Dans le monde sans en être

La chasteté n’est pas ce que l’on croit

Une époque prise en étau entre hypersexualisation et #balancetonporc

La chasteté est l’objet de beaucoup de malentendus actuellement. Voilà une vertu qui, en ces temps d’hypersexualisation, suscite pas mal de remarques ironiques, voire égrillardes. Bien sûr, nous vivons à l’ère de  #metoo et #balancetonporc, et les propos déplacés et autres conduites « inappropriées » n’ont qu’à bien se tenir ! Peut-être que les hommes devront bientôt prendre le métro avec les mains en l’air, en gage d’intentions pacifiques envers les passagères du beau sexe, et de preuve de non-agression. Mais de là à faire l’éloge de la chasteté ! On imagine difficilement Libération chanter ses louanges ! On veut bien que les hommes se conduisent convenablement avec les dames, mais pas au point de devenir chastes !

Les clichés ont la vie dure

C’est ici que se greffe le malentendu relatif à cette notion. Car la chasteté n’est ni la continence, ni l’abstention sexuelle. On peut être chaste et marié. Cette vertu est faite de délicatesse et de retenue envers le prochain. La chasteté n’est pas intrusive, ni manipulatrice. Elle respecte l’homme ou la femme avec qui elle traite.

Cependant, malgré notre obsession des « harcellements » en tout genre, elle a peu de chance de devenir à la mode, même si elle hérisse  moins nos mentalités que sa consoeur, la vertu de pureté. Pourtant, la chasteté possède tous les atouts pour plaire aux nouveaux Savonarole progressistes, qui découvrent subitement que les pulsions ne sont pas toutes innocentes. Mais les clichés ont la vie dure.  Pas plus que la pureté, la chasteté n’a vocation à devenir une vertu spécialement à l’honneur… Peut-être que le libéralisme-libertarisme subodore en elle une retenue qui pourrait s’avérer préjudiciable au plein épanouissement de la pulsion acheteuse…

La chasteté, une école de discernement de l’invisible

Notre époque a souvent le mot de « respect » à la bouche. Mais sait-elle de quoi elle parle en l’employant ? Il ne suffit pas de s’abstenir de  commettre des incivilités ou de proférer des injures, pour respecter l’autre. Accueillir le mystère de l’altérité de mon prochain, et l’accueillir positivement,  constitue déjà une marque de chasteté. Celle-ci représente en effet une vertu qui discerne et devine Dieu en tout être humain. La chasteté est une vertu qui, au-delà des apparences, et dans les apparences, entrevoit l’invisible. Loin de mépriser la matière, la chasteté la comprend au contraire comme l’épiphanie de l’être, de la transcendance et de la sainteté.

La chasteté discerne intuitivement la dimension transcendante de notre prochain. C’est pourquoi elle ne s’en approche qu’avec une infinie délicatesse. La chasteté craint d’offenser cette dimension divine de l’être humain par un regard impudique ou des pensées déplacées. Cette vertu devine en chaque homme ou femme un fils ou une fille de Dieu.

Jésus le seul chaste

La postmodernité fait également grand honneur à l’idée d’égalité. Cette aspiration  reste néanmoins un voeu pieux la plupart du temps. Seule la chasteté est capable de traiter tous les hommes sur un pied d’égalité. Comme toutes les vertus, elle est un habitus, une habitude, un bon réflexe issu d’un entraînement moral et priant. La chasteté ne fait pas de différence entre les personnes. Elle regarde avec un égal respect une prostituée et un notable.

Ici aussi, Jésus est notre maître à tous, lui à qui les pharisiens disaient: «Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes la voie de Dieu avec franchise, sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes.». Beau compliment sorti de la bouche de ses contradicteurs ! Jésus a regardé avec le même respect les publicains, les pécheurs, que les maîtres de la Loi en Israël. Aucune trace chez lui d’un regard hautain, ironique, ou de mépris.

Le contraire de la chasteté, c’est en effet le mépris inconscient. Ou bien le sourd désir de prendre l’autre, terme affreux qui désigne le désir sexuel captatif, par lequel l’homme ravale son prochain au simple rang d’instrument de plaisir et d’orgueil.

Un fruit du don de crainte

La  vertu de chasteté, fruit du don de crainte, nous fait approcher notre semblable avec le respect qui est dû aux choses saintes, ou plutôt aux personnes saintes. La chasteté pressent en effet que nous sommes tous saints, sinon actuellement, du moins en puissance. Rien d’étonnant dès lors à ce que nous demandions à notre Mère très sainte de nous conformer à elle sous le rapport de cette vertu. Avec le concours de l’Esprit Saint.

« Elle me regarda comme une personne » dit Bernadette à propos de Marie, lors de sa première apparition à Lourdes. Chasteté de la Mère de Dieu ! La Reine des cieux mendie l’attention de la bergère méprisée ! Accueillir l’autre chastement, cela consiste à reconnaître en lui le signe divin que son Créateur et Sauveur a déposé en lui. Tel Moïse au Sinaï, qui se déchaussa en présence du Saint, l’homme chaste abandonne  son regard prédateur afin de recevoir du Très-Haut l’enseignement de la crainte révérencieuse dû aux créatures créées à Son l’image et ressemblance, afin de recevoir de l’Esprit Saint le respect dû aux fils et filles de Dieu. Par le regard chaste que je jète sur lui, je reconnais la transcendance de mon frère et de ma soeur en Christ.

Nulle n’est plus habilitée à nous enseigner cette vertu que celle qui est la mère de l’Image parfaite du Dieu invisible, celle qui voit chacun de nous à la lumière divine de son Fils.

Jean-Michel Castaing

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