Dans le monde sans en être

Face à la vague

Laboratory microscopic research of IVF (in vitro fertilization). Digital illustration.

Extension de la PMA, tests génétiques, dépistage anténatal, autoconservation des ovocytes … Il y a de quoi être sonné par le rapport du CCNE publié la semaine dernière, tant il ouvre de vannes. Même s’il n’est que consultatif, on sent comme une grande vague prête à emporter les dernières digues d’une certaine conception de l’humanité. Chacun perçoit qu’il s’agit d’un mouvement de fond que deux- trois pétitions, et même des argumentaires de bon sens, ne feront pas reculer facilement.

Comment en est-on arrivé là ? Que peut-on faire ? Sans être spécialiste de tous ces sujets, j’aimerais tenter de répondre en profondeur à ces deux questions, en prenant un peu de recul.

Je vois dans cette vague trois origines qui finissent par converger.

La première, c’est la dynamique propre de la science. Les progrès faramineux dans tous ces domaines de pointe que sont la génomique, la reproduction artificielle, le dépistage, etc, semblent accélérer à vitesse grand V. La technique s’emballe, avec une logique d’aller toujours plus loin, pour connaître et agir. Le champ des possibles semble infini : pourquoi donc s’arrêter de chercher, puisque ce qui paraissait impossible il y a 20 ans est aujourd’hui est aujourd’hui disponible en quelques clics sur internet ? « On n’arrête pas le progrès », dit le dicton. On en est là.

La deuxième origine c’est la  dynamique du marché. Sa logique est celle de l’offre et de la demande. Elle est implacable : puisque certains sont  prêts à offrir quelque chose (du sperme, un ventre, etc…), et que d’autres sont dans la demande de cette même chose (des couples d’hommes ou de femmes, etc), pourquoi ne pas favoriser l’échange entre ces personnes, et pour cela développer des intermédiaires, qui bien sûr feront leur beurre de cette transaction. Le marché n’a pas de limites : là où il y de l’offre et de la demande, il y a des affaires à faire. Peu importe que cela ait trait à l’intime, au corps…Qui peut lutter contre ça ?

La troisième origine, qui est liée à la deuxième, c’est la dynamique de d’individualisation de la société. La perspective de la liberté et de l’autonomie est devenue dominante, elle a envahi tout le champ de la réflexion. Centrée sur la réalisation des désirs individuels, elle est également infinie puisque par définition, le désir est sans limite. C’est « mon corps », « mon envie », « mon projet ». Elle ne supporte aucun interdit, tant que les « victimes » (enfants à naître, embryons, enfants sans père) n’ont pas la parole pour opposer à ce « droit à » la violence qu’ils subissent.

On pourrait se résigner, tellement ces trois dynamiques sont fortes et viennent de loin.

Pour autant trois antidotes, encore plus profonds,  me semblent possibles.

Le premier « antidote » possible, c’est le recours au sacré. Car la dignité humaine a bien avoir avec la notion d’absolu. Toutes les transgressions actuelles (depuis l’IVG-IMG) commencent par des compromis, des marchandages, des dosages ; et on se dit qu’on n’ira pas plus loin. Mais en fait, si l’on franchit une ligne rouge, même de quelques millimètres, on a déjà renoncé à la dignité ; donc cela tient jusqu’au prochain compromis. Il y a bien sûr une différence de degré entre une IMG à 8 mois, et  une pilule du lendemain…mais pas de nature. La dignité de la personne depuis la conception renvoie à une forme d’absolu, elle est une conséquence de la dimension sacrée de la personne contenue dans la phrase biblique : « Dieu fit l’homme à son image ». Le retour du sacré, dont on constate de multiples formes dans la société, peut ici rejoindre la préoccupation éthique.

Deuxième antidote possible : la  dynamique écologique. On constate la force de cette tendance sur le plan environnemental. Mais cette intuition qu’il faut revenir à la nature, au respect de l’environnement,  au « prendre soin », sous peine d’une catastrophe planétaire, n’est-il pas transposable à l’homme ? Chacun peut percevoir que la procréation in vivo est plus naturelle que la PMA, et que c’est une chose bonne….de la manière que l’on a pris conscience qu’il est plus sain, « plus bon », d’utiliser des savons sans polluants, de rouler en vélo, de ne pas tuer inutilement des animaux, etc…Cette transposition à l‘humain- qui fait partie de la nature – est encore peu développée, mais il y a là un potentiel immense, une dynamique d’une puissance phénoménale.

Enfin troisième antidote : c’est la rencontre, l’émerveillement – l’amitié, devant des personnes vulnérables. Toutes les techniques eugénistes déjà l’œuvre, et que l’on souhaite amplifier, répondent à l’angoisse devant la différence et la fragilité. Une angoisse compréhensible. Mais qui relève parfois de la méconnaissance : comment expliquer la traque obsessionnelle, et anxiogène pour les femmes enceintes, de la trisomie 21, alors même que d’autres handicaps sont beaucoup plus graves ? Parallèlement, combien de personnes ont découvert la richesse des plus fragiles, en terme d’humanité, de sensibilité, etc…Il y a là un trésor que notre société commence à découvrir, timidement, à travers l’école, l’entreprise, les arts, etc…

Voilà trois réponses qui permettent d’envisager un reflux de la vague, pas forcément tout de suite, mais à vue humaine. D’autant que ces trois voies, si elles peuvent être envisagées séparément, sont également convergentes. Oui, l’espérance est là.

Cyril Douillet

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