Dans le monde sans en être

La double bénédiction de Noël

        « Oui » divin et « oui » humain

    Le temps de Noël représente un moment propice pour réfléchir aux implications de l’Incarnation, c’est-à-dire au fait que Dieu se soit fait homme.

    Deux oui se télescopent à Noël. Un oui divin et un oui humain. En décidant de s’incarner, le Fils unique, Dieu né de Dieu, uni au Père et à l’Esprit, dit un « oui » divin, irréversible et sans repentance, à l’homme. D’un autre côté, en assumant notre condition historique, et en se faisant obéissant tout au long de son existence terrestre, ce même Fils représente le « oui » de l’homme à Dieu.

        Deux natures en une seule personne pour le Verbe incarné

    Comment savons-nous que Jésus-Christ, en tant qu’homme, est le grand Oui de l’homme à son Créateur ? C’est que le Christ, tout homme qu’il est, ne possède qu’une seule personne. En lui, il n’y a qu’une seule « instance » qui dit « je » : la personne divine du Verbe. Si le Christ a deux natures, il ne possède en revanche qu’une seule personne, et celle-ci est divine.

    Si je précise ce point de doctrine, c’est afin de signaler que le « je » qui assume notre nature humaine, est tourné de tout l’élan de son âme vers le Père, de la même façon que le Verbe l’est de toute éternité dans l’intimité trinitaire. Si bien  que l’homme Jésus, tout en gardant une liberté humaine, est comme porté, par une inclinaison qui ne fait qu’un avec sa nature, à dire « merci » à Dieu, de même que dans l’éternité, le Fils est toute gratitude envers le Père qui l’engendre éternellement. Telle est la raison pour laquelle Jésus porte en lui le  grand oui de l’homme à Dieu.

        Oui gracieux et oui de reconnaissance

    Ainsi, dans le Verbe fait homme, deux « oui » cohabitent. Le premier consiste dans la bénédiction de l’homme par Dieu (bénir quelqu’un, c’est dire « oui » à son existence et oeuvrer à son excellence). Et ce n’est pas un oui du bout des lèvres. En Son Fils, Dieu épouse ontologiquement, c’est-à-dire de tout son être, notre condition. Il ne pouvait pas nous signifier d’une meilleure façon l’estime en laquelle Il nous tient !

    Quant au second « oui » qui réside dans le Verbe incarné, c’est celui que l’homme  Jésus, aîné d’une multitude de frères, dit à Dieu. Deux oui : oui gracieux de Dieu, et oui de reconnaissance de l’homme. Oui de la descente du Très-Haut dans notre faiblesse, et oui de notre part à notre élévation à la gloire divine.

        La joie de Dieu

    Que pouvons-nous conclure de cette double bénédiction ? Que Dieu se plaise en notre compagnie, cela ne fait aucun doute. Mais il y a plus. En Dieu habite désormais la personne incarnée du Verbe fait chair. En Lui réside de la sorte le oui de la créature à son Créateur. Comme le Fils fait les délices du Père depuis toujours, la conclusion s’impose : Dieu trouve sa joie dans le désir que nous avons de demeurer avec Lui. Dieu prend plaisir à être avec nous, comme Il prend plaisir au désir que nous manifestons de demeurer en  Lui.

    Le Verbe ayant épousé notre condition, le Père voit en chacun de nous son Bien-Aimé. Aucun de nos mouvements de coeur ne lui est indifférent. C’était certainement vrai avant l’Incarnation. Mais combien plus depuis que le Verbe s’est fait chair ! Le Père se complaît toujours autant dans son Fils. Mais comme celui-ci est maintenant, et pour l’éternité, un homme, ce sont par conséquent tous les hommes qui sont l’objet de la dilection divine dont bénéficiait depuis toujours le Verbe tourné vers le sein du Père dans l’éternité. Nous faisons, ensemble comme séparément, la joie de Dieu ! Voilà l’autre bonne nouvelle de Noël !

        Gare à l’auto-dépréciation !

    Ces deux oui de Noël ne représentent pas seulement de « pieuses vérités », à conserver précieusement dans la naphtaline de notre spiritualité pour notre édification personnelle. Ils sont également en mesure de faire office de remontants dans les moments critiques que nous traversons. Il n’est pas inutile en effet, lorsque nous sommes tentés par le  découragement, ou bien dégoûtés de nous-mêmes, de nous redire que Dieu éprouve de la joie à nous voir, à nous regarder grandir dans notre condition de fils de Roi. Dieu éprouve de la joie à nous  voir en joie, à nous voir éprouver de la joie à grandir dans notre condition d’enfants de Dieu. Dieu se réjouit de nos joies. Nous avons du prix à Ses yeux (Isaïe 43,4) ! Vérité consolante, qu’il est plus opportun que jamais  de rappeler à nos contemporains, si prompts à l’auto-dénigrement.

    Non seulement Dieu nous aime, mais de surcroît Il trouve sa gloire à nous donner le pouvoir de L’aimer en pleine liberté, pouvoir que le Fils fait homme nous a acquis. Avec le Fils fait chair, c’est comme si nos existences demeuraient en Dieu. Grâce à l’Incarnation, notre béatitude habite en Dieu, puisque le Fils qui nous porte en tant qu’homme, est UN avec le Père. Ainsi, Dieu prend le même plaisir à notre bonheur qu’Il en éprouve dans l’éternité vis-à-vis de Lui-même (car Dieu est sa propre béatitude) en son Fils. C’est là un puissant motif de considération pour nous-mêmes. Gare à l’orgueil ! Mais gare aussi à l’auto-dépréciation !

        Nietzsche avait tout faux au sujet du christianisme

    Ne prêtons pas l’oreille aux faux prophètes qui nous affirment que le christianisme est une diminution de l’homme, un rapetissement de ses désirs. Notre destinée n’est pas de pourrir dans une fosse, ou de maugréer après notre existence, mais de devenir « participants de la divine nature » (deuxième lettre de Pierre, 1, 4). Excusez du peu ! Les « oui » de Dieu à l’homme, et de l’homme à Dieu, n’ont pas pour effet une dépréciation de la vie, contrairement à ce que pensait Nietzsche, pas plus qu’un « non » à la terre.

    De même que le Verbe incarné n’a pas fui sa condition terrestre, ou fait semblant d’avoir un corps, de même nos existences en Dieu ne nous poussent pas à déserter nos engagements d’ici-bas. Notre oui à Dieu est aussi un oui à la terre. Un « oui » contenu déjà dans le « oui » prononcé par Dieu lorsqu’Il décida, dans Son conseil éternel, l’incarnation de Son Fils.

Jean-Michel Castaing

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