tomber à la renverse (ah ! femmes, je vous aime !) (j’espère qu’en vous disant mon amour pour le mystère du féminin, je ne passe pas pour un affreux hétérosexiste ;-).

    Ainsi, il me semble que lorsque Rafélis parle de l’intelligence du coeur, il ne me méprise absolument pas les amies mathématiciennes de @MatsuBasho (cf. Twitter). Du peu que je connais l’auteur (quelques échanges de mail) il ne me semble pas refuser la rationalité aux femmes. Non, il évoque autre chose.

    Lorsque je suis dans les bras de ma bien-aimée, je vous assure que je sens bien qu’elle apaise mon esprit par son intelligence du coeur. Peut-être est-ce une expérience particulière non universalisable; peut-être dans beaucoup de couple est-ce l’inverse ; peut-être. Il n’en reste pas moins que faire l’éloge d’une qualité souvent rencontrée dans la gente féminine, n’est pas leur refuser toutes les autres.

    Ensuite pour ce qui est de l’égalité, arrêtons aussi de croire que nous sommes tous égaux (je ne parle plus ici du rapport homme femme, mais du rapport entre n’importe quel individus).Certains sont bon en math, d’autre non, et alors ? le Paradis n’appartient pas aux matheux (ni aux non-matheux). bref chaque âme est absolument singulière (théologiquement la tradition enseigne que chaque âme est créée directement par Dieu, c’est-à-dire que nos âmes ne sont pas identiques, mais uniques) la différence n’est donc pas un problème, la différence est l’image de l’unité de Dieu dans notre monde.

  4. Lily

    Ce texte me peine, vraiment. Rester chrétienne, des fois, c’est vraiment une profession de foi 🙂
    Merci au Petitchose d’avoir exprimé de si belle manière – et avec une bienveillance que je ne pense plus pouvoir avoir – la voix des femmes. De toutes les femmes. Dans leur diversité et leur individualité.

  5. Ajax

    En fait vous ne m’avez pas offenséE… je suis un homme. Mais c’est étonnant de présupposer que je suis une femme parce que je tique sur votre article !

  6. Basta

    Cher Ajax, l’erreur est humaine, n’est-elle pas ? Benoît a demandé pardon, sans être l’auteur. Ne lui en voulez pas de l’avoir fait avec excès, c’est sans doute un excès d’amour. 😉

  7. Benoit

    Cher Ajax,
    vous reconnaîtrez que l’usage des pseudo n’aide pas vraiment.

    j’ai pensé : Ajax -> ajax fête des fleurs -> produit d’entretien -> ménage -> femme au foyer : donc femme.
    mais je crois que je suis définitivement trop englué dans un modèle patriarcal archaïque.

    (vous comprendrez bien sur que ce message est à lire au 3e degré)

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