Dans le monde sans en être

La tentation de l’absolutisme démocratique

Les présidentielles nous ont, une fois de plus, donné un second tour entre le centre et une droite radicale. Macron ou Le Pen ? Pour un catholique le choix n’est pas forcément simple et un discernement éclairé s’impose. Pour tenter d’y voir clair, nous pouvons nous référer à la vision chrétienne de la démocratie, aux conditions incontournables que l’enseignement de l’Eglise, et ses inspirateurs, ont donné pour adhérer au régime démocratique. Revenons donc aux fondamentaux en convoquant le premier intellectuel catholique, bienheureux de surcroît, a avoir soutenu et pensé la démocratie : Frédéric Ozanam. Le fondateur de la Société de Saint Vincent de Paul, immense figure de la charité du XIXeme siècle, était aussi un penseur politique. En 1848, il a soutenu la République avec enthousiasme, mais aussi avec prudence, en définissant clairement la République qu’il voulait et celle qu’il ne voulait pas. Dans un article intitulé “Les deux Républiques” datant de la première élection au suffrage universel direct de l’histoire de France, le 23 avril 1848, il a donné une vision chrétienne de la démocratie en opposition à une vision païenne qu’il rejetait. Pour lui, la mauvaise République est celle qui repose sur un absolutisme démocratique, une souveraineté populaire sans frein ni cadre où tout, absolument tout, peut être décidé par un vote à 50% des voix plus une. A contrario, la République chrétienne que souhaite Ozanam donne un cadre et une limite à la souveraineté du peuple. Dieu est ici le vrai souverain et, sans être une théocratie, il règne à travers les consciences des citoyens. Le gouvernement est donc une recherche de la vérité tous ensemble, humblement, dans le cadre de l’état de droit, dans les limites de grands principes comme les Droits de l’homme, la protection du plus faible, la défense de la vie etc. Le peuple est donc sous l’autorité d’une loi suprême voulue par Dieu que les hommes doivent suivre : c’est la loi naturelle. Le principe de loi naturelle remonte aux origines de l’Eglise et pour la première fois, en 1848, elle était utilisée pour définir une démocratie chrétienne. Les Papes de Pie XII à François suivront ce principe pour rappeler nos démocraties à l’essentiel.
Pourquoi le rappeler dans cet entre-deux-tours ? Parce-que la tentation de l’absolutisme démocratique fait son grand retour ! Reprenant le concept de référendum d’initiative citoyenne sans limite revendiqué par les gilets jaunes, Marine Le Pen s’est voulue la promotrice d’une démocratie directe absolue, hors de contrôle pourvu qu’on obtienne 500 000 signatures… ce RIC ne serait-il pas la boîte de Pandore ? Euthanasie, fin des aides aux étrangers, peine de mort, tout deviendra possible. D’autant que Marine Le Pen semble vouloir imposer sa réforme constitutionnelle en enjambant la constitution par un référendum sans validation au Parlement… Les constitutionnalistes n’ont pas manqué de réagir et Marine Le Pen, déstabilisée, a tenté de se rattraper. Mais la tentation de l’absolutisme démocratique est bien là. L’occasion de nous rappeler que la République n’est pas seulement la souveraineté du peuple, c’est aussi l’état de droit et le législateur lui-même est soumis à des principes immuables qui préservent la personne humaine et garantissent le bien commun.
Charles Vaugirard

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