Dans le monde sans en être

Pourquoi rester dans l’Eglise ?

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      « Mais pourquoi diantre vous obstinez-vous à rester dans l’Eglise catholique ? Vous voyez bien qu’elle est sinon corrompue, du moins totalement à côté de la plaque ! Qu’elle n’est pas à la hauteur ! Alors que la vie offre tant d’opportunités ! Que tant de propositions alternatives vous tendent les bras, qui vous permettront de vous « ouvrir » à la vraie vie tout en restant  fidèles à Jésus-Christ ! Sortez donc à l’air libre, loin de vos sacristies rances et moisies !»

        L’allergie aux institutions et aux médiations

    Quel chrétien n’a pas entendu, au moins une fois dans sa vie, ces objections à l’encontre de l’Eglise ? Et combien de lèvres sont restées closes à la suite de cette remise en cause de la place centrale qu’occupe l’institution ecclésiale dans la vie de foi ?

    Assurément, s’il nous faut prendre la défense de l’Eglise devant nos contemporains revenus de tout, le mieux sera de renoncer à la leur présenter de prime abord comme une institution. Le mot institution n’est pas en effet en odeur de sainteté pour des les mentalités qui ont fait de l’anticonformisme le plus petit dénominateur culturel commun de leurs convictions, par ailleurs fort diverses.

    Comment leur expliquer alors la nécessité de l’existence de l’Eglise ?  La présenter comme un intermédiaire entre Dieu et les croyants peut s’avérer également contre-productif : l’homme d’aujourd’hui est fortement allergique aux médiations. Il affectionne plutôt les rapports directs.

    Autre élément à charge : comme l’Eglise annonce et vit de Jésus-Christ, la tentation est toujours grande de les comparer. Sur ce plan, il est certain que la balance ne penche pas en faveur de l’Église : celle-ci n’est pas « à la hauteur » de son Maître. D’où l’acrimonie des maîtres de morale à son égard, et le slogan bien connu : « Jésus-Christ, oui, l’Eglise, non ».  Là-dessus se greffe une différence assez frappante touchant le rapport à l’institution. Tout le monde s’accorde sur ce point : l’Eglise ne pouvait pas faire autrement que de s’institutionnaliser : hiérarchie, ministères, droit canon, discipline, etc. Or il est un fait que Jésus était à la fois un être de la marge et un croyant respectueux de la religion. De ces deux caractéristiques, certains ne retiennent que la première.

    Sans doute le fils de Marie a-t-il été assez critique envers l’élite religieuse de son temps. Cependant en privilégiant le Jésus de la marge au détriment du Jésus « pratiquant », pieux, vous jouez sur du velours dans vos attaques contre l’Eglise. Celle-ci apparaît alors comme l’institution qui aurait trahi son maître, qui se serait substituée au Royaume pour pérenniser son être, ou son pouvoir. Cette vision est assez répandue.

        Le diable aime bien les publicités comparatives   

    Comme il l’a fait avec le couple primordial Adam et Eve, l’esprit ennemi cherche la faille dans l’union nuptiale du Christ et de l’Eglise. A cette fin, il attaque le maillon faible. Sous le rapport de la morale, de l’accord entre le dire et le faire, la comparaison n’est pas à l’avantage de l’Epouse. L’ Ennemi aime bien les comparaisons, et surtout aime bien les faire aimer par les autres. Il est le Jaloux par excellence, et il ne supporterait pas un monde où personne n’envierait et ne jalouserait son prochain, où n’existerait plus de « plus » et de « moins ».  « Il s’éleva aussi entre eux une contestation : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ? » ( Lc 22,24). Luc place cet important débat entre les Douze après l’institution de l’Eucharistie par Jésus, la veille de la Passion ! L’Eucharistie fait l’Église. Si l’évangéliste a placé cette discussion entre les disciples à ce moment précis du récit, n’est-ce pas pour nous révéler que le mystère de l’Eglise consiste précisément dans l’abolition de ces « plus grand » et de ces « moins grand» ? Ces « plus » et ces « moins » qui pourrissent la vie des sociétés et des nations avec leur logique de concurrence généralisée, de compétition à tous les niveaux, sources de conflits interminables.

    Ne nous étonnons pas que l’Ennemi nous pousse autant à comparer le Christ et l’Eglise. Ce n’est pas afin de nous rendre plus chrétiens, mais plutôt afin de nous détourner de la Maison des sacrements. L’Envieux joue les vertueux dans le dessein de nous éloigner de l’Auteur de la grâce, et ceci en nous détournant des sources d’eau vive sacramentelles dont Dieu a confié l’intendance à l’Eglise.

        L’Eglise comme manifestation du salut

    Cependant, avant de définir l’Eglise comme un simple moyen d’aller à Dieu, il est certainement  plus efficace, lorsqu’on désire la faire aimer par ceux de l’extérieur, de la leur présenter comme la communauté humaine qui couronne le plan créateur et éternel de Dieu. Autrement dit, l’Eglise est non seulement la fin de la Création (la fin en tant que ce pour quoi Dieu a fait surgir le monde du néant), mais de plus elle constitue  la communauté qui  bénéficie et jouit des dons de Dieu.

    L’Eglise n’est pas seulement moyen de salut. Elle représente   également la manifestation de celui-ci. Autrement dit elle incarne ce que pour quoi elle est moyen. En ce sens, elle est à la fois moyen et fin.

    Mais dans ce cas, ne court-elle pas le risque de se prêcher elle-même ? De devenir « auto-référentielle », selon l’expression du pape François ? Le risque existe. Mais de quoi parle-t-on lorsque l’on dit que l’Eglise est « manifestation de salut » ?

    L’Eglise ne représente pas une humanité qui se serait portée  elle-même à la perfection. Ce qu’elle est en tant que communauté rachetée, et donc en tant qu ‘épiphanie, manifestation du salut,  elle en est redevable à Dieu. Elle serait dans l’erreur si elle se prêchait elle-même à ce niveau, c’est-à-dire si elle cédait à la tentation d’attribuer son excellence à ses propres mérites.

        « Je crois en l’Eglise »

    Néanmoins l’Eglise fait partie du Credo de la foi. Comment expliquer ce paradoxe ? Comment comprendre qu’elle soit, malgré sa relativité par rapport à Dieu, objet de révélation ? C’est que l’Eglise représente la réalité, voulue par Dieu, au sein de laquelle les hommes sont appelés à vivre de la vie même de Dieu.

    De même que Jésus-Christ est une personne en deux natures, humaine et divine, de même l’Eglise est-elle composée de créatures qui participent de la Vie divine. Bien sûr, l’unité du divin et de l’humain en Jésus n’aura jamais d’équivalent. Vrai Dieu et vrai homme, en lui l’alliance du divin et de l’humain est parfaite. On ne peut en dire autant de l’Eglise. Toutefois, en elle aussi les vies humaine et divine s’entrelacent.

        Une communauté où circule la vie divine

    Dieu a voulu l’Eglise en tant que communauté de vie pour Ses enfants. Comme la vie trinitaire de Dieu est relation entre les trois Personnes divines, il est logique qu’Il ait voulu que ce soit dans l’espace d’une communauté qu’Il nous dispense Sa vie. Si bien que nous sommes en communion les uns avec les autres, comme le Père, le Fils et l’Esprit sont en communion entre eux dans l’éternité. Le plan de la Rédemption voulu par Dieu est parfaitement cohérent en disposant que ce soit à l’intérieur d’une communauté que non seulement nous recevions les moyens d’entrer en relation avec Lui, mais surtout que nos êtres divinisés s’épanouissent.

    Dieu s’est révélé comme Trinité. De même, l’Eglise représente-t-elle la réalité humano-divine révélée au sein de laquelle l’humanité sauvée est appelée à vivre éternellement.

        Un mystère qui dépasse nos esprits

   

    Ce que nous sommes destinés à devenir relève du plan de Dieu. Pour cette raison l’Eglise est comprise dans le mystère intégral de la Révélation. En tant que telle, elle est un mystère qui dépasse ce que nos yeux, nos sens, mais aussi notre esprit, peuvent en saisir immédiatement.

    Certes il est dans la logique des choses que beaucoup passent à côté de cette dimension mystérique de l’Eglise pour n’en retenir que le côté humain. D’autant plus que la dimension humaine fait pleinement partie de son mystère. En elle, pareillement qu’en Jésus-Christ, la hauteur divine n’absorbe jamais en effet la profondeur humaine. Cependant, les chrétiens ont tout intérêt à être convaincus que l’Eglise est un mystère plus vaste que le monde, s’ils désirent persuader leurs contemporains de la regarder avec des yeux nouveaux. Déjà les premiers chrétiens proclamaient que le monde avait été créé en vue de l’Eglise.

    Ainsi, si quelqu’un vous pose la question : « Pourquoi restes-tu (à croupir) dans l’Eglise ? », n’ayez pas peur de lui répondre : «Parce que c’est en elle que Dieu habite ! Parce qu’elle est l’Epouse d’un Dieu qui a fait alliance avec l’humanité. Parce qu’elle est une personne, non une simple institution. Généralement, on ne fait pas alliance en effet avec une institution, mais bien avec une personne. »

Jean-Michel Castaing  

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