Dans le monde sans en être

Et maintenant, place à l’écologie humaine !

La cinglante défaite de la liste Bellamy et la forte poussée des écologistes doivent inciter les chrétiens à revoir leur logiciel de participation à la cité. « Prendre soin » de l’homme et de la nature pourrait être un nouveau leitmotiv.

Il y avait deux dynamiques fortes dans la période préélectorale : la dynamique des périphéries (gilets jaunes), et la dynamique écologique (marches pour le climat). Les Républicains, dans les grandes lignes, et malgré le talent de François-Xavier Bellamy, n’ont pas semblé assimiler ces grandes tendances, quand le RN a capté la révolte des ronds-points et EELV celle des jeunes marcheurs. Catholique convaincu, le candidat LR a semblé séduire lors de ses meetings une population de fans, mais le message n’est pas passé dans l’électorat général. Son score de 8, 5 % place les cathos « intégraux » dans un couloir très motivé mais cloisonné : ainsi se referme le piège de la Manif pour tous, mouvement qui a dans le même temps éveillé une nouvelle génération d’engagés et isolé les chrétiens sur la scène publique, donnant l’impression d’un « bloc » militant à part, aux codes difficilement communicables.

La question se pose aujourd’hui de l’espérance politique pour notre temps, et du logiciel que les chrétiens ont à faire vivre dans la cité.

Quatre ans après l’encyclique Laudato si, et dans le contexte environnemental (la disparition des espèces devrait constituer une alarme pour les défenseurs de la Création) et bioéthique que l’on sait, le temps est peut être venu que les chrétiens incorporent à leur vision politique la dynamique écologique, sur le fond mais aussi sur la forme, afin de rejoindre davantage leurs contemporains, et d’être porteur d’un projet d’avenir – le conservatisme, on l’a vu ne constituant pas un idéal partageable dans notre pays au tempérament révolutionnaire. En même temps, il ne s’agit pas de brader le leg dont ils sont dépositaires en matière d’éthique et d’anthropologie. Au contraire, que ce soit sur le front de la fin de vie, de la pauvreté et du handicap, de l’économie de communion, de la menace eugénique ou de la défense de la famille, l’expertise et l’engagement des chrétiens sont plus que jamais nécessaires à la société : simplement ils peuvent à profit être incorporés dans une dynamique qui relève de l’écologie, une écologie humaine.

En quoi l’écologie humaine est-elle en adéquation avec les besoins de notre époque, un peu comme la démocratie chrétienne fut la réponse catholique aux défis de l’après-guerre ? Je relève quatre raisons.

  • L’écologie humaine vise à réconcilier la problématique de l’environnement et celle de la fragilité humaine, sous la même aspiration à « prendre soin », protéger l’homme dans son environnement naturel, honorer ses racines, assumer l’interdépendance de tous les hommes, permettre la croissance de chacun. Elle n’oppose pas, comme le font souvent les partis écologistes traditionnels, l’homme et la nature ; elle ne considère pas l’homme d’abord comme une menace pour la nature, mais homme et nature comme les deux pôles d’une alliance à protéger.
  • L’écologie humaine s’inspire des codes de l’écologie environnementale, car il s’agit de la même dynamique : réagir contre un effondrement (celui de la nature, celui de l’humain) ; agir par les pores de la société civile (associatif, liens personnels, médias) avant que d’inspirer le politique. Elle s’inspire des logiques à l’œuvre dans la nature, comme porteuses de sagesse : besoin de racines et d’air, par exemple, rythmes biologiques, etc…Elle n’est pas un bloc, mais cherche à diffuser sa logique dans l’ensemble de la sphère politique. Enfin, elle vise le moyen et long terme, plus que le succès immédiat, et cherche l’enracinement par le local et l’expérimentation. Elle se méfie des étiquettes idéologiques classiques, droite, gauche, progressisme, et…
  • L’écologie humaine, en s’appuyant sur la phrase clé du pape François : ‘Tout est lié’, développe une vision systémique des choses et des problématiques, elle ne les isole pas ; elle cherche à voir les impacts de toute décision sur l’ensemble de la chaine humaine et environnementale. Elle ne prétend pas tout inventer mais fédérer les bonnes idées, les bonnes pratiques, les bonnes personnes, les mettre en lien pour arriver à des solutions pragmatiques. Elle préfère les petits pas aux utopies grandiloquentes et déceptives, mais propose un horizon stimulant, notamment pour la jeunesse.
  • L’écologie humaine repose sur la notion d’émerveillement davantage que de la loi : émerveillement devant la nature, émerveillement devant l’homme. En matière d’environnement, elle cherche moins la pénalisation que l’incitation ; en matière d’éthique humaine, elle vise aussi à favoriser cet émerveillement : il s’agit moins d’interdire que de viser le Bien, la beauté de l’homme, de tout homme, quelles que soient ses caractéristiques. Elle sait aussi être ferme, quand elle cherche à préserver l’homme de ce qui est toxique pour son être et son équilibre, comme elle préserve l’environnement de ce qui est polluant. Elle a la bienveillance pour style et sait faire des compromis quand c’est nécessaire, ne se raidit pas.

Jusqu’à présent l’écologie humaine ou intégrale a inspiré des médias, des livres et des associations, et de nombreux engagements personnels ; il lui reste à nourrir plus directement le terreau de la vie politique. Est-ce à dire qu’un mouvement citoyen s’en inspirant est nécessaire ? Pourquoi pas dans un premier temps à l’échelon de la commune, celui de la proximité, de l’ « échelle humaine » par excellence ? Cela reste à approfondir, mais le temps est peut-être venu d’une transcription directe dans la vie publique de ce logiciel à la fois cohérent, profond, mobilisateur et capable de parler au-delà du cercle des catholiques tout en sollicitant les meilleures ressources de ces derniers.

Cyril Douillet est père de famille, journaliste, membre du Courant pour une écologie humaine depuis 2013, engagé dans le monde du handicap depuis 1999.

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