Dans le monde sans en être

Panser les blessures

Il y a quelques semaines on se chamaillait sur les réponses de François à l’interview qu’il avait accordée. On ergotait sur plein de choses et on en oubliait l’essentiel. De la façon la plus claire qui soit, il nous a rappelés à ce qui fait de nous de vrais chrétiens : la Charité. Nous sommes un « hôpital de campagne après une bataille ». Nos frères sont blessés, mutilés, sur le point de mourir et nous devons courir, médecin ou pas, pour les rejoindre dans leur souffrance. Voilà notre vocation : panser les blessures.

Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. (1 Co 13, 1)

Quelle violence dans les mots de Paul, si je n’ai pas l’amour je ne suis rien. Rien. Un cuivre, une cymbale, une cloche. Je fais du bruit, c’est tout. Voilà ce que le Pape nous rappelle et nous exhorte à appliquer. La morale, le culte, la justice ne sont rien si elles ne prennent pas racine dans la Charité.

Christ guérisant

La Charité, pour le chrétien que je suis, c’est d’abord un accueil. Je ne peux donner que ce que j’ai reçu. La seule source parfaite, intarissable, c’est Dieu. Dieu lui-même qui ne cesse de se donner à nous. Nous ne pouvons aimer nos frères blessés si nous même ne nous laissons pas soigner par le Consolateur. Il faut nous reconnaître nous aussi comme blessés. La vertu d’humilité nous permet cela. Elle fait vérité sur nous-même (dans les zones d’ombre comme dans les lumières, ce n’est pas une fausse modestie !). Vérité qui nous permet d’être ouverts à l’Amour de notre Seigneur et de recevoir ses Grâces. C’est par la fréquentation du Seigneur que nous serons capables de courir sur ce champ de bataille jonché de corps agonisants. Notre bras ce sera le Seigneur, notre brancard ce sera sa Grâce et notre bandage ce sera sa Parole.

Choisissons d’aimer car, oui, l’amour c’est une volonté qui s’exprime. C’est même là que la volonté prend son sens le plus profond. Elle s’accomplit pleinement dans l’amour et l’amour ne peut se passer de la volonté. C’est elle qui lui donne la fidélité, la capacité à surmonter toute épreuve. C’est elle, surtout, qui lui donne le pardon. En ce bas monde, l’amour n’est pas possible sans souffrances, nous aimons mais nous aimons mal. Nous blessons et sommes blessés et c’est là que le pardon intervient. La vérité nous montre la racine de nos maux, elle nous permet, par le pardon, de les guérir. Pardonnons, pardonnons nos ennemis. Car c’est cela la grande nouveauté qu’apporte Jésus ; poussons notre amour jusque dans le camp adverse. Traversons les lignes ennemies par la seule arme qui les atteigne : l’amour reçu du Christ. Et si c’est trop difficile remettons cela au Seigneur. Confions les dans la prière, cela nous oblige, petit à petit, à porter sur eux un regard bienveillant.

Enfin, quand la fatigue est là, quand les mots nous échappent, que notre souffle est coupé d’avoir trop couru, contentons-nous d’être là. Aimer ce n’est pas faire, c’est accueillir. Accueillons, laissons place à l’autre, donnons-lui la seule richesse qui nous appartient vraiment : notre temps. Alors et alors seulement nous pourrons annoncer la Bonne Nouvelle et répandre la Paix.

Basta

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