Dans le monde sans en être

Vingt mille lieues sous le Net

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Le dark net, entre fantasmes et réalité

Le dark net nourrit tous les fantasmes. La face cachée d’Internet est propice à susciter toutes les peurs. Mais de quelle réalité parle-t-on ?

Le dark net, qu’est-ce que c’est ?

Le dark net est un Internet alternatif dont les utilisateurs en réseaux sont anonymes et intraçables. Comment pénètre-t-on cet espace numérique opaque ? Il suffit de télécharger sur son ordinateur un navigateur, par exemple TOR (The Onion Router), qui brouille votre adresse IP (votre identifiant) de sorte à vous assurer l’anonymat.
TOR ne recèle pas les moteurs de recherche utilisés sur le Web de surface. Sur le dark net, sont présentes les adresses non référenciées par ces moteurs. Aussi, afin de naviguer sur ce Web souterrain, est-il conseillé au préalable de récupérer des adresses sur des forums d’initiés.
Autre particularité : le dark net fonctionne à l’écart des Etats. C’est la raison pour laquelle les escrocs de tout acabit y prospèrent. Univers d’initiés et de mafieux, il possède même sa propre monnaie : le bitcoin !

Une face plus positive

Cependant, il existe une face plus positive du dark net. Ce dernier constitue un espace numérique qui permet de préserver votre vie privée, et surtout d’assurer les échanges entre internautes dans les pays non démocratiques. A l’origine, le dark net avait surtout comme finalité de resserrer les liens entre pairs, entre initiés, ainsi qu’offrir un espace d’échange pour les citoyens de pays soumis à un pouvoir intrusif. Avec TOR, contourner la censure devient plus aisé. Son rôle durant les révolutions arabes de 2011 est avéré. Sur le dark net, intercepter vos conversations est plus malaisé. D’où le succès de la « face cachée » d’Internet.
Le dark net vous permet également de « semer » vos poursuivants commerciaux, qui utilisent les données de navigation des internautes afin de cibler leurs clients potentiels, en fonction de leurs goûts, de leurs contacts, de leurs pays, de particularités de toutes sortes.
Le dark net n’est pas seulement un paradis pour les pratiques criminelles et mafieuses. Son offre ne se réduit à fournir des sites d’hébergement aux hors-la-loi. Mais comme il permet à ses utilisateurs de naviguer sous les écran-radar des Etats, il était inévitable que les criminels s’en servent pour échapper aux poursuites et aux repérages.

Un défi à notre société de la « transparence »

Le dark net est un peu la réponse à l’impératif subliminal de la « transparence ». Cette injonction à ne rien cacher à son prochain, à s’exhiber à visage découvert devant tous, commence à agacer plus d’un internaute. Avec le Web profond, il semblerait que le pouvoir soit rendu au cybernaute de communiquer sans s’exposer aux regards indiscrets, sans passer par les filtres des objets connectés et tous les mouchards qui collectent des infos sur vous afin de constituer le Big Data.
Illusion ? L’anonymat qui règne sur le dark net préserve en partie votre liberté. Ses réseaux privés, ses codes de navigation cryptés, ses sites que Google restera impuissant à trouver, tout cela est bien séduisant pour celui qui désire éloigner les fouineurs indélicats. D’autant plus que le dark net fonctionne de façon encore plus décentralisée et horizontale que la Toile courante, de surface.

Boîte à fantasmes et conspirationnisme

Au-delà de ces aspects positifs, il n’en demeure pas moins vrai que toutes les pratiques criminelles se sont donné rendez-vous sur le dark net : trafic de drogue, djihadisme, commerce d’armes, pornographie et pédopornographie, narcotrafic. Il existe même un site de mise à prix de la tête de personnalités ! Un véritable casse-tête pour les services de renseignement de la cybercriminalité.
Ces pratiques délictueuses et criminelles alimentent inévitablement le fantasme véhiculé par la face sombre de Net. Si bien que l’idéologie conspirationniste n’a pas de mal à prospérer, en référence à ce continent souterrain virtuel. Même le moteur de recherche alternatif TOR est en passe d’être supplanté, auprès des groupes criminels, par des réseaux beaucoup plus confidentiels, comme Freenet par exemple. De quoi alimenter encore un peu plus les fantasme d’un dark net encore plus profond, encore plus abyssal, une partie immergé de l’iceberg numérique à plusieurs étages de profondeur, au sein de laquelle se fomenteraient les conspirations les plus ténébreuses…

Les cyber-enquêteurs en eaux profondes

La possibilité de cryptage et d’anonymat qu’offre le dark net, en plus d’entretenir toutes les fantasmagories, n’a pas échappé aux hors-la-loi. Désormais, les policiers, au lieu d’infiltrer des cellules ou des groupuscules sur le terrain, naviguent dans les abysses du Net sous un pseudo afin de remonter les filières criminelles. Les cyber-enquêteurs doivent apprendre à nager en eaux profondes virtuelles, sans se faire repérer, en veillant à s’exprimer selon les codes et la terminologie des criminels afin de ne pas éveiller l’attention…
Une nouvelle guerre est-elle en train de se jouer dans les entrailles du Net ? Attention à ne pas trop majorer l’importance de cette Atlandide numérique. La majorité des cybernautes ignorent son existence, comme les moyens d’y accéder. Seulement deux millions d’utilisateurs naviguent sur TOR : chiffre à comparer aux cinq milliards d’utilisateurs d’Internet.
Gare aussi aux fantasmes touchant les minorités actives et masquées, dont le dark net serait l’espace d’évolution de prédilection…Il est sûr qu’avec cet espace numérique immergé, les créateurs de scénarios policiers de lutte contre le crime ont de beaux jours devant eux…

Jean-Michel Castaing

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