Dans le monde sans en être

La Reine des martyrs

« En entendant cela, ils grinçaient des dents contre lui » (Actes des Apôtres, 7,54)

Le Christ nous a prévenus : celui qui devient son disciple doit s’attendre à subir des persécutions. Celles-ci sont le lot normal du chrétien accompli. En effet, le serviteur et ami de Jésus-Christ, en vivant de l’amour qui est la Vie même de Dieu, et en s’en faisant le porte-parole, heurte de plein fouet un monde attaché à son égoïsme, à son culte des richesses, de la puissance, de l’apparence, des plaisirs éphémères. L’ existence du disciple du Christ est une critique à peine voilée des parti-pris idéologiques de nos modernes Babylone. Aussi ses habitants les plus zélés grincent-ils des dents en voyant son mode de vie, ou en entendant ses prêches.

Soudain, c’en est trop pour eux : il leur faut se débarrasser du gêneur. Son contre-exemple leur est devenu à ce point insupportable qu’une seule solution se présente à eux afin de retrouver la paix illusoire du péché – ce péché tout occupé à se nourrir de sa pitance : la disparition de celui qui a réveillé leur conscience assoupie. Les pécheurs impénitents, afin de continuer de mariner dans la fausse paix de l’endormissement de leur conscience, ne possèdent pas d’autre choix que celui de se débarrasser de celui qui a réactivé les désagréments de l’inquiétude liée aux choix éthiques en faveur des pauvres – ces pauvres que la société hédoniste laisse trop souvent au bord de la route.

Il existe une autre raison mal connue à la persécution des chrétiens. C’est que le monde ne connaît pas (au sens d’expérimenter) la joie, cette joie qu’il devine chez les amis de Jésus-Christ. En les faisant souffrir, le monde espère à la fois les ramener à la condition commune, et d’autre part les punir pour cette « provocation » qui va à l’encontre de la tristesse nihiliste de la société. Les disciples de Jésus sont plus épiés qu’ils ne le croient ! Souvent leurs exemples édifient. Mais quelquefois ils nourrissent la jalousie.    

Persécution soft

Pas de vie chrétienne sans martyr. Au demeurant, il n’est pas nécessaire de verser son sang pour l’être. Le terme « martyr » signifie « témoin » en grec. Il existe mille façon de vivre son martyr. Toutes les persécutions ne sont pas sanglantes. Tourner la foi en dérision dans les médias, faire passer les croyants pour d’obscurs crétins, quand ce n’est pas pour de dangereux fanatiques en puissance, taire en toute conscience et connaissance de cause tous ce que les chrétiens font en matière d’aide sociale et de citoyenneté responsable, tronquer le discours d’un ecclésiastique afin de n’en retenir que le passage susceptible de nourrir la polémique  : telles sont, parmi d’autres, quelques unes des nouvelles pratiques de persécution, softs et insidieuses, auxquelles sont confrontés les disciples du Christ de nos jours.

Le péché ne veut rien connaître de l’Evangile. Aussi est-il vain d’attendre un monde débarrassé de toutes persécutions avant la fin du monde. Il faudrait pour cela que le péché disparaisse complètement de la surface de la terre. Pour les croyants, ainsi que pour ceux qui connaissent un peu le coeur humain, c’est là une parfaite utopie. Le chrétien doit se tenir toujours prêt au martyr, à témoigner de son Maître, fût-ce au prix de sa vie.

La première victime de la prédication de son Fils

Si Marie est la reine des martyrs de tous les temps, cela tient à ce que c’est elle qui a le plus souffert, en sa chair et en son âme, de l’hostilité manifestée à son Fils.  Debout au pied de la Croix, l’épée qui lui avait été prophétisée, l’a alors transpercée. La première victime de l’Evangile, après Jésus, c’est elle. Nous l’oublions trop souvent.

Elle est donc particulièrement bien placée pour nous encourager dans l’épreuve, nous soutenir dans la persécution, nous obtenir de l’Esprit un surcroît de foi, d’espérance et de charité afin que nous témoignions avec le maximum de force, à la face d’un monde figé dans son égoïsme et son idolâtrie, de la victoire de l’Amour en la personne de Jésus-Christ.

Marie : une place forte contre le conformisme

Mère du Messie crucifié, la Vierge ne s’en laisse compter. Aguerrie aux signes de contradiction, elle nous aidera à lutter contre tous les conformismes, toutes les simagrées de la bien-pensance qui considèrent l’Evangile comme une chose dépassée, d’un autre temps.  Mère du Messie crucifié, la Vierge brave les qu’en-dira-t-on, le respect humain, le mimétisme lyncheur, le suivisme idéologique et fainéant, les bêlements des partisans des morales faciles, le radicalisme manichéen qui ne laisse aucune place au pardon.

Reine des martyrs, elle n’a de cesse de nous encourager à parler sans peur des merveilles de l’amour divin, de la nécessité de la prière, à la face d’un monde qui ne veut connaître ni l’un ni l’autre. Reine des croyants qui ne se laissent pas décourager devant l’hostilité affichée par les puissants du jour, Marie sait que la Résurrection a succédé à la Croix. Le dernier mot est au triomphe de la Vie.

Le martyr n’est pas apologie de la mort, mais témoignage que la vie d’ici-bas n’est pas un absolu, qu’il existe quelque chose de plus grand qu’elle, ou plutôt Quelqu’un : Jésus-Christ. Le martyr est celui qui ne met personne au-dessus du Fils de Marie. Comme on peut s’en douter, la Vierge est parfaitement qualifiée pour nous inculquer cette vérité !

Une piété pour fortifier son âme

La piété mariale n’est pas un mixte de sucrerie sentimentale et de dévotion superstitieuse. Lorsque l’ami de Jésus prend cette dévotion au sérieux, il ne tarde pas à se rendre compte qu’elle constitue un stimulant puissant pour résister aux facilités matérialistes, comme aux séductions idéologiques des extrémismes, qui nous laissent miroiter l’éradication du mal par des moyens humains, au risque de massacres plus conséquents « pour la bonne cause ».

Reine des martyrs, priez pour nous à l’heure du témoignage suprême! Que l’Esprit nous soutienne dans les heures où nous sommes tentés de faire passer Jésus au second plan ! Que nous ne préférions rien à Lui !

Reine des martyrs, ayez pitié de notre faible foi ! Donnez-nous la vôtre, ainsi que votre amour, cet amour qui est la véritable substance du martyr. Vierge sainte, Vierge aimante, Vierge douce et forte, obtenez-nous de témoigner par amour, de l’Amour, pour l’Amour !

Jean-Michel Castaing

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