Elke

très joli documentaire qui présente trois témoignages. Ces deux hommes et cette femme ont des parcours singuliers, complexes, une relation aux autres marquées à la fois par une énorme attente, beaucoup de frustration et un questionnement profond.

Cela dit, nous pouvons, toutes et tous, trouver très rapidement dans notre entourage trois exemples similaires de personnes hétérosexuelles ayant les mêmes parcours, questionnements et doute.

Rilène a vécu pendant 25 ans avec une femme. Une relation stable visiblement, mais pas totalement épanouissante. en quoi cela est-il du à son homosexualité ? Ne connait-on parmi nos familles ou nos amis des couples mariés qui se séparent après des décennies sur le constat que, non décidément, on n’est plus faits pour être ensembles ? J’ai eu, parmi mes copains de classe tellement de cas où les parents se détestaient cordialement … ou bien qui vivaient leurs vies en parallèle.

L’exemple de Paul, mannequin à succès ayant vécu au coeur du New york gay des années 70 n’est pas lié à son orientation sexuelle mais bien plutôt à sa sexualité débridée de l’époque et à son immersion dans un milieu professionnel peu tourné vers la réflexion et le développement personnel. Combien de modèles hommes et femmes, de financiers, banquiers, traders des deux sexe sont dans le même cas bien qu’étant parfaitement hétéro ?

En ce qui concerne Dan, tu n’a connu aucun garçon, aucune fille introvertis, timides, cherchant désespérément à plaire mais n’arrivant pas à séduire quiconque ? Tu crois que les ados dans ce cas là n’ont pas, eux aussi, envie de brandir le poing vers le ciel et de maudire celui ou celle qui les a mis dans une telle vie ?

Oui, c’est un documentaire passionnant. Son seul défaut est de sous-entendre que ces situations sont dues à l’orientation sexuelle des trois participants. Ce n’est pas le cas.

Oui, c’est vrai, être homosexuel.le dans ce monde n’est pas facile. La vie n’est pas un long fleuve tranquille et, lorsqu’on est homosexuel, on se voit refuser certaines ceintures de sécurité, comme le respect des autres ou la reconnaissance de son couple. On peut conduire sans ceinture de sécurité mais en cas d’accident, c’est tout de suite beaucoup plus dangereux.

Mais il y a beaucoup de personnes LGBT qui vivent bien, qui sont bien dans leur peau. La reconnaissance sociale qui progresse crée un espace où nous sommes désormais reconnus, acceptés et respectés, non parce que nous passons sous les fourches caudines des autres, mais en tant que tels. Respectés pour ce que nous sommes, pas parce que nous faisons semblant d’être ce que nous ne sommes pas.

Il y a même désormais des couples LGBT dont l’un deux deux membres, parfois même les deux, ont la foi. Leur chemin est doublement difficile car ils sont en butte aux railleries d’une communauté qui voit les religions comme des ennemies (a-t-elle vraiment tort ?) et sont, en tant que croyants, rarement bien accueillis par leurs coreligionnaires. Et pourtant, ils se dévoilent désormais.

C’est un chemin encore incomplet : la reconnaissance sociale n’est pas achevée, le rejet et le mépris marque encore nos vies, parfois au quotidien et leur foi est en butte à de multiples obstacles : par exemple, il est très difficile pour une personne LGBT catholique de participer à l’eucharistie.

L’église catholique explique que “Recevoir le Pain de Dieu nous invite à partager notre pain avec nos frères en humanité.” Et pourtant, elle dit en même temps qu’une partie des fidèles, non pour ce qu’ils font par pour ce qu’ils sont, ne peuvent être dans ce partage, recevoir ce pain de la route. Quand ils ou elles vont à la table de communion, c’est souvent avec le sentiment d’une transgression ou d’un défi alors que c’est en sérénité que ce moment devrait être vécu.

En définitive, ce document est passionnant mais il ne vous permet pas de comprendre la vie, les questionnement et le coeur de vos “frères et sœurs homosexuels.” comme tu dis, Elke. Ces trois exemples vous rassurent dans vos convictions mais ils ne vous présentent pas le visage des LGBT catholiques.

Là réside la limite de ce documentaire. Et je la trouve … sévère.

Cordialement, M.