Dans le monde sans en être

Le Christ-roi ou l’État-dieu

Statolâtrie autoréférentielle ou métapolitique libératrice : il faut choisir !

Le 11 décembre 1925, par l’encyclique Quas primas, le pape Pie XI instaurait la fête du Christ-roi, dans le double but de « saluer […] en son Auteur et Fondateur, le Roi, le Seigneur, le Roi des rois » et de contrer « la peste qui a corrompu la société humaine » : le « laïcisme », dont elle dénonce « les erreurs et les crimes ». Cette encyclique est certes ancrée dans son temps : promulguée peu après la mise en place du communisme soviétique d’abord, du fascisme italien ensuite, elle précède de moins d’une décennie l’avènement du régime nazi – des régimes qui présentent pour caractéristique commune d’avoir fondé des États sans Dieu, païens ou athées. Cependant la pertinence de l’encyclique et de la fête qu’elle instaure ne s’arrête pas aux seules limites historiques des grands totalitarismes du XXe siècle : tout d’abord parce que, de ce XXe siècle, nous sommes les héritiers, notamment dans notre conception de l’État ; mais aussi parce que ce qu’elle dénonce – une forme de laïcisme qui interdit, dans l’espace public, toute référence au Christ, pourtant condition du bonheur des peuples – est plus que jamais d’actualité.

I- L’État-dieu : résultat d’une aséité du politique

Maritain, dans le commentaire qu’il donne de Quas primas en 1927, fait du laïcisme le résultat de « la longue revendication d’aséité que la créature humaine poursuit depuis plus de trois siècles, et qui s’est traduite dans l’ordre moral, social et politique par le vœu de n’obéir qu’à soi-même formulé par Rousseau et par Kant. » Une telle aséité, dans laquelle l’homme se coupe de sa relation à son Créateur et de la vérité de son être, ne peut conduire qu’à « une violence absolue imposée à l’homme et à un despotisme antihumain » dans la mise en place de régimes politiques autoréférentiels et totalitaires. Maritain évoque l’exemple représentatif du bolchévisme. En 1931, Pie XI publie l’encyclique Non abbiamo bisogno, dans laquelle il condamne le fascisme italien comme une « statolâtrie [idolâtrie de l’État] païenne ». En 1937, deux autres encycliques dénonceront successivement les régimes communiste et nazi.

La statolâtrie dans les totalitarismes du XXe siècle
Le matérialisme au fondement de la toute-puissance des États totalitaires

Thomas d’Aquin, dans son traité Du royaume, définit les relations qu’entretiennent la religion et la politique dans le paganisme : « Parce que donc le sacerdoce des Gentils [des païens] et tout le culte de leurs dieux avait pour but l’acquisition des biens temporels, qui tous sont ordonnés au bien commun de la multitude, dont le soin incombe au roi, il convenait que leurs prêtres fussent soumis aux rois. » C’est parce que, dans le paganisme antique, le bien de l’être humain était uniquement conçu comme matériel (temporel) que le pouvoir religieux était soumis au pouvoir politique. C’est parce que le bien de l’homme est à nouveau considéré comme uniquement matériel que l’État totalitaire (communiste, fasciste, nazi) entend dominer les institutions religieuses, mais aussi les médias, l’éducation – ce que dénonce vigoureusement Pie XI dans Non abbiamo bisogno. En effet, si le plus grand bien humain est matériel, le bien du tout étant supérieur au bien de chacune de ses parties, il est naturel que l’État, qui a en charge le bien matériel ou temporel du tout, exerce tout pouvoir sur les individus au profit du tout. Ainsi, une idéologie matérialiste place l’État au rang d’ultime instance de décision concernant les différentes dimensions de la vie de ses citoyens.

La « vie nue »

Le pouvoir souverain, devenu ultime instance, peut dès lors envisager l’être humain comme disponible à son égard, comme une « vie nue » (pour reprendre les termes d’Hannah Arendt), qui n’est revêtue par aucun statut, aucune personnalité, et donc aucune protection civile, aucun droit, tant qu’elle n’a pas été définie par lui. Aussi le concept de « vie nue » a-t-il été théorisé par Hannah Arendt à partir de la figure du juif dans le régime nazi – il s’agit de l’être, dénué de tout statut juridique, dont le meurtre n’est pas un crime. Il a pu s’appliquer aux victimes de l’univers concentrationnaire des différents États totalitaires – mais aussi, en particulier, aux victimes du programme euthanasique mis en place par Hitler. L’État qui s’arroge ainsi le droit décréter la valeur ou la non-valeur de l’existence humaine, qui se donne un pouvoir de création ou d’anéantissement juridique appliqué sur le corps et la vie biologique des personnes (ce qu’Agamben, après Foucauld, appelle biopolitique), qui permet le meurtre sans le qualifier de crime, ne fait rien d’autre que singer le geste créateur divin.

L’athéisme politique ou laïcisme : au fondement d’une nouvelle religion d’État

Le matérialisme idéologique sous-jacent aux politiques totalitaires du XXe siècle implique non seulement la liquidation de Dieu et de la religion – d’où un mépris du christianisme que Pie XI dénonce comme « laïcisme », voire une persécution anti-chrétienne et anti-juive – mais encore l’avènement d’une nouvelle forme de messianisme sécularisé, visible dans le fascisme, dans le communisme soviétique comme dans le nazisme, où il s’agit de hâter l’avènement d’une société parfaite : instauration d’une société sans classe par la figure rédemptrice du prolétaire pour le communisme, d’une société de race supérieure pour le nazisme. Si le laïcisme n’est autre que la traduction politique de l’athéisme, on constate cependant que, dans ces totalitarismes, l’absence de Dieu a été comblée par une autre forme de rédemption, temporelle celle-ci, qui autorise là encore à parler de statolâtrie.

L’État libéral contemporain : pertinence de la notion de statolâtrie

En 1922, le juriste allemand Carl Schmitt, affirmait que « tous les concepts prégnants de la théorie moderne de l’État sont des concepts théologiques sécularisés » – c’est-à-dire le résultat du transfert en politique de concepts théologiques vidés de leur contenu religieux et appliqués à l’État. Il s’appuyait en cela sur Thomas Hobbes, penseur fondamental de la politique moderne, qui théorisa l’État comme une sorte de « dieu artificiel » (pour synthétiser ses expressions) au pouvoir illimité. Le terme de « statolâtrie » ne saurait mieux s’appliquer. Il est remarquable que, si Carl Schmitt, dans les années trente, rejoignit le régime nazi, son influence ne s’arrêtât pas à la chute du régime : au contraire, sa conception de la souveraineté, héritée de Hobbes, fait encore autorité en ce qui concerne la théorie de l’État moderne.

Un matérialisme individualiste

En effet, bien que le matérialisme soit revisité par l’État démocratique contemporain d’une manière très différente des États totalitaires, l’idéologie des droits individuels qu’il a érigée en ultime valeur n’est pas incompatible avec la conception moderne de l’État souverain – au contraire. Car, lorsque, dans une société démocratique, chacun est légitimé à satisfaire (et donc à imposer) sa volonté souveraine (« mes désirs sont des droits »), c’est la dictature de la majorité (dénoncée par Tocqueville et rappelée par Benoît XVI) qui s’instaure. Peu importe en fait que cette dictature soit celle de la masse – de la majorité – ou celle d’un petit nombre – d’une ou de minorités : la démocratie individualiste donne lieu à la tyrannie de tous : ce qui importe en revanche est que ce qu’elle légitime correspond non à l’ordre de la justice, mais à un arbitraire. Un État arbitraire, relativiste et centralisé est en effet le corollaire d’un individualisme tyrannique dont il est l’instrument. Dans une telle société, les communautés familiales et locales se trouvent fragilisées voire anéanties – à l’opposé de la conception du bien commun comme un bonheur des personnes en relation au sein des communautés (naturelles et artificielles) et du principe de subsidiarité prôné par la doctrine sociale de l’Église. C’est ainsi parce que l’homme contemporain s’idolâtre lui-même qu’il en vient à créer un État-dieu, idole politique construite non pas tant à l’image de Dieu qu’à sa propre image, violent et jaloux.
Se retrouvent alors deux caractéristiques principales de la statolâtrie : d’une part le laïcisme, qui n’est autre (de facto) qu’un athéisme politique ; d’autre part les atteintes à la vie biologique de l’humain, dont la valeur devient négociable. Si, dans les États totalitaires, il s’agissait par là d’affirmer la puissance souveraine de l’État aux dépens des individus, il s’agit, dans l’État libéral, d’affirmer la puissance souveraine des individus au moyen de l’État ; la puissance souveraine de l’État, au lieu d’être au service d’une idéologie holiste, a simplement été mise au service des caprices de l’individu : ainsi naît l’État-providence.

La « vie nue » à la merci de l’individu-roi

C’est pourquoi le statut de « vie nue » n’y est pas absent. La législation sur l’embryon, sur la personne en état végétatif, sur la personne en état de mort cérébrale (et non pas encore biologique) en témoigne : n’est-elle pas la redéfinition juridique du statut de l’humain selon la valeur qu’on lui accorde en fonction de circonstances arbitrairement définies (jusqu’à tant de semaines après la conception, en cas d’état végétatif considéré irréversible etc.), satisfaisant les désirs ou les besoins des individus qui l’entourent ? La dignité de l’être humain ne tient plus dès lors à son humanité (et donc au simple fait de son existence), mais à la personnalité juridique qui lui est accordée, ou pas, par l’État souverain mis au service du désir des individus.
Le laïcisme comme religion d’État : le polythéisme des valeurs
Si, dans l’État libéral, il revient à chacun d’établir la ou les valeurs qu’il pose en principe, il revient alors à l’État d’organiser la coexistence de tous dans le concret du champ social. Cette coexistence nécessite la mise en place d’une neutralité axiologique – qui n’est pourtant pas elle-même axiologiquement neutre : elle présuppose l’intérêt (et donc la bonté) voire la validité (et donc la vérité) d’un relativisme radical. C’est ainsi que l’État contemporain assume aveuglément cette incohérence : celle d’une neutralité religieuse soi-disant respectueuse de la croyance de chacun (puisque chacun est souverain de sa vérité), qui se transforme elle-même en valeur (la « tolérance ») devant supplanter, dans l’espace public, les convictions personnelles de chacun. Il s’agit finalement d’un polythéisme des valeurs dont le fondement est un athéisme pratique appliqué à la politique. Voilà le visage que revêt aujourd’hui le laïcisme. Se posant à l’origine comme rempart pour la défense de la liberté de pensée, de parole et de religion de chaque citoyen, il se transforme en nouvelle religion d’État , interdisant toute pensée dissidente avouée au sein du corps social (notamment parmi les fonctionnaires ou les personnes exerçant une profession à destination publique). Là où la liberté prenait son sens comme liberté de conscience, il instaure un libertarisme destructeur de toute morale ; là où le spirituel dessinait une dignité de l’individu au-delà du matériel, il impose structurellement un matérialisme dominant jusque sur les esprits. Ainsi, non seulement le religieux, mais la conscience elle-même perdent tout droit de cité, toute légitimité sur la place publique. C’est très exactement ce que dénonce Pie XI lorsqu’il condamne la « peste du laïcisme » et le « lourd silence » dont est couvert, dans les instances publiques, « le nom très doux de notre Rédempteur ».

II- La Royauté du Christ : une métapolitique libératrice

C’est à ces « erreurs et ces crimes » du laïcisme (Quas primas), à cette « statolâtrie » (Non abbiamo bisogno) que la royauté du Christ vient remédier, d’abord en s’opposant au matérialisme politique et en fondant une métapolitique libératrice.

La prééminence du bien spirituel sur le bien temporel : une métapolitique libératrice
Contrairement à l’ordre païen, « sous la Loi Nouvelle, le pouvoir temporel est soumis au pouvoir spirituel ». En effet, dans la conception matérialiste païenne, le bien commun apparaît naturellement supérieur au bien individuel – l’individu doit au besoin être sacrifié pour le bien de tous. Au contraire, le christianisme, en donnant une finalité ultime nouvelle à l’être humain, à savoir non plus un bonheur terrestre et matériel, mais un bonheur surnaturel et spirituel – la communion à Dieu – vient renverser cette échelle de valeurs : désormais, le bien spirituel, même d’un seul, est affirmé comme incomparablement supérieur au bien temporel, même de tous. Apparaît dès lors, dans le christianisme, une libération de la personne par rapport à l’emprise de l’État.
Cette libération n’est pas une autre sujétion : en effet, la royauté du Christ est avant tout une royauté spirituelle qui exige la parfaite liberté de conscience de ses citoyens. Thomas d’Aquin, nous rappelle Jean-Paul II, « est à tel point favorable au respect inconditionnel de la conscience qu’il soutient que l’acte de foi au Christ serait indigne de l’homme au cas où ce dernier serait en conscience convaincu de mal agir en accomplissant un tel acte. L’homme est toujours tenu d’écouter et de suivre un appel, même erroné, de sa conscience qui lui paraît évident. » La royauté du Christ exige donc le respect de la liberté de conscience, qui limite le pouvoir politique .
Ce n’est donc pas le pouvoir politique qui détermine le statut de l’être humain, mais au contraire une métaphysique de l’être humain (c’est-à-dire la considération de son être, posé par Dieu dans l’existence et fait pour Lui de par son essence) qui fonde désormais la vie politique, sa légitimité, son étendue et ses limites. Ainsi le christianisme dessine-t-il un « au-delà du politique », une métapolitique, c’est-à-dire une instance supérieure à lui et qui s’impose à lui, protégeant les personnes de l’exercice d’un pouvoir arbitraire de l’État ; mais cette métapolitique, en tant que limitation du politique (et donc détermination, définition) légitime aussi, nous le verrons, son autonomie : dans le christianisme, est préservée une forme d’indépendance du politique par rapport au religieux (« Rendez à César ce qui est à César »).

La royauté universelle du Christ et la dignité de tout homme

La double royauté du Christ…

« Le Christ règne sur nous non seulement par droit de nature [du fait de sa divinité unie à son humanité], mais encore par droit acquis, puisqu’il nous a rachetés » souligne Pie XI. Sa royauté consiste d’une part en une souveraineté naturelle ou divine, en tant que Créateur et Provident, d’autre part en une souveraineté surnaturelle, du fait de la Rédemption et de la grâce que le Christ communique. Cette royauté est telle que le statut qu’il accorde aux citoyens de son royaume n’est pas tant une sujétion qu’une dignité. Aussi, à sa double royauté correspond une double dignité de l’être humain selon ses plans.
…fonde la double dignité de ses citoyens…
Tout d’abord en tant que créature de Dieu, et même ultime créature, destinée à régner sur l’ensemble de la création. Cette créature a été faite « à l’image et à la ressemblance de Dieu », et porte en elle-même une dignité qui lui est inhérente, décrétée par l’ultime pouvoir souverain qu’est son Créateur, Dieu. Le don de l’existence humaine par Dieu est donc inaliénable du don de la dignité. Mais bien davantage : par l’Incarnation du Verbe, l’être humain se trouve placé au cœur d’un mystère proprement divin – celui de la participation dans sa nature même au mystère de la vie divine. En effet l’humanité, accueillant en son sein le Fils de Dieu, est élevée par là-même à une dignité particulière : celle de fils de Dieu, qui le restaure dans sa vocation originelle de roi de la Création terrestre, mais la dépasse largement en le rendant participant de la vie divine par la grâce.
…c’est-à-dire tous les hommes.
Cette dignité, posée par une royauté qui n’est pas acceptée par tous, est pourtant offerte à tous et protectrice de tous : en effet la royauté du Christ est universelle, non seulement dans sa dimension naturelle mais aussi surnaturelle. En effet St Thomas affirme que le Christ, en tant que rédempteur de tous les hommes, est leur chef (leur tête) à tous – soit en acte, soit en puissance. Seuls ceux qui refuseront d’être sauvés, une fois damnés, n’appartiendront plus à son corps mystique – cependant, continuant d’exister, ils resteront dépendants de sa royauté créatrice qui les soutient dans l’être.

La loi et la grâce

La loi naturelle : reflet de la loi éternelle dans le cœur de l’homme
Si la loi est le moyen du gouvernement (selon Thomas d’Aquin), le Christ, roi de par sa nature divine, exerce son gouvernement sur la Création par la loi éternelle. Dans la créature humaine, la « loi éternelle » de Dieu régnant sur sa Création prend la forme de la « loi naturelle », inscrite dans le cœur (ou la volonté) et dans la raison de l’homme comme une inclination à discerner et à faire le bien. Elle est vecteur de liberté, dans la mesure où elle est un appel intérieur à chaque homme à juger et à agir selon sa conscience. Elle est également universelle et donc fondatrice d’égalité, puisque tous, y compris le gouvernant, y sont soumis.
La loi naturelle : une limitation de la loi positive
Cette doctrine de la loi naturelle (ou jusnaturalisme), qui a si mauvaise presse aujourd’hui , présente cependant l’avantage non négligeable de limiter l’arbitraire de la loi positive. En effet, la loi positive n’a raison de loi que si elle est « en vue du bien commun » véritable – et donc conforme à la loi naturelle. Ainsi, la loi positive est nécessaire du fait que la loi naturelle ne règle que les inclinations générales et non pas les déterminations particulières, mais elle est intimement dépendante de la loi naturelle dont elle doit dériver . Le jusnaturalisme apparaît ainsi comme un moyen efficace de contrer toute loi fondamentalement injuste, en limitant l’arbitraire de l’État.

La grâce : moyen de gouvernement du Christ dans le cœur de ses fidèles

Enfin, si le Christ est roi du fait de la rédemption, ce n’est pas par une loi qu’il gouverne le peuple des rachetés, mais par la grâce qui, dans leur cœur, leur donne de le suivre – une grâce qui ne détruit pas la nature mais l’accomplit et la surélève.

La royauté temporelle du Christ : théocratie et laïcité

La prééminence du spirituel sur le temporel n’induit pas une aliénation du politique au religieux, ni une théocratie religieuse (c’est-à- dire dans laquelle les prêtres ou dirigeants religieux ont la charge du gouvernement des biens matériels et de la politique en général). En effet le christianisme distingue deux ordres, désignés par Thomas d’Aquin sous les termes de naturel et de surnaturel : la nature, d’un point de vue théologique, est comprise comme l’ensemble du créé, y compris donc l’être humain, lequel est doté d’intelligence et de volonté, et poussé par la loi naturelle à la recherche de la vérité et du bien. Distingué du naturel, le surnaturel est la communion divine à laquelle l’homme est introduit par la rédemption du Christ. De cette distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel découle la distinction entre le gouvernement politique et le gouvernement spirituel, du rôle légitime de l’État et de celui de l’Église. En effet, le gouvernement spirituel est à la charge du Christ-roi, qui conduit son peuple, l’Église, vers le bien surnaturel, la béatitude : sa royauté est, Pie XI le rappelle, essentiellement spirituelle . La communauté politique naturelle a son propre chef à sa tête, qui a charge de la gouverner pour le bien commun naturel : le pouvoir politique n’est donc pas subordonné au pouvoir religieux – là se trouve le fondement d’une saine laïcité.
Cependant, le bien commun naturel ne doit pas être compris en totale dichotomie avec le bien spirituel : puisque l’être humain a pour finalité ultime le bien spirituel, la gestion du bien temporel doit tenir compte de cette exigence et offrir à ses citoyens les conditions temporelles nécessaires à l’obtention du bien spirituel. De ce point de vue, le Christ exerce une suzeraineté sur le domaine temporel ; ainsi saint Paul nous recommande-t-il d’obéir aux autorités publiques, en tant qu’elles représentent le Christ. D’autre part, lorsque des États prennent des dispositions temporelles allant contre le bien spirituel de l’homme (ce qu’on appelle le domaine mixte, où le temporel touche au spirituel), il appartient à l’Église de rappeler la prééminence du spirituel sur le temporel.
Ainsi le christianisme favorisa-t-il la distinction du domaine politique et de la sphère religieuse en Occident, et permis l’apparition d’une saine laïcité.

Conclusion

En clôturant l’année liturgique, la fête du Christ-roi nous rappelle que l’histoire universelle est appelée à se récapituler dans la souveraineté du Christ de sorte « qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre, toute langue proclame : Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père ».
Ainsi, le christianisme, par le rappel de la souveraineté du Créateur, et par le sacrifice rédempteur du Christ en croix et sa Résurrection, libère l’être humain de la violence d’un État autoréférentiel : il redessine une sphère politique limitée par l’ordre surnaturel et fondée sur le droit naturel, il soutient la dignité de tout être humain créé par Dieu et racheté par le Christ, invalidant ainsi la condition de « vie nue », celle de l’être humain à la merci de l’arbitraire politique.

Faustine Malloizel

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