Dans le monde sans en être

Ces clochers qu’on abat

Destruction d'un clocher d'Abbeville« Une église dans le paysage améliore la qualité de l’air que je respire. » Disait Maurice Barrès en 1913 dans son livre « la grande pitié des églises de France ». Le célèbre écrivain avait lancé une grande campagne médiatique et politique pour sauver les églises françaises menacées de destruction. Il avait mené une campagne qui a rassemblé la droite et la gauche et qui reçut le soutien de quelques figures socialistes comme Marcel Sembat.

Ce combat a permis le vote de la loi sur le patrimoine qui permit de sauver bon nombre d’églises. Un beau succès.

Nous pouvons comprendre aisément le rassemblement d’une grande partie de la classe politique autour de cette loi. Les églises façonnent le paysage de France, elles dessinent la silhouette des villages de nos campagnes. Le village avec son clocher au milieu symbolise dans les imaginaires français, mais aussi étrangers, la France rurale, profonde où sont plantées profondément nos racines. Mitterrand ne s’y est pas trompé en posant en 1981 devant un village du Morvan arborant fièrement un clocher.

Pourtant, ce paysage est menacé. Près de quatre cents églises risquent d’être démolies, d’autres d’être désaffectées et transformées.

Des églises datant d’avant 1905, et ne faisant l’objet d’aucun classement au titre des monuments historiques, sont menacées de destruction car les communes ne peuvent plus les entretenir. Les frais de restauration ou d’entretien sont trop élevés, les mécènes privés sont rares et surtout, elles n’ont plus d’activité.

En effet, la désertification des campagnes et surtout la crise des vocations et la baisse de la pratique religieuse, ont rendu ces églises inutilisées. Dans les campagnes, il n’est pas rare qu’un seul prêtre ait un grand nombre de clocher. Les groupements paroissiaux sont immenses, et les fidèles peu nombreux. Des églises ont parfois une ou deux messes par an, parfois des funérailles et de temps en temps un mariage… C’est peu. Ces lieux semblent alors morts et cela n’incite pas les mairies à payer le prix pour une restauration. Certes la mairie n’a en charge que la sécurité de l’édifice. La restauration doit être prise en charge par des dons privés… reste à en trouver, ce qui n’est pas simple. Faute de dons, faute d’activité, la destruction peut être l’ultime solution. Sauf si la population se mobilise, ce qui est parfois le cas.

L'église du Chasseur à Saint Genest-LerptLes églises construites après 1905 appartiennent aux diocèses. Cette fois-ci, c’est le diocèse qui est en charge de l’entretien et celui-ci est parfois trop lourd. Reste la solution de vendre l’église qui sera alors transformée… Oui mais en quoi ? A Saint Genest-Lerpt, dans la Loire, l’église dite « du chasseur » a trouvé un acquéreur qui l’a transformé en habitation. Trois logements seront livrés dans l’ancienne église.

A Vierzon, la vente de l’église saint Eloi a été plus compliquée. Le diocèse a peiné à trouver un acquéreur sérieux. La mairie a finalement préempté le bien. Les polémiques sont allées bon train à Vierzon. On a cru qu’elle allait devenir une mosquée puis une loge maçonnique, ce qui a suscité certains émois et sollicité des candidats acquéreurs inquiets d’un tel devenir… finalement farfelu.

Une église est un lieu très fortement chargé en symboles. La transformer en un autre lieu de culte (ou en un temple maçon) ne peut laisser personne indifférent.

Sentiment de perdre du terrain face à un culte perçu comme concurrent, peur de perdre une part de son identité, toutes sortes d’émotions apparaissent lors de la vente d’une église à une autre confession, quelle qu’elle soit. Il vaut mieux éviter ce genre de transaction… et privilégier une vente dans le respect du lieu, sans passation à une autre religion.

Mais comment, nous catholiques, vivre un tel évènement ?

Ces églises menaçant ruine me font penser à l’église de San Damiano où Saint François d’Assise à reçu cet appel du Christ :

« Va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine ! »

François obéit tout de suite et commença à réparer San Damiano mais aussi d’autres églises… et il fonda l’ordre des frères mineurs qui rénova toute l’Eglise de son temps.

Parfois l’église physique nous décrit l’Eglise avec un grand E. S’il y a autant d’églises à l’abandon c’est à cause de la déchristianisation de la France. Les églises sont vides, éteintes… et donc elles sont détruites ou transformées.

Dans ces églises vides, Dieu nous appelle. Il nous appelle à faire vivre ces églises pour faire vivre l’Eglise. Certes, il faudra accepter de perdre quelques clochers. Nous pouvons éviter leur démolition en nous mobilisant pour qu’elles soient au moins transformées, par exemple en musée ou salle de spectacle comme le suggère Benoît de Sagazan. Comme ça elles seront sauvées de la démolition.

Mais surtout nous sommes appelés à un réveil missionnaire, à ouvrir toutes grandes les portes de nos églises pour qu’elles soient plus que jamais des lieux de vies et de foi.

C’est tout le défi de la nouvelle évangélisation !

Charles Vaugirard

4 réponses à “Ces clochers qu’on abat”

  1. Benoit de Sagazan

    Il est rare de rencontrer une telle communion d’esprit… Votre article ose regarder la réalité en face, sans tomber ni dans le prêche de “certains croisés identitaires” ni dans la résignation. Bravo.
    Si au début du XVIIè siècle ou aux lendemains de la Révolution française on avait rasé les églises qui n’étaient plus fréquentées. il ne resterait pas beaucoup d’édifice religieux anciens en France… Alors que 50 ans après, une majorité de ces églises redevenaient pleines…
    Qui peut dire ce que sera la foi de nos successeurs dans 50 ans ?
    cdt
    BS

  2. Charles Vaugirard

    @Benoit de Sagazan :
    Merci beaucoup pour votre commentaire.
    En effet, qui peut préjuger de la foi de nos héritiers ?

    Le passé regorge d’exemples d’églises menacées de destruction qui ont été sauvées par de nouvelles affectations. La ville de Bourg-en-Bresse a un exemple assez marquant : l’église de Brou, magnifique édifice gothique flamboyant. Elle a bien failli être démoli à la Révolution (par une vente à un carrier).
    Le maire de Bourg l’a sauvé en la changeant… en remise à foin. Certes cela peut sembler choquant (et ça l’est), mais c’était le seul moyen que le maire avait trouvé pour la sauver de la frénésie de l’époque. On aurait préféré que Cluny soit une remise à foin plutôt qu’une carrière… Les évènements passés, la pratique religieuse est revenue, l’église a été réaffectée au culte et le monastère qui la touche est devenu un séminaire.

    Au XXéme siècle, le diocèse a préféré s’en séparer. Le séminaire a fermé. La ville de Bourg a fait du monastère un très beau musée et l’église peut se visiter. Parfois il y a des spectacles et une ou deux fois par an il y a des messes solennelles commémoratives.

    Aucun spectacle, ni aucune exposition ne va a l’encontre du lieu. Les concerts sont généralement de musique classique, et les expos n’ont aucun caractère antireligieux. Brou est un exemple de reconversion contemporaine d’un édifice religieux dans le respect de la destination originelle du lieu.

    Le site de Brou : http://brou.monuments-nationaux.fr/

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