Dans le monde sans en être

Intercéder pour le monde

lumiere

Vous n’avez envie de rien faire.
Vous avez quelques talents. Mais aucun désir de les actionner aujourd’hui, comme si vous pensiez en avoir fait le tour.
Vous aimeriez passer à autre chose, mais vous ignorez à quoi.
Vous êtes las du spectacle des infos en continu sur le petit écran.
Vous sentez la disproportion entre la gravité de l’état du monde, et le petit périmètre au sein duquel évolue votre petite personne.
Vous aimeriez bien aider, mais n’avez aucun pauvre à votre disposition. Et puis les pauvres ne sont pas à votre service, ni à celui de vos élans de charité, quand bien même ce ne serait pas une bonne conscience que vous désireriez vous donner.
Votre moi vous semble soudain une paroi de verre, contre laquelle vous butez. Qui vous délivrera de cette prison ?
Vous n’avez pas lu tous les livres comme Mallarmé, mais c’est tout comme. Words, words, words…
La musique est belle. Cependant elle vous paraît soudain un bruit d’accompagnement en dehors du coup.
Vous pourriez faire monter vers Dieu un chant de louange. Mais il y a cet être qui vous est cher, et qui est en train de partir. Votre chant ne décollera pas. Alors, autant ne pas essayer.
Votre chapelet traîne sur la table. Vous le prenez. Vous le reposez aussitôt. Vous avez peur de le réciter machinalement.
Vous savez qu’un chrétien est sur cette terre pour servir. Mais vous êtes seul chez vous en cette après-midi. Vous serez tout aussi seul si vous descendez dans la rue.
Jésus avait de la chance : les gens venaient à lui. Vous, vous n’avez aucune visite en ce jour. Sa réputation de thaumaturge le précédait. Vous n’avez aucune réputation qui pourrait vous donner une occasion d’être utile. Jésus avait des disciples auxquels il enseignait des choses. Vous n’en avez aucun, et c’est mieux ainsi, car vous n’avez pas une doctrine qui approche de la sienne.
Alors quoi ? Allez-vous passer le reste de la journée à ressasser votre impuissance ? Vous connecter, alors que vous n’en avez pas envie ? Appeler des amis au téléphone, alors que vous savez qu’ils ne seront pas prêts, au pied levé, à partager ce qui vous tient à coeur dans le moment présent ?
Alors quoi ? L’interpeller, Lui ? Mais vous n’êtes pas révolté. Pas contre lui, en tout cas. Contre la marche du monde, peut-être. Contre la maladie, les échecs, la solitude des petits.
Et puis il y a ces enfants que vous avez vus à la télé, dans ce pays en guerre.
Voilà ! Vous avez trouvé ! Vous allez L’interpeller à leur sujet.
Vous allez intercéder pour eux.
Et pour les personnes seules, qui ne savent pas prier – du moins le pensent-elles. Le savez-vous vous-même ? Mais l’important est le coeur, pas la technique.
Vous n’aurez pas à sortir de votre domicile. Vous n’aurez pas besoin qu’ils viennent à vous. Vous n’avez pas besoin de disciples pour cela non plus. Ni de doctrine originale.
Vous serez un peu comme le Christ à Gethsémani. Lui aussi n’avait plus de disciples à cet instant précis.
Vous allez servir à quelque chose !
Il y a tant d’âmes seules !
Vous vous ferez des amis.
La Vierge vous accompagnera. Vous serez son lieutenant.
Dites-vous bien que les moines des monastères vous entraîneront dans leurs roues. Le vent peut être défavorable : vous ne serez jamais seul dans ce service.
Vous savez que Dieu a un Coeur. Et ce Coeur n’est pas impassible.
A vous de Le toucher !

Jean-Michel Castaing

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