Dans le monde sans en être

L’Avent : un temps pour vivre sans procuration

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Jésus ne naîtra pas une seconde fois à Bethléem

Durant le temps de l’Avent, nous attendons la manifestation de Dieu. Toutefois, il ne nous est pas possible de continuer à faire semblant. Nous savons que Dieu est déjà venu parmi nous sous la forme d’un enfant (un homme en devenir). C’est la raison pour laquelle ce n’est plus sous cet aspect que nous espérons Le voir se manifester de nouveau. Nous soupirons après un autre type de présence. C’est le Christ en nos âmes, ainsi que sa manifestation glorieuse, qui sont l’objet de notre attente. Faut-il alors reléguer l’enfant et sa crèche au magasin des accessoires, des rêves pour enfants, de la nostalgie poétique mais inopérante ?  Le nouveau-né de Bethléem n’a-t-il plus rien à nous dire ? Ce serait aller un peu vite en besogne, et considérer la Parole de Dieu comme obsolète !

Dieu se fait proche

Dieu continue à nous enseigner avec les événements évangéliques relatés dans les Ecritures, avec la Nativité et les récits qui la précèdent plus particulièrement en ce temps liturgique. Bien sûr, il n’est pas question de s’extasier continuellement devant l’enfance afin d’approcher sa révélation paradoxale. Quel profit pouvons-nous tirer alors de ce passage des Ecritures ? Quel message Dieu nous adresse-t-il à travers la naissance de Jésus ?

En fait, ce qui frappe dans l’Incarnation, ce n’est pas seulement que Dieu se fasse tout petit, c’est surtout qu’Il se fasse si proche. Il aurait pu naître minuscule (comme tous les enfants des hommes), mais complètement retiré, à l’écart des regards, ou sous une cloche de verre, ou bien encore sur un autel-estrade, de sorte à susciter une adoration de masse à distance. Non, quand Dieu vient dans le monde, Il se rend proche, accessible par les sens, à portée de main et des yeux. Telle est une des significations de la visite des bergers à Bethléem, suite à l’annonce des anges qu’un Sauveur était né. Dieu choisit le particulier, le voisinage immédiat et la proximité physique au détriment du général, du « global » ou de l’événementiel à grand spectacle .

Pourquoi souligner cet aspect de la Nativité ? Il ne s’agit pas de raviver les souvenirs d’antan, les Noëls de jadis, ou bien ramener sur le tapis la controverse liée aux crèches dans les endroits publics, mais plutôt de recueillir un autre enseignement de l’épisode de Noël. Oh! je ne prétends pas qu’il soit le plus important que nous délivre la Nativité, mais il vaut la peine néanmoins qu’on le prenne en considération.

Que peut nous apprendre la Nativité aujourd’hui ? La naissance de Jésus nous incite à nous montrer attentifs aux événements qui se déroulent à côté de nous. A Bethléem, ce n’est pas la capitale religieuse, Jérusalem, qui s’est déplacée, mais les bergers, au sujet desquels  l’Ecriture précise qu’ils étaient « dans la même contrée » (Lc 2,8) que la petite ville de David. C’est-à-dire que Dieu invite, en premier, les plus proches, dans l’espace, à venir saluer son Fils. Cette précision n’est pas anodine.

Ouvrir les yeux sur les invisibles que nous croisons

Non pas que Dieu se désintéresse des plus lointains : s’Il a franchi la distance infinie entre le ciel et la terre, ce n’est certainement pas pour se barricader dans son coin, sur un petit lopin de terre ! Mais l’annonce aux bergers « de la même contrée » nous révèle qu’il est une voie sûre pour nous de Le trouver, et que cette voie passe par l’attention portée aux événements qui se déroulent à côté de nous. Nous cherchons laborieusement, fébrilement, les traces ou les signes de Dieu partout et en tout lieu, notre regard scrute les horizons, comme un guetteur du haut de la tour observe les lointains, quand soudain le Seigneur nous tire par la manche : Il se tient là, tout contre, à notre porte ! Par exemple dans cette handicapée avec laquelle nous avons prié le Rosaire, dans ce mendiant que nous croisons chaque jour dans la rue passante, dans ce collègue qui reste si discret sur la terrible épreuve familiale qu’il traverse, dans  la joie ressentie par cette maman trentenaire qui désespérait d’avoir jamais un enfant.

Se réapproprier notre quotidien

S’il est important d’être pénétré de la pensée de la présence de Dieu dans les réalités les plus proches de nous, c’est que tout conspire à nous la faire oublier. Que ce soient les réseaux sociaux, les médias, l’excitation qu’entretient le flux ininterrompu des infos en continu, la pipolisation de la vie politique, la place démesurée que prennent les vedettes du petit écran et du cinéma : tout nous invite à nous éloigner des êtres et des choses concrets et tangibles qui vivent et s’agitent à côté de nous. A la place, nous focalisons notre attention sur nos relations virtuelles de Facebook, sur tel épisode de l’existence de telle star, sur tel incident de la vie politico-médiatique, sur la manifestation de mauvaise humeur d’une célébrité, sur le dérapage d’un homme ou d’une femme en vue, dérapage qui lui vaut de déchaîner contre lui, ou elle, l’ire de ses anciens « amis » et de devenir la proie des éditorialistes.  

Pour le citoyen moyen, cette hypnose, qui le rend dépendant des écrans, a la fâcheuse conséquence de le détourner de la vraie vie, de SA vraie vie. Si bien qu’il finit par vivre son existence par procuration. Combien sont-ils à avoir délégué à un autre le soin de vivre leur existence concrète à leur place, que cet autre soit une célébrité, ou bien que cet « autre », ce mauvais intrus, passe par tout un système de vie parallèle, comme les « notifications » sur réseaux sociaux ou la consommation assidue de télévision ?

Eduquer le regard

Si le Seigneur « vient » durant le temps de l’Avent, ne serait-il pas temps alors de sortir de chez soi, de se détacher des écrans, de prêter enfin attention à toutes les petites merveilles qui courent les rues à deux pas de notre domicile ? Ne serait-il pas temps de prendre conscience du miracle permanent que constitue la réalité concrète, charnelle, qui nous entoure, cette dimension que nous côtoyons de si près chaque jour que nous ne la voyons plus ? Ne serait-il pas temps d’ouvrir les yeux sur les manifestations les plus humbles, du moins les plus cachées à force d’être évidentes, de Celui qui remplit tout, tout en ne cessant pas de venir ?

L’Avent : un moment propice pour éduquer notre regard, pour  apprendre à discerner l’extraordinaire sous la surface et la mince écorce de l’ordinaire des jours, de  sorte à ne pas passer à côté de l’Enfant, sous les traits duquel la transcendance de l’Amour se manifestera le jour de Noël.

Jean-Michel Castaing

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