Dans le monde sans en être

Sept bonnes raisons d’entrer dans une église

La grande majorité de ces histoires sont authentiques, les autres pourraient l’être. L’église comme un refuge…

Dehors, c’est le marché de Noël. Les gens marchent vite dans le froid, les mains dans les poches et le nez dans leur écharpe, à la recherche d’un quelconque bien de consommation. Vous rentrez dans une église du centre d’une ville, peu importe laquelle. Vous saluez avec un sourire désolé un monsieur qui fait la manche sur le parvis. Vous remarquez qu’il lui manque une jambe.

Vous entrez dans cette église, vous vous installez dans un coin un peu reculé, dans une attitude un peu sociologique, pour une fois. Vous notez d’abord cette famille de Noirs, installés sur tout un banc, attendant chacun leur tour de confession. Le fils doit avoir une vingtaine d’années. Il n’a pas ce regard blasé ou un peu honteux qu’on pourrait lui imaginer, accompagné de sa mère et de sa grand-mère, toutes deux plongées dans leur livre de prière, parées de leurs châles des grands jours, l’air très digne. Il pose avec dévotion sa main sur les pieds des statues sans hésitation, même malgré le regard étonné qu’il devine derrière lui.

Plus tard, une femme perchée sur ses talons, la quarantaine branchée, traverse la nef. En d’autres circonstances, on se serait amusé à la qualifier de cougar, par jeu ou poussé par l’hilarité d’un groupe d’amis. Mais ici, vous devinez ses souffrances, à travers son regard qui en recherche un autre et par son pas pressé et incertain. Elle finit par entrer dans un confessionnal, en ressort quelques minutes plus tard et sort de l’église aussi vite qu’elle y était entrée. On ne saura jamais l’effort qu’elle a fourni pour venir parler à un prêtre, ni ce qu’elle pouvait bien avoir à lui confier. Mais semble-t-il, Dieu veille.

En fin d’après-midi, alors qu’il fait déjà nuit noire et que seule une alcôve reste éclairée, des pas résonnent dans l’église. Ils se veulent feutrés, mais accusent une certaine fébrilité. La jeune fille hésite, laisse échapper des soupirs d’anxiété, fais le geste de partir puis revient plusieurs fois. Elle finit par sortir précipitamment, comme si elle s’échappait. Elle a le style de ces jeunes croisés à la fac, toujours accompagnés de leurs amis, qui ont l’air serein et plutôt en paix avec eux-mêmes. Mais ce soir cette jeune fille est seule et vient d’adresser un appel au secours au Christ sur le livre d’or de l’église.

Un homme d’environ 35 ans s’assoit en face d’une statue, au milieu des autres. C’est un monsieur qui pourrait nous faire esquisser un sourire, avec sa trottinette et le casque qui va avec. Il a toujours l’air un peu perdu quand il rentre dans le métro après avoir soigneusement plié ladite trottinette, son gilet jaune fixé sur son sac à dos. Mais cette fois vous ne riez pas, parce que vous voyez des larmes perler dans son regard fixe. Dieu seul sait à quelle solitude il fait face.

Un enfant d’une dizaine d’années accompagne sa mère. Elle le malmène un peu, lui serre le coude avec un regard sévère quand il oublie sa génuflexion en passant devant le tabernacle. Elle l’emmène souvent pour une courte visite, et il voit invariablement sa mère se planter quelques instants devant la statue de sainte Thérèse de Lisieux, le regard perdant pendant ce court laps de temps sa sévérité. Lui lève les yeux et tâche d’avoir le même regard porté sur les statues qui l’entourent. Il est touché par le changement qu’elles provoquent chez sa mère, et la semaine, quand dans la cour de récréation ses camarades s’échangent les dernières insultes à la mode, lui reste souvent un peu songeur. Il a acquis une conscience de l’intériorité de l’homme qui l’étonnera toujours.

Indifférente à tout ce qui peut l’entourer, ou alors seulement le temps de se frayer un chemin à l’aide de sa canne, une vieille dame a décidé de poser pieusement sa main sur toutes les statues de l’église. Elle fait le tour de cette dernière, ses pas glissant sur le sol, rythmés par le choc régulier de cette même canne. Il semble qu’elle fait cela depuis des années, et ses motivations et sa réelle lucidité resteront un mystère. Mais de toute façon, peu lui importe.

Enfin, vous ressortez de l’église. Une jeune fille est assise à côté de l’homme qui mendiait. S’échappant du flot des passants, et sans même se donner le prétexte d’avoir à faire dans l’église, elle s’est assise à côté de cet homme, et maintenant ils rient ensemble.

Héront

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