Dans le monde sans en être

Enthoven : le philosophe médiatique et sa provoc’

Raphaël Enthoven, philosophe médiatique, a posté ce tweet, relayant un article favorable à l’IVG :

 

Cherchait-il à réveiller son auditoire par une provocation ? Sa pensée (peut-être de type complexe) peut ne pas être contenue en 140 caractères ? Spéculait-il sur ses titres de normalien et d’agrégé de philosophie pour asséner avec la force d’un argument d’autorité une telle affirmation ?

La réfutation chrétienne est simple et rapide : Est sacré ce qui a trait au divin et à la religion, la vie et la liberté sont des dons gratuits de Dieu, ils sont donc d’origine sacrée tous les deux, y attenter constitue un sacrilège. Fermez le ban.

Admettons que Raphaël Enthoven ait souhaité éradiquer toute rémanence divine dans son emploi du terme « sacré », qu’il n’ait voulu garder de ce mot que la séparation intangible entre le commun et un sacré vidé de son divin.

En remarque liminaire, peut-être faut-il souligner que pour être libre, il est préférable d’être vivant.

Une grande partie de l’anthropologie Girardienne se passe de dieux puisqu’elle explique comment les dieux et le sacré qu’ils induisent (mythes et rites) sont fabriqués par les hommes des sociétés archaïques à partir de l’attentat initial commis au climax d’une crise mimétique. La victime est divinisée parce que sa suppression a rendu sa quiétude à la communauté, son histoire est travestie afin de la rendre coupable d’une transgression abominable dans le mythe qui en découle, et le rite rejoue le sacrifice initial, en s’amodiant au fil du temps. Mais dans ce mensonge fondamental du mythe, il y a le prémisse de toute l’institution judiciaire : la norme juridique qui établit le bien et le mal, la culpabilité, et le « châtiment » infligé par tous et au nom de tous. Il s’agit de sortir de la logique de vendetta qui affaiblit la communauté par sa répétition à l’infini pour entrer dans celle de la résolution par un tiers du conflit. Mais dans cette norme juridique, il y a bien évidement le respect de la vie et la condamnation du meurtre. Le « tu ne tueras point » n’est pas la propriété exclusive du judaïsme et des sectes et religions qui en sont issues.

Albert Camus écrivait dans le mythe de Sisyphe  « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. » Oui, la liberté de dire non à la poursuite de sa propre vie est le choix le plus existentiel qui puisse être. C’est aussi un triste constat : la recherche de raisons justifiant de vivre s’avère parfois un échec. Mais l’essentiel du suicide est sa solitude. Si une personne n’est plus seule pour attenter à sa vie, alors celle qui l’aide est pour le moins complice sinon auteur de ce qui n’est plus un suicide, mais un homicide, quand bien même une volonté non équivoque et pérenne aurait été exprimée par celui qui meurt.

Quand à l’euthanasie et à l’avortement, il s’agit de cette « liberté » que s’arrogent certains de juger de l’opportunité de la vie de l’autre, sur des critères présentés comme objectifs. La hiérarchie relative des vies entre celles qui méritent d’être vécues et celles qui sont accessoires ou parasitaires aura beau se parer sous une compassion de comédie, personne n’est dupe (pensons à la Gnadentot, mort miséricordieuse, qui justifiait l’éradication des inaptes lors du III° Reich). Ces homicides relèvent de l’égoïsme plus que de la liberté.

Aurais-je l’outrecuidance de suggérer à Raphaël Enthoven, animateur de l’émission « la morale de l’info », d’aller consulter dans un bon dictionnaire le sens du mot morale ? Les lectures de ce dimanche 30 juillet célébraient la vertu du discernement, et discerner entre bien et mal, vrai et faux,   devrait être le devoir du philosophe. Mais je n’ai pas de leçon de philo à donner, je n’ai que mon sens, bon ou mauvais et sans doute commun, sans allusion politique.

Rémy Mahoudeaux

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